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À la vie, à la guerre - 14 août 1914

De
17 pages

12-21 se joint aux diverses commémorations de la Première Guerre mondiale avec un feuilleton inédit original : sur une base historique documentée - les journaux de marche du 24e régiment d'infanterie -, l'auteur crée des personnages et tissent des intrigues qui font découvrir au lecteur la grande guerre du point de vue des hommes et des femmes qui l'ont vécue.



Episode 7/26 : 14 août 1914, En route


Antoine et Jules découvrent la vie de l'armée sur les routes. Ils marchent des jours durant, ne s'arrêtant dans des villages que pour bivouaquer. Ils font connaissance avec les autres hommes de l'escouade. Rousseau adoucit leurs réveils grâce à son bon café, Pinot fait son petit coq auprès du sympathique Benoît et Coutier rassure Antoine lors de leur tour de garde nocturne. Les uns et les autres se rendent compte qu'ils sont en route pour le front. Antoine et ses camarades tentent de se rassurer grâce aux nouvelles du début de la reprise de l'Alsace.





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Semaine du 14 août 1914

12-21

14 août 1914,
Thin-le-Moutier

 

 

Nous n’avons guère progressé depuis ma dernière entrée dans ce journal : il faut croire que dans l’armée, on est toujours pressé, mais on n’avance guère.

 

La semaine dernière, quand nous arrivons à Rethel, on nous hurle dessus comme si les Allemands étaient de l’autre côté des quais. Le wagon à bestiaux dans lequel nous avons voyagé s’ouvre brusquement alors que plusieurs hommes de l’infanterie territoriale apparaissent et nous font de grands gestes en beuglant :

« Allez ! Descendez, descendez, plus vite que ça ! Ce train repart pour Paris, faites de la place ! »

 

Ceux qui ne sont pas encore bien réveillés grognent en attrapant leurs affaires ou s’étirent en bâillant. Nous essayons d’ignorer les vociférations des militaires, puis un à un, nous nous extirpons de notre inconfortable wagon pour sauter sur le quai. Notre gigantesque train – le quai n’est pas assez long pour notre convoi de près de deux cents mètres ! – déverse des flots de soldats qui ne semblent pas beaucoup plus frais que nous. Il est minuit, et, probablement davantage que les maigres lampes de la gare, la lune éclaire la foule des soldats qui s’accumulent à côté du train. On se regarde tous sans dire un mot, et il n’y a guère que Pinot qui s’échine à faire des commentaires sur Benoît, l’homme de Tarascon, qui a ronflé tout au long du voyage, jusqu’à ce que les voix des sergents s’élèvent dans la foule :

« On part pour le cantonnement : en formation de marche par section et plus vite que ça ! »

 

Se mettre en formation dans une caserne est une chose : le faire sur un quai de gare en pleine nuit alors que certains d’entre nous viennent à peine de se réveiller en est une autre. Chacun tente mollement de trouver un point de repère pour savoir derrière qui il doit aller se ranger. On se bouscule, on trébuche et on râle en exécutant l’ordre avec une mauvaise volonté évidente. Les sous-officiers sont obligés de passer parmi nous pour nous pousser, nous tirer et nous replacer comme ils l’entendent avant que sur le quai, on puisse enfin observer quelque chose ressemblant à un bataillon en ordre de marche.

 

« En avant, marche ! » crie une voix devant nous. Sans réfléchir, abrutis de fatigue, nous suivons l’homme devant nous.

 

Dans la gare, les hommes de la territoriale aident une partie du bataillon restée en arrière à décharger le matériel qui nous accompagnera plus tard, pendant que nous nous engageons dans la ville endormie. Autour de nous, l’architecture a bien changé : comme Paris paraît loin ! Ce sont des bâtiments de vieilles pierres ou de briques, des toits rouges et noirs, parfois pointus, qui nous entourent. Sur les trottoirs, personne n’est venu nous accueillir ou nous encourager : il est tard et notre bataillon est probablement, pour les gens qui dorment, davantage une nuisance sonore qu’un motif à s’enthousiasmer. À la lueur de la lune, les grandes figures solitaires des cheminées d’usines se dressent au-dessus de nous. Nous marchons au pas en essayant de ne pas buter sur les pavés déchaussés des rues à peine assez larges pour nous laisser passer. On aperçoit, un instant, une bougie à une fenêtre, et celle-ci s’éteint sitôt que nous regardons dans sa direction. J’imagine que les habitants craignent que nous allions frapper à la porte de ceux qui sont réveillés pour leur demander de nous fournir ce dont nous pourrions avoir besoin.