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À la vie, à la guerre - 21 août 1914

De
15 pages

12-21 se joint aux diverses commémorations de la Première Guerre mondiale avec un feuilleton inédit original : sur une base historique documentée - les journaux de marche du 24e régiment d'infanterie -, l'auteur crée des personnages et tissent des intrigues qui font découvrir au lecteur la grande guerre du point de vue des hommes et des femmes qui l'ont vécue.



Episode 8/26 : 21 août 1914, L'arrivée au front


Le 24e d'infanterie passe la frontière belge. Antoine et ses camarades sont accueillis tels des héros par la population. Ils se ravitaillent le long de la route et reçoivent leurs premières lettres. Antoine et Jules ont la promesse de monsieur Ledoux de retrouver leur poste s'ils rentrent avant la fin de l'année. Une mandoline fait une apparition inattendue et Jules fait la connaissance d'une jeune mère. Les soldats arrivent sur le front ; prochaine étape : aller au combat...





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Semaine du 21 août 1914

12-21

21 août 1914,
Anderlues, Belgique

 

 

Nous sommes arrivés au front.

 

Je m’étais toujours imaginé qu’une guerre se passait autrement : que, sitôt la déclaration, les soldats se retrouvaient portés par je ne sais quelle force les uns contre les autres, jours après jour, et ne marchaient que pour se replier après telle ou telle formidable bataille. J’ignore comment mon imagination a pu se forger pareil schéma : depuis que la guerre est déclarée, je n’ai jamais autant marché que cette dernière semaine.

 

Le 15 août, on nous annonce que nous quittons Thin-le-Moutier. Nous montons vers le Nord, en contournant Charleville, et sur la route, nous sommes accueillis par une formidable pluie qui tombe avec tant de force que chaque goutte nous fouette le visage. Après seulement une dizaine de minutes de ce régime, nos uniformes sont si imbibés d’eau et le ciel toujours aussi déchaîné, qu’un lieutenant, sur lequel l’eau ruisselle seulement, remonte au pas de course notre convoi en criant :

« Sortez vos toiles de tente et drapez-vous dedans ! Allez ! »

 

On pose nos sacs et on déplie nos toiles qui, une fois placées sur nos épaules, ressemblent à de grandes capes brunes qui nous protègent enfin, même si nous sommes déjà trempés. Curieusement, je trouve que cet ajout de fortune nous rend plus élégants, quand bien même nos képis viennent gâcher cet ensemble. Autour de nous, la campagne disparaît sous les trombes d’eau qui nous masquent la vue de murs gris. Après seulement trois heures de marche, on nous arrête, dégoulinants, dans un petit village où chaque grange se transforme, le temps d’un après-midi, en auberge pour tout un peloton. La pluie ne s’arrêtant pas, nous sommes heureux d’apprendre qu’il n’y aura pas d’exercice. Nous restons simplement dans les granges à nous reposer et à discuter, en suivant du regard les rares courageux qui s’élancent sous le déluge pour aller porter un message d’un abri à un autre. À la nuit tombée, les cieux se calment et nous permettent de monter des tours de garde : la terre autour du village où nous passons la nuit est si détrempée après une trop longue canicule que nous avons l’impression de veiller au milieu d’un marécage éphémère. Coutier s’échine à vouloir me montrer les étoiles qu’il connaît, quand bien même des nuages obstruent le ciel et que nous ne pouvons apercevoir les astres scintiller que quelques minutes, grâce à une trouée. Derrière nous, on entend tout le peloton se plaindre des ronflements d’ogre de Benoît, et Pinot jurer qu’il va aller dormir ailleurs : évidemment, il n’en fait rien et se contente de se plaindre.

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