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À la vie, à la guerre - 24 juillet 1914

De
15 pages

12-21 se joint aux diverses commémorations de la Première Guerre mondiale avec un feuilleton inédit original : sur une base historique documentée - les journaux de marche du 24e régiment d'infanterie -, l'auteur crée des personnages et tissent des intrigues qui font découvrir au lecteur la grande guerre du point de vue des hommes et des femmes qui l'ont vécue.



Episode 4/26 : 24 juillet 1914, L'indépendance


Antoine se décide à raconter à ses amis sa rencontre avec celle qu'il appelle désormais la fille du 14 juillet. La réaction de Lucien est mitigée alors que Jules est sincèrement content pour lui.
Antoine a le bonheur d'apprendre qu'il va pouvoir, grâce à monsieur Ledoux, emménager dans son propre appartement. Lorsqu'il l'annonce à sa famille, sa mère se réjouit tandis que son père, comme à son habitude, peine à montrer quelque enthousiasme ; sa sœur Aline, quant à elle, éclate en sanglots...





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24 juillet 1914, Faubourg Saint-Jacques, Paris J’ai mis quelques jours à raconter aux autres les événements du 14 juillet. Je n’étais pas sûr de savoir si je devais leur dire. Pour beaucoup de gens, tout partager avec ses amis paraît être une évidence. Mais ce qui s’est passé avec cette fille était si… étrange, éphémère, presque onirique, que je me suis demandé si en le racontant, cela ne perdrait pas un peu de son charme. Et puis finalement, un soir, je me suis décidé, convaincu par l’argument le plus simple qui soit : je veux revoir cette fille. Et pour ce faire, j’ai besoin d’aide. Qui d’autre que mes amis pourraient me proposer soutien et conseil dans pareille situation ? Je prends mon courage à deux mains, et je leur confesse tout : son apparition à l’hippodrome, notre rencontre au bal de l’Hôtel de Ville, la danse sous les cocardes et les lampions et, bien évidemment, le baiser avant qu’elle ne disparaisse sans même me donner son nom. J’essaie de ne pas paraître trop sentimental pour respecter cette curieuse tradition ancrée dans notre éducation de garçon : nous devons prétendre être insensibles à tout. J’ignore quel sauvage de quelle tribu a bien pu, il y a des siècles, décréter pareille absurdité qui s’est ensuite transmise de génération en génération. À cet instant, je maudis cet honneur de petit coq stupidement niché en chacun de nous. Toutefois, lorsque je finis mon récit, alors que nous attendons les coursiers qui viendront chercher les journaux, Jules m’adresse un regard où se mêlent amusement et fierté. Il jette un coup d’œil à Lucien, assis à côté de lui, au milieu des machines encore brûlantes des journaux que nous venons d’imprimer, et il me sourit : « Elle te plaît alors, cette fille ? ‒ Elle me trotte dans la tête, mais je ne sais pas, tout me paraît confus quand je pense à elle. » Ça fait rire Jules, mais pas d’un rire moqueur, non : du rire d’un ami qui se réjouit. Il applaudit brièvement et s’amuse de mon récit. « Tu sais quoi ? Elle est vraiment chouette, ton histoire. Ça fait plaisir de te voir comme ça ! Tu t’es foutu de moi avec la fille du tailleur, mais tiens, te voir gêné comme ça rien qu’à en parler, ça me réchauffe le cœur. ‒ Je savais que je n’aurais pas dû vous raconter ça, dis-je un peu vexé, Jules riant de plus belle. ‒ Hé, attends ! Je te taquine ! J’ai dit que ça me réchauffait le cœur ! Une fille superbe, qui sort de nulle part, t’embrasse et disparaît sans un nom ou une adresse… c’est quelque chose quand même ! Tiens, ce ne serait pas toi, je ne te croirais pas. » Je souris à mon ami, alors que Lucien, lui, tapote une pile de journaux fraîchement imprimés à côté de lui et me regarde comme un médecin qui s’apprête à délivrer un diagnostic particulièrement difficile à son patient. Il prend un ton sérieux qui contraste terriblement avec le rire de Jules : “Moi, je pense que tu devrais te méfier.”
On le regarde tous les deux surpris et il laisse planer la phrase alors qu’un courant d’air frais vient rafraîchir l’atelier par une fenêtre ouverte. L’odeur lourde de l’encre s’efface et l’atmosphère semble s’alléger malgré l’étrange commentaire de Lucien, qui se penche en avant pour mieux reprendre. « Si cette fille t’a embrassé aussi facilement, si ça se trouve, elle a fait le même numéro à d’autres garçons le même soir. Voire d’autres soirs !