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A nos actes manqués

De
94 pages

Après une dépression, Pétroza, une sexagénaire se retrouve internée dans un hôpital psychiatrique. Elle passe alors ses journées à repasser en boucle les bons comme les mauvais moments les plus marquants de sa jeunesse. Cependant, « ce petit tour dans le passé » serait une vraie thérapie, qui l’aidera à sortir de sa dépression et à trouver les réponses à ses questions.

Remerciements :
Guy Guliamo Luyeye, à la famille Kutika, à Pitchou Ngenze et à Pathy Ndendomo


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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-65204-1

 

© Edilivre, 2014

Prologue

Il nous arrive des fois, à un moment de notre vie, de ne pas réussir à fermer l’œil de la nuit, de pleurer sous la douche ou sous la couette, de nous taper la tête à plusieurs reprises contre le mur en nous disant : « Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi ? » Ces moments sombres de la vie arrivent surtout quand on se sent écrasé sous le poids de la culpabilité et qu’on prend soudain conscience que c’est trop tard, qu’on ne peut plus faire marche arrière et surtout qu’on ne peut plus rien faire. Et là, on se dit avec le plus grand regret « Si j’avais su… » :

• Je n’aurais pas dû épouser cet homme, ça m’aurait épargné cette méchanceté gratuite de la part de sa famille…

• Je n’aurais pas pris ce crédit, je ne serais pas aujourd’hui dans ce pétrin…

• Je n’aurais pas dû déposer cette allumette sur la table basse devant mon fils, la catastrophe ne serait pas arrivée…

• Je n’aurais pas offert un toit à ma copine qui était dans la merde, mon mari ne serait pas parti avec elle…

• Je ne serais pas sortie avec ce musicien, je n’aurais pas attrapé le sida…

• J’aurais eu le courage de saluer ce charmant garçon, il en aurait fait autant et on serait devenus amis ou sortis ensemble…

• Si j’avais tourné ma langue sept fois avant de parler, je serais toujours amie avec Clémence.

« Si j’avais su », c’est un peu comme un panneau de code de la vie qui nous indique « un trop tard ».

Mais, nul n’est parfait, on commet tous des erreurs, cependant il y a des erreurs qui se réparent facilement, d’autres non. Ainsi va la vie…

I

Parc de l’hôpital psychiatrique de Villejuif
Printemps 2040

Il fait frais, ce matin. La veille, il a plu toute la nuit. La météo a d’ailleurs annoncé 12 degrés, le matin et 15 l’après-midi. J’ai juste mis ma robe de chambre longue et mes chaussons.

La robe est presque transparente bien qu’on voie à peine ma culotte. Je n’en ai que faire.

Entre nous, qui perdra son temps à mater la culotte d’une sexagénaire ?

Déjà, durant toute ma jeunesse, j’avais du mal à me couvrir. Pendant l’hiver, six ou huit degrés, je mettais en valeur ma belle poitrine avec un petit haut puis je rajoutais un petit manteau que je fermais à peine. Le froid ne me disait rien. Ce n’était pas le froid qui pouvait me faire trembler. J’étais une vraie dure à cuire. Je savais prendre les coups et les rendre aussi, d’ailleurs. Mais des fois, à la récré, je grelottais avec ma cigarette allumée, bien serrée entre mon index et mon majeur.

Ah, la frime ! Mais qu’est-ce qu’il ne m’avait pas fait faire, mon corps, durant toute ma jeunesse ?

Ce corps que j’avais surnommé : « MOUMOUNE ».

Moumoune, je l’avais choyé, vénéré, mis en valeur. Il était toujours à la page : Gucci, Prada, Versace… Bon ! c’est vrai que ce n’était pas tout le temps que de la marque. Il m’arrivait aussi de faire un tour chez Zara, Mango ou au marché de Sarcelles… Les week-ends, c’était boîte de nuit ou concert.

Il m’arrivait même de faire l’école buissonnière pour lui offrir une journée de rêve à la tour Eiffel avec mon amoureux de petit ami, Chris. J’obéissais aveuglément aux caprices de Moumoune, ses prières étaient toujours exaucées.

Et ce matin, qu’il fasse froid ou frais, ce n’est pas ma préoccupation car les préoccupations, j’en avais. Assise sur un banc, ce banc se trouve dans un coin bien tranquille du parc de l’hôpital psychiatrique où je suis internée depuis trois mois. Et tous les jours, je viens y prendre place puis je repasse en boucle ma jeunesse… Une jeunesse qui ne reviendra plus. Une jeunesse que j’aimerais tant changer, corriger ou même retoucher, mais zut ! Tout est consommé, plus de marche arrière.

Et quand « ce banc » était occupé, je pétais carrément les plombs. Je m’en prenais aux occupants jusqu’à ce qu’ils le libèrent.

Mes dépressions ont commencé le jour où Davina, une amie de longue date, m’a dit avec le sourire aux lèvres : « Pétroza chérie, bientôt, tu souffleras tes soixante bougies ! »

Cette phrase était une claque en plein visage. Comme si je dormais paisiblement puis soudain, la claque m’avait réveillée. La soixantaine était bel et bien là, devant la porte de ma vie. À peine je venais de fêter mes quarante ans et déjà j’avais soixante ans. C’était carrément la chute. La pire nouvelle de mon existence… Non, mon problème, ce n’est pas la soixantaine. J’ai vu mes amis partir si jeunes que je me suis toujours dit : « Vieillir, c’est une grâce. » Mais mon problème, c’est plutôt la vitesse à laquelle les années s’étaient passées. Je ne m’en suis même pas rendu compte et je n’ai toujours pas retrouvé un être cher, très cher…

SOURIEZ, VOUS AVEZ LA SOIXANTAINE !

Le jour de mes soixante ans. C’était comparable à une journée de deuil national au Congo, vers les années quatre-vingt. À l’époque, le Zaïre n’avait qu’une seule chaîne de télé : l’OZRT.

Et durant cette journée, tu avais l’impression que le temps s’était arrêté. Dehors, la nature était triste, les rues désertes. À la radio comme à la télé, chansons religieuses aux mélodies tristes, non-stop.

Ce genre de chansons qui, sans le vouloir, te font penser à tous tes proches qui ne sont plus de ce monde, alors il suffit juste d’un « ça va ? » pour fondre en larmes…

Le jour de mes soixante ans, je m’étais enfermée dans mon appartement. Mon corps allongé sur mon lit, mon esprit faisait une balade dans mon passé pendant que la chanson Let it be des BEATLES, jouait en mode repeat, me stimulant à me vider de toutes les larmes de mon corps.

Je revoyais ma vie : mon arrivée en France, ma jeunesse, mes beaux et mes pires moments, mon premier amour Chris et mon bébé, le p’tit chris.

Ce genre de moment était comme une thérapie. À la fin, soit tu t’en sortais, soit tu t’enfonçais de plus belle et tu devenais carrément détraquée.

Seule dans la pénombre, je me posais un tas de questions…

Pourquoi moi ?

Pourquoi je n’arrivais pas à oublier mes pires erreurs ?

Pourquoi ce choix du destin ?

C’était quoi au juste, mon but sur cette terre ?

C’était quoi au juste, mon but en Europe ?

Qui pouvait bien être l’auteur de mes malheurs ?

Était-ce la vie ?

La vie ne m’a jamais forcée à prendre le chemin que j’avais choisi.

La vie nous donne toujours ce qu’elle a et c’est à nous de choisir, entre la folie ou la raison.

Était-ce oncle Django ?

Quand tu te retrouves dans une telle situation, forcément, tu accuses même les innocents. Tu finis même par conclure que les sorciers de la famille s’en sont mêlés.

Était-ce ma conscience ?

Pauvre conscience ! Elle essayait toujours de me ramener à la raison mais je faisais la sourde oreille. Et la seule fois que je lui ai tendu l’oreille, c’était la veille de mes soixante ans.

Comment pouvais-je écouter ma conscience, avec toutes les pressions que me mettait Moumoune ?

Je me sentais coupable de mes erreurs de jeunesse. J’avais déçu ma mère, elle qui m’avait envoyée en Europe dans le but d’étudier, de réussir.

Et j’ai vite compris que Moumoune et moi avions contribué à la destruction de notre vie. Cette précieuse vie que Dieu nous avait offerte.

J’étais dégoûtée, et depuis, je ne dormais presque plus la nuit, je n’avais plus d’appétit et je devenais de plus en plus faible. Mon employeur avait fini par me donner quelques jours de congé.

Même Davina avait remarqué que je sombrais, mais je la rassurais que je me portais bien.

J’avais décidé alors de nous punir ; Moumoune et moi, de toutes ces erreurs commises dans la jeunesse : plus de lavage de Moumoune ou de soins quelconques. Peu importait l’odeur qu’il dégagerait. J’étais passée de 66 à 40 kg, j’étais méconnaissable, pitoyable.

Puis un après-midi, alors que je faisais mes courses, la colère m’envahit soudain et je me mis alors à saccager le supermarché. La police débarqua après une vingtaine de minutes puis un hôpital psychiatrique m’accueillit…

Au début, j’étais enfermée dans une chambre où je ne voyais quasiment personne. Matin et soir, cinq infirmiers venaient me donner mes antidépresseurs. C’était carrément la bagarre. Mais à cinq, ils arrivaient à me maîtriser. Mais le plus gros problème restait au moment de la douche, comme je l’avais bien souligné, pas de douche ou de soins quelconques pour Moumoune. Du coup, la douche se transformait en un véritable match de rugby. Trois infirmières débarquaient tous les matins, on se retrouvait alors à quatre sous la douche et ces dernières quittaient ma chambre en boudant avec leurs uniformes bien trempés. Mais après deux semaines d’hospitalisation, je m’étais calmée et cela m’avait donné droit à des sorties au parc et à des visites.

Et ce matin, assise sur ce banc, je me souviens du jour où j’étais arrivée en France.

C’était en 1995, j’avais 15 ans...