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A travers Alice

De
173 pages
Emmanuel est obligé de se forger une identité nouvelle. L'effondrement de ses idéaux ne lui laisse pas d'autre choix. La société qui l'entoure lui ordonne. "A travers Alice" célèbre la fin de ses aliénations. Mais s'il a réussi à semer ses vieux démons, il a peur d'avoir laissé derrière lui la puissance de ses désirs.
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A travers Alice
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748100131 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748100123 (pour le livre imprimé)
Nicolas Tarao
A travers Alice
ROMAN
1 L’ÂME RUSSE.
La carcasse de l’avion vibre autour de moi. Je suis impatient d’atteindre Moscou. Après quelques cercles lents autour de cette ville exsangue, mon appareil se pose. Je passe une heure dans un taxi poussiéreux puis je rentre dans un hôtel immense situé près de la Place Rouge. L’édifice est gris et impersonnel mais je garde le sourire. L’accueil est glacial. Les formalités d’inscrip tion effectuées, je me dirige vers ma chambre. Je traverse d’interminables couloirs. Certains es caliers, plongés dans la pénombre, semblent encore ré sonner de morts obscures. « Il est interdit de fumer dans les lits… Veillez à ne pas laisser couler l’eau in utilement. » Une pluie insipide de mots s’installe dans mes oreilles. « Il est interdit de… ».
Je rentre dans ma chambre. Elle semble effecti vement « disposer de l’ensemble des commodités occi dentales ». Je prends une douche. Un coup de télé phone m’interrompt. Un homme veut me parler.  Bonjour. Excusezmoi de vous déranger. Je fais partie de l’équipe de service de l’hôtel. J’ai de très jolies filles… A l’extérieur de ma chambre, la bande magnétique usée poursuit sa litanie. « Il est interdit de faire du bruit après… ». Le message ne précise pas s’il faut accueillir
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les prostituées qui nous sont proposées au téléphone. Dans ce cas, quelle conduite tenir ? Je m’interroge…  Désolé. Je viens d’arriver. Une autre fois peut être.  Allez… Je vous l’envoie alors ? L’anglais de l’employé est mauvais, ce qui le dis pense d’avoir à comprendre mon refus. Il m’expédie l’une de ses esclaves sans autres explications. Cinq mi nutes plus tard, une adolescente blonde frappe à ma porte. J’ouvre, les jambes un peu flageolantes. Elle semble jeune et candide. Sa maigre éducation ne lui a manifestement pas permis d’intégrer les tabous d’usage. Je la renvois sans ménagements. Je suis surpris de ma propre colère. Je maudis l’homme qui m’a téléphoné. Le salo pard ! C’est trop facile. Je suis seul, un samedi soir, loin de mes terres… Mais il ne profitera pas de mes fai blesses. Pas ce soir, en tous cas.
Je m’habille rapidement et je sors. Un peu désorienté, je marche dans des rues sombres avant de déboucher sur la Place Rouge. Je croise une blonde sculpturale. Je la suis et remonte à sa hauteur. Ses longues jambes sont emmaillotées dans un pantalon corsaire violet. Je me tourne vers elle. Nous échan geons quelques regards, en silence. Des filaments de poils blonds courent le long de ses tempes et m’ex citent inexplicablement. Ses lèvres me font penser aux fauteuils rembourrés de mon hôtel. Deuxième application des regards… Cette deuxième couche passe très lentement. Boum ! Elle est déjà dans ma tête. Elle m’a conquis dans un flirt éclair.  Je m’appelle Oxcana, ditelle en frappant de sa petite main sur sa poitrine. J’essaye de lui parler. Mais l’essentiel passe par des gestes car l’anglais d’Oxcana n’est qu’approximatif. Nous marchons l’un près de l’autre, pendant quelques
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minutes. Nos langues se rapprochent. Le flirt dure. Une blonde sur la place rouge… Nos pensées se rapprochent après nos corps. Quelques verres nous glissent une chaleur supplémen taire dans les veines. Le temps passe. Bientôt, il n’y a plus de métro pour l’insouciante Oxcana. Je n’ai naturellement pas d’argent sur moi pour lui offrir un retour en taxi. Nous nous dirigeons vers mon hôtel. Dans nos deux têtes, circule un scénario différent. Le mien est d’une extrême simplicité…
Collés, enlacés, presque emmanchés, nous fran chissons le vestibule de mon hôtel. Nous sommes ins tantanément détectés par un garde, qui se charge de nous remettre aux mains du milicien le plus proche. Nous sommes escortés jusqu’à l’accueil. Une employée vérifie ma clé. Eh oui ! Je n’ai qu’une single ! Le milicien décide alors de contrôler les papiers d’Oxcana. Un autre scénario remplace le précédent dans ma tête. La soirée est plombée. Je regarde Ox cana posément. Elle est sublime… Le milicien revêche nous fait parcourir un dédale interminable d’escaliers pour revenir pratiquement au point de départ. Je suis ailleurs. Je ne comprends pas. Pourtant, j’ai de l’argent plein les poches. Excédé, le milicien s’éclipse avec Oxcana dans un bureau clos, pour un simulacre d’interrogatoire. Je m’installe dans un des fauteuils faussement accueillant du hall de récep tion. Je suis totalement absent. Mon détachement me stupéfait. Un crucifix a été disposé sur l’un des murs, qui m’entourent. J’ai l’impression de voir Jésus m’en voyer une grimace du haut de sa croix. Je suis écoeuré.
Une demiheure s’écoule. Oxcana ressort de son interrogatoire, le visage affecté. Tout est fini. Tout es poir est à oublier le plus rapidement possible. Je lui donne un peu d’argent pour qu’elle puisse rentrer chez
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elle. Je lui écris le numéro de ma chambre sans convic tion. La nuit la happe et engloutit son taxi. La fureur me saisit brutalement. Je regagne mon hôtel pour faire un scandale à la réception. Les em ployés m’opposent une incompréhension radicale. Ils ne comprennent pas mes phrases. Ils ne prennent pas conscience de ma colère. Suprême injure, ils semblent même me trouver gentil et attendrissant. Aucun employé ne parle anglais. Je me résous à leur faire un dessin fléché. Prostituée, ma chambre oui ? Ma copine, ma chambre, non ? Pourquoi ? Au prix d’efforts infinis, j’arrive à comprendre la règle des lieux : les visiteurs sont indésirables après 23 heures. Dans ce cas… Je réintègre ma chambre et mes désillusions. La voix grise répète inlassablement son sermon. « Ne pas fumer dans les lits. Ne pas… ». Après l’anglais, la voix passe au français, puis à l’alle mand. Avec un peu de chance, elle va sauter l’esquimau et je pourrai dormir.
Le lendemain, je me réveille en début d’après midi. Pendant quelques heures, je décide d’accom plir une trajectoire tendue entre les monuments tou ristiques. Il faut que j’accumule une provision de sou venirs pour pouvoir sauver la face au retour. Il pourrait être important de savoir répondre aux questions inqui sitrices et soupçonneuses de mes amis. Les bulbes des cathédrales sont dorés et gonflés à souhait. Les édifices religieux dégagent une atmosphère qui m’apaise progressivement. Mais le vice est omnipré sent. Il ne relâche jamais complètement son étreinte sur la ville. Il suinte interminablement de tous ses pores. Des hommes d’affaires affichent leur tapageuse réussite au volant de grosses cylindrées occidentales. Dès le cré puscule, le long des grands axes, des prostituées pâles et graciles hèlent les automobilistes de leur bras troué. Je les confonds parfois avec des femmes qui appellent sim plement un taxi, à la sortie de leur travail. Les frontières
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