Agathe

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Marie, après le décès d’Agathe, découvre ce que son amante a vécu avec un pervers narcissique et sexuel avant de la rencontrer. Elle dévoile des années de soumission, de silence, et d’abnégation qui ne s’effaceront jamais et qui amèneront Agathe jusqu’au cimetière. Agathe aura essayé de tourner la page et aura tenté de retrouver une "estime de soi". Cependant elle ne sera jamais parvenue à se défaire des sentiments de honte et de culpabilité, face à un homme qui la détruisait, qui abusait d’elle mais qu’elle savait atteint d’une pathologie reconnue. …J’étais douée, j’avais des facilités, je réussissais tout à l’école, dans le sport, dans les arts, dans mon travail… et un jour, tout simplement, je l’ai croisé. Il était malade je crois… Il a voulu que je le sois aussi et dans un moment d’égarement qui a duré des années, bêtement… j’ai dû dire oui."
Publié le : vendredi 30 mars 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748358865
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748358865
Nombre de pages : 126
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Claude Vent
AGATHE
Le miroir narcissique
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0115753.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2010
À Agathe, A ses enfants qui, malgré eux, ont fait ce chemin avec moi.
Marie : Jai aimé ces six mois passés avec elle. Lorsque jai rencontré Agathe, cela a été pour moi comme une de ces ren-contres quon ne choisit pas, quon nattend pas non plus. Quand on me demandait ce que je cherchais, je répondais sou-vent : « Je ne sais pas, je suppose que je le saurai quand je laurai trouvé ». Deux regards se croisent, deux sourires retenus se dessinent, quelques questions presque coupables traversent lesprit pour être évacuées en lespace dune seconde. Nous ny cherchons pas de raison, nous ne réfléchissons pas à une compatibilité par rapport à notre mode de vie ou à notre environnement social. Il y a des rencontres imprévues qui simposent immédiatement comme une évidence. Mon évidence à moi, cétait Agathe. Agathe était venue en consultation dans mon cabinet pour un conseil juridique concernant une facture quelle avait reçue dune société peu scrupuleuse. Nous nous sommes vues souvent jusquà ce que nous déci-dions très vite de vivre ensemble. Le déménagement et lappréhension dun grand changement dans sa vie lavaient un peu affectée, je le sais, mais elle pouvait maintenant dissimuler ses angoisses quand il le fallait. Je nétais pas sûre quelle maimait. Je savais seulement quelle faisait tout pour que je me sente bien. Agathe était brillante, douée, organisée et en même temps elle restait une grande rêveuse. Elle avait cette habitude de tout tourner en dérision, de ramener tous les problèmes à un niveau, que finalement, ils méritaient.
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« Le mot solution na de sens que parce que le mot problème existe. Trouver la solution est excitant et valorisant. Attachons-nous donc à la trouver plutôt que de passer notre temps à geindre sur ce nouveau problème. Admets que si nous navions pas de problèmes, notre vie serait bien ennuyeuse et que chaque problème nous donne une raison daller de lavant. » La vie était pour elle une simple succession de problèmes pe-tits ou grands qui se posaient et que nous avions le devoir de résoudre, dabord pour nous occuper, puis pour être utiles, en-fin pour aboutir à une sorte de consécration de soi : trouver la solution, pour elle, cétait lextase. Certains souhaitaient en prendre conscience et tenter de trai-ter les problèmes eux-mêmes. Ils devenaient scientifiques, chercheurs, penseurs, imaginatifs, créatifs, inventeurs, artistes. Dautres déléguaient aisément et parfois oisivement. Ils de-venaient membres dun groupe qui les rassurait et auquel ils appartiendraient à vie ou du moins, le plus longtemps possible. Ils devenaient des spectateurs, des patients assis dans une salle dattente obscure dans laquelle ils passeraient leur vie à se de-mander si, derrière la porte, on allait les rassurer ou bien les informer dune bien triste nouvelle. Si une mauvaise nouvelle devait leur être annoncée, ils atten-draient quun système ou que son représentant règle le problème à leur place. Ces personnes sen remettent la plupart du temps à un État ou à Dieu ou encore à une secte car ils dé-cideront toute leur existence quils ne peuvent pas trouver de solution par eux-mêmes. Agathe classait dans une troisième catégorie les profiteurs, voire même, créateurs de problèmes et des solutions qui vont avec. Ceux-là étaient les tyrans qui avaient bien compris quavec de grands problèmes même inventés, les oisifs de la tête sen remettraient à eux et quils en tireraient un certain profit, voire un profit certain.
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Agathe passait son temps à faire prendre conscience à ses clients de leurs problèmes et de la situation dans laquelle ils sétaient mis eux-mêmes. Elle voulait les voir devenir actifs et acteurs de leur propre vie, les faire participer pour quils trou-vent, par eux-mêmes, leur propre solution en leur donnant des ficelles du métier et quelques clés utiles. Elle y parvenait rarement. La plupart du temps, ils étaient bien là pour déléguer et si elle ne parvenait pas à résoudre leurs problèmes souvent financiers, ils allaient consulter ailleurs, comme si les miracles existaient dans ce domaine. De guerre lasse, ils finissaient par se plaindre pour enfin trouver des cou-pables autour deux, des responsables de leur situation et de leurs problèmes. Ils déculpabilisaient et rejetaient toute responsabilité. Cest exactement ce quAgathe ne savait pas faire pour elle-même. Elle prenait à bras-le-corps les soucis des personnes quelle rencontrait comme si cela lui permettait de laisser en veille, doublier un instant, ce qui lui arrivait à elle. Quand sa maladie sest déclarée, elle a fait cette phrase : « Flûte ! Mais dune certaine façon, je my attendais. Il fallait bien que cela arrive. En été, cest bête. Cest idiot de partir quand il fait beau Cest idiot de mourir en été. » Agathe essayait de samuser de tout. Cest du moins limpression quelle a voulu me donner pendant ces six mois. Elle ajoutait : « Nous nen parlerons à personne. Il est inutile dinformer la famille et les amis. Nous garderons cela pour nous. Je ne suis pas inquiète mais ils risqueraient de me rendre triste à venir défiler et pleurer sur mon sort alors que laffaire est simple. » Cest après son enterrement que jai compris doù venait cette nostalgie dans son regard, ses sourires, son calme. Elle savait déjà quà son propre problème, elle avait trouvé « la solu-tion » quelle mettait en place avec du temps, un grand sens de
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lorganisation et une certaine dose de satisfaction. Cest bien cette satisfaction, cet aboutissement dans la recherche de sa solution qui la rendait si douce et aimable. Elle avait laissé dans une enveloppe un contrat quelle avait souscrit deux ans auparavant pour ses obsèques. Cest étonnant, nest-ce pas, Jacques, de penser à cela si tôt ? Elle navait que quarante-huit ans quand elle décida de ce con-trat-là. Jacques : Elle a souhaité cette assurance après avoir enterré la même année son père et trois mois plus tard, le père de ses fils. Ce dernier est « parti », lui aussi, de maladie. Agathe et lui avaient divorcé vingt ans auparavant. Ils ne se voyaient plus ni ne se parlaient. Agathe refusait tout contact depuis que le père avait disparu pendant plus de quatre années après le divorce. Il était parti sans laisser dadresse pour ne pas régler la pension alimentaire pour les deux garçons. Cest du côté de la Marti-nique quon retrouva des traces de cet homme avant quil revienne en Métropole au moment où il devait toucher sa re-traite. Agathe élevait seule les enfants à cette époque. Quand le père finit par réapparaître, ce fut pour faire vivre à Agathe des histoires de procès aussi stupides que dérisoires : lun pour non-présentation denfants alors que nul ne savait où il était et navait la moindre nouvelle. Un autre pour demander à ne pas payer une pension alimentaire de laquelle il ne sétait jamais acquitté. Il arriva aussi quAgathe reçût la visite des services sociaux quil avait alertés, prétextant, disait-il, que les enfants étaient en difficultés et navaient pas de quoi se couvrir lhiver : leur mère, Agathe ne sen occupait pas. Comment pouvait-il le savoir ?
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