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L’enfant qui naquit ce matin-là, en l’an 1122, était certes bien entourée. Le chantre poète, son grand-père Guillaume, avait transporté sa poésie bien au-delà du temps pour en nourrir l’esprit de la jeune Aliénor qui, toute sa vie, devait y faire référence, même dans les moments les plus difficiles.

Guillaume, comte de Poitou et neuvième duc d’Aquitaine, était le premier troubadour. Il destinait ses chansons aux familiers de sa cour. Ses poèmes faisaient très forte impression. Avec ce grand-père qui savait si bien lui en parler, comment Aliénor aurait-elle pu ne pas les assimiler ?

Guillaume lui avait enseigné l’art d’en saisir les messages et celui de se familiariser avec eux. Enfant, Aliénor sut en pressentir l’essentiel même si elle ne comprit que plus tard, le sens qui devait s’y rapporter. Car l’amour courtois de cette époque qu’on appelait « Fin’Amor » traduisait l’art de modifier l’image de la femme et la place qu’elle tenait dans l’imagination de l’homme.

Et, en cela, Aliénor d’Aquitaine fut une sorte de précurseur. Elle sentait qu’il fallait faire évoluer la condition féminine.

Elle avait cinq ans quand mourut son grand-père. Mais la cour d’Aquitaine brillait encore de ses exploits poétiques.

On trouvait à présent des troubadours dans toute l’Occitanie. Ils venaient de Toulouse, de Montpellier, d’Avignon, de Nîmes. Et, de l’esprit même de ces chansons et de ces poésies devaient surgir des conceptions nouvelles, modelées tout au long de ce siècle, qui allaient former le concept de la chevalerie.

Aliénor était une belle enfant. Sa vivacité et sa joie de vivre rendaient honneur à la cour d’Aquitaine. Si elle grandissait avec la poésie dans l’âme, elle cultivait aussi, dès son jeune âge, le sens des responsabilités féminines tel que la société occitane les lui proposait. N’était-elle pas issue d’un pays, en l’occurrence sa chère Aquitaine, où les femmes gouvernaient, administraient, commandaient le royaume, le domaine, le commerce, quand les époux partaient en croisade ?

De toutes les régions occitanes, on venait réciter des textes à la cour d’Aquitaine. Cette période bien précise, située dans la première moitié du XIIe siècle où les femmes troubadours étaient à l’honneur, fut celle de la petite Aliénor.