Amante en abîme

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Somme poétique qui assemble dix ans de travail, Amante en abîme est dans la grande tradition de la poésie lyrique, savante et inspirée dont Paul Valéry est le héraut. Maurice Chapelan affirme là une fois encore ce don de perception des plus musicaux secrets de la langue française. Maurice Chapelan signe chaque semaine la chronique "Usage et grammaire" au Figaro, sous le pseudonyme d'Aristide.
Publié le : mercredi 4 janvier 1989
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EAN13 : 9782246795476
Nombre de pages : 102
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AMANTE EN ABÎME
classique
PRÉLUDE
UNE Femme la mer
d'immuable mémoire
écho des longs sommeils
à l'abri des rondeurs
par l'envers ou l'endroit
de sa riche baignoire
de sang de voix de lait
de cheveux et d'odeurs
une femme la mer
plus haute que l'espace
pour l'oeil du condamné
amoureux des oiseaux
rumeur des fonds velus
dont s'imprime la nasse
dans sa houle endormie
au sable des berceaux
après les soies du soir
si l'ouragan la gerce
on en entend gronder
l'orgue du ventre ouvert
violence ô douceur
quand l'homme la traverse
des langes au linceul
une femme est la mer
Vers la rive oubliée
escale des palombes
entre les troncs tortus
que hante le hibou
leurs envols y frôlant
les châtaignes qui tombent
sous des sabots furtifs
le frisson d'un caillou
l'enrouement du corbeau
sur la mélancolie
des étangs noirs l'hiver
fit pourrir là tant d'ors
au plain-chant de sa chair
ajoutent la magie
de tout ce qui se meurt
et naît des êtres morts
dans les reflets sans fonds
de vos métamorphoses
branchages mis à nu
par vos mouroirs flottants
de son charme effeuillé
moins présents que les poses
que je vois m'éclairer
les corridors du temps
elles me crient au cœur
ce que criait la craie
puni seul au tableau
quand l'ithyphalle en moi
affamé d'une femme
y griffonne la raie
interdite aux désirs
d'un trop précoce émoi
Cette femme la mer
je la remue en elle
sa pâte à pleines mains
pétrie au feu du soir
deux nageurs que le flot
ayant noués flagelle
le gémissant accord
des grains et du pressoir
complices accomplis
de l'unique tempête
étreindre que nos vies
créées par ses remous
détournent de sa fin
l'envoûtante oubliette
des sources de la mort
au donjon des genoux
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