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Aminata

De
107 pages
Dans les années 80, d'une Côte d'Ivoire resplendissante des années fastueuses du prix des fèves de cacao, Charles partage sa vie entre Paris et Abidjan. Passionné d'art africain, il tourne dans les heures pour découvrir l'œuvre inédite tant recherchée. Il vit au rythme de la ville, protégé de ses pièges par Odette, son employée de maison. Il piste les bonnes affaires auprès de Momar son chercheur d'art et rencontre Aminata princesse peul et malinké. Des cultures s'affrontent : vision d'un européen sur l'Afrique qu'il croyait connaître et l'inverse. Des solidarités se créent, des incompréhensions voient jour, ils découvrent ensemble ce qu'est la différence. Charles hésite, résiste, mais Aminata l'entraîne jusqu'aux limites de lui-même.
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Aminata

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Alain Dupeyron
Aminata

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00048-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304000481 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00049-8 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304000498 (livre numérique)

6 8
I
À chaque fois qu’il reposait le pied sur le
tarmac d’Abidjan il ressentait la même impres-
sion… Cette chaleur humide prenant en otage
narines et poumons. À suffoquer. En passant la
douane il savait qu’il retrouverait ces petits riens
qui vous compliquent la vie -vie de nanti
s’entend- les moisissures sur les ceintures et les
chaussures dans l’armoire, le sel désespérément
humide, les toubabou petits blancs brusquement
propulsés dans un confort de vie n’ayant rien à
voir avec le mérite, rencontrés tous les diman-
ches sur la plage devant un poulet à la sauce
crapaudine, avec leurs cortèges d’histoires sans
intérêt, inlassablement répétées jusqu’à
l’obsession et ce goût amer déposé dans leur
regard ne voyant le monde que d’un seul point
de vue ressassé, tournant et retournant désespé-
rément sur lui-même comme l’œil unique de la
sole. Il prendrait aussi connaissance de la liste
des disparus de « courte-maladie », autrement
dit d’un bouillon de minuit. Il aurait aussi à faire
avec les policiers, arrondissant leurs fins de
9 Aminata
mois par des amendes généreusement distri-
buées pour n’importe quelles raisons, le billet
que l’on glisserait dans le permis de conduire
pour réparer le tout.

Tout s’arrange en Afrique dès lors que l’on
sait acheter, jusqu’à la conscience des hommes.
Il se préparait aussi à pousser sa voiture pour
décoller l’embrayage en espérant que le démar-
reur ne resterait pas coincé. Il reverrait les
femmes vendant le maïs bouilli et les bananes
plantain près des « maquis » servant le poulet ou
le poisson grillé et retrouverait ce sentiment
d’impuissance, de puits sans fond d’une éco-
nomie à bout de souffle, mais qui trouvait ses
ressources dans le marché parallèle, informel
comme l’on disait ici, la débrouille de survie en
quelque sorte. Sans oublier les enfants aux yeux
de montgolfières et au ventre rond de malnutri-
tion : l’attékié peu riche en calories mais don-
nant l’impression de nourrir est de ces sortes de
venins instillés par un ciel maléfique tournant
éternellement sur son ancre. Dans l’instant, il lui
fallait prendre son taxi avec l’incontournable
calicot collé contre la vitre arrière du véhicule
« m’en fous la mort ».

Sur l’avenue Giscard d’Estaing il s’amusait à
nouveau des pancartes accrochées au-dessus
des vitrines des magasins, « docteur en montres,
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