Amour paternel

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Jusqu'où peut aller le sentiment de rancune envers un père qui vous a tout donné, tout en vous privant de l'amour d'une mère? Sébastien, découvrant les manoeuvres de son père, va décider d'aller jusqu'au bout pour le détruire.

Publié le : jeudi 26 novembre 2015
Lecture(s) : 5
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342044928
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342044928
Nombre de pages : 184
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Vanessa Dias AMOUR PATERNEL
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 175, boulevard Anatole France 93200 Saint-Denis – France IDDN.FR.010.0120712.000.R.P.2015.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
À François, Meyer et Karine, pour leurs précieux conseils, À Nicolas, mon éternel soutien.
I
Ce jour-là, en entrant dans son bureau, Alain Tisserand se regarda dans le reflet de la grande bibliothèque située face à la fenêtre en marmonnant : « Décidément, tu as l’air de plus en plus vieux ». Il poussa un soupir de profonde lassitude et passa sa main sur son unique mèche de cheveux qu’il rabattit sur son crâne dégarni. Âgé d’à peine 60 ans, il pouvait en paraître dix de plus. Le dos voûté, les traits creusés, il n’avait plus grand-chose à voir avec le brillant Président directeur général quadragénaire des industries Tisserand, la firme créée par sa famille trois généra-tions avant lui. Les années se succédaient depuis quinze ans sans qu’il y prête attention, mais il ne se passait pas un jour ou une nuit sans qu’il se demande comment il avait pu en arriver là. Lors de la faillite de son entreprise, simplement pour subve-nir aux besoins de sa famille, il avait accepté comme porte de sortie un poste de professeur d’économie proposé par un des rares amis qui n’avaient pas fui lors de la débâcle. Aimant le travail bien fait, il s’était investi dans ce nouveau projet et était par la suite devenu directeur de la prestigieuse école de com-merce E.A.C.I., l’École des Affaires et du Commerce international. De grands noms de l’élite économique française provenaient de cette école et les demandes d’inscriptions étaient toujours très supérieures aux capacités de l’établissement, mal-gré des frais de scolarité élevés, la sélection à l’entrée était donc extrêmement sélective. Cette année, 150 étudiants poursuivaient leur cursus de cinq ans pour apprendre l’économie moderne, les
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règles de gestion et le management, le tout assorti de stages pratiques formateurs. En sortant de l’école, les étudiants n’avaient aucun mal, malgré la crise, à décrocher aussitôt un poste à responsabilité dans une grande entreprise. M. Tisserand, gérait cette école en veillant à conserver l’excellent niveau qui en avait fait sa réputation, comme il aurait continué à le faire pour sa firme familiale si celle-ci n’avait pas fait faillite dans des circonstances encore douteuses. Il s’acquittait avec sérieux mais sans passion de sa tâche, et cela lui permettait de concentrer son esprit sur des pensées constructives plutôt que de ruminer sur les ruines de son em-pire perdu. Il repensait souvent à sa vie d’antan, au luxe qui accompagnait son quotidien. Berline décapotable allemande, villa sur le bord du lac Léman avec piscine chauffée, sans comp-ter sa propriété de trois hectares en Provence. Tout cela avait disparu, la vente de ses biens avait servi quelque temps à éponger les dettes chaque jour plus abyssales des industries Tisserand, jusqu’au jour où cela n’avait plus suffi. La cession des filiales et la mise au chômage partiel du person-nel n’avaient pas non plus permis de sauver l’entreprise. La faillite avait dès lors été inéluctable. Aujourd’hui, le confortable appartement de cinq pièces qu’il occupait avec son épouse en banlieue, depuis que ses enfants avaient quitté la maison, ne parvenait pas à lui faire oublier la période dorée de sa vie. Alain Tisserand soupira à nouveau, s’assit à son bureau et prit la pile de courriers à signer que sa secrétaire lui avait prépa-rée. Il relisait tristement le premier d’entre eux lorsque l’interphone grésilla. « Monsieur le Directeur, j’ai devant moi un jeune homme qui souhaite vous rencontrer.
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— Il me semblait vous avoir demandé de ne pas me déran-ger et de ne pas me prendre de rendez-vous ce matin. De quoi s’agit-il ? — Ce jeune homme n’a pas rendez-vous, mais il soutient que c’est de la plus haute importance et qu’il s’agit d’informations confidentielles. Il n’a pas voulu me donner son nom. — Et bien donnez-lui un rendez-vous et demandez-lui de partir. — Je suis désolée, ce jeune homme insiste, et… — Et bien faites-le déguerpir, s’écria Alain Tisserand, agacé, s’il insiste encore, prévenez la sécurité ! » À cet instant, une voix grave se fit entendre dans l’interphone, d’un ton sec et qui ne permettait aucune réplique : « Ce ne sera pas nécessaire, puisque vous allez me recevoir ! Je viens changer votre vie, Monsieur Tisserand. » Décontenancé et intrigué, Alain Tisserand rejoignit le bureau de sa secrétaire. Il trouva devant lui un grand jeune homme à l’air résolu. Ces traits lui rappelaient un visage connu, sans qu’il puisse y mettre un nom. Le jeune homme fixait calmement le directeur, qui lui demanda ce qu’il voulait. « Je vous l’ai dit, répondit le jeune homme, je viens vous donner l’occasion de changer votre vie et de prendre une re-vanche qui devrait vous réjouir ! » Stupéfait, le directeur fit entrer le jeune homme dans son bu-reau. Les deux hommes gardèrent le silence pendant un long mo-ment. Alain Tisserand dévisageait cet inconnu qui avait, pourtant, des traits familiers. Oui, il l’avait peut-être déjà ren-contré, mais ce devait être il y a longtemps, ou bien il connaissait quelqu’un qui lui ressemblait. Quoi qu’il en soit, il n’avait pas pour habitude de fréquenter ce type de personne.
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Âgé d’environ 25 ans, le jeune homme portait fièrement un treillis éculé, des bottes militaires et un tee-shirt vantant les mé-rites du système anarchique. Le crâne rasé, les oreilles et le nez percés, il arborait en outre plusieurs tatouages plus qu’équivoques : une tête de mort sur le bras droit, un poignard sanglant sur le poignet gauche, et un serpent dont la tête dépassait de son tee-shirt, dans son cou. Père de deux enfants à peine plus âgés que ce jeune homme, M. Tisserand n’avait jamais eu à côtoyer un tel personnage. Les amis de ses enfants étaient bien plus présentables, voire consen-suels. Quant aux étudiants de son école, ils étaient à l’opposé même de cet archétype de rebelle et ne quittaient jamais leurs chemises impeccablement repassées et leurs pantalons de toile. Rares étaient ceux qui s’aventuraient à porter un jean. Le direc-teur écarta donc d’emblée la possibilité d’avoir devant lui un postulant à l’entrée à l’E.A.C.I. Il brisa le silence pesant et posa une nouvelle fois la question : « Que voulez-vous, Monsieur… ? — Vous ne me reconnaissez pas ? — Nous sommes-nous déjà rencontrés ? Pardonnez mon étonnement, je ne fréquente pas souvent les réunions altermon-dialistes ! — Faites un effort, je suis sûr que vous pouvez y arriver ! » Monsieur Tisserand rassembla alors ses souvenirs. Il scruta des pieds à la tête ce mystérieux individu. En dépit de son ac-coutrement particulier, il était fort beau garçon. Des yeux d’un bleu éclatant contrastaient avec ses sourcils noirs et son regard profond mais froid. Il se tenait droit, digne dans sa révolte, avec une allure que seule pouvait lui avoir donnée, paradoxalement, une ascendance aisée et distinguée. « Sans doute un fils à papa capricieux », pensa le directeur. Et soudain, il le reconnut. Cet air supérieur, ce regard glacial et ce ton sec lui firent comprendre à qui ce jeune homme lui faisait penser et le ramenèrent plus de quinze ans dans le passé.
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