Après l'équateur

De
Publié par

J'allais aux putes autrefois, par crainte de la solitude. Le genre humain s'emboîte de la même façon, à Dakar, Manille ou Londres ; l'amour physique enseigne qu'on est de la même famille.
Après nos nombreuses nuits de noces, avec Marisa, on parla d'engagement à perpétuité lors de mon dernier voyage à Salvador.
C'était à l'époque des eaux de mars, lorsque l'été dégringole en averses ; une vraie débâcle. Après le déluge, l'été ne revient plus.
Publié le : jeudi 27 février 2014
Lecture(s) : 7
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072498121
Nombre de pages : 224
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
BAPTISTE FILLON
APRÈS L’ÉQUATEUR
r o m a n
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2014.
Pour Amanda et mon père, le marin.
I est nécessaîre de navîguer, non poînt de vîvre.
Proverbe ancien
1
L’horîzon montaît, descendaît. Ça inîssaît par faîre une musîque. Les mêmes întervaes, un battement mou. La proue s’éevaît contre e cîe banc. Une foîs arrîvée à son pus haut poînt, un craquement ébranaît a carcasse du bateau, et a proue retombaît dans a mer. La coque entraît dans ’eau. Une gîssade de queques secondes où tout tenaît en pace, e temps que ’Atantîque nous ren-voîe vers e cîe. Une attente fébrîe, toujours trop vîte souagée. Je m’approchaî de a îsse. —Y a de a houe, quand même. Une voîx venaît de derrîère. Je sîflaîs ’aîr deGarota de Ipanema.La proue s’affaîs-saît dans ’eau. I faîsaît moîte, un sae temps lasque. La mer avançaît, se ançaît à ’abordage du cargo. L’Atan-tîque formaît une mare înerte et sans îmîte. Un été de Normandîe ou de Bretagne, juste avant eurs orages quî n’en inîssent pus. Pas un soufle de vent et, magré ça, une gïte quî secouaît bîen. Ce temps-à me donnaît e ma de mer. Va pour es tempêtes, maîs quand e bateau rouaît sans comprendre
11
comment, mes boyaux et mon crâne ne supportaîent pas. L’effet de a chaeur et de a houe. La fatîgue aussî. On avaît quîtté Marseîe depuîs cînq jours, et je n’avaîs pas dormî pus de troîs heures par nuît. L’îdée de me sentîr patraque à cause de ce mau-dît temps, de ce sommeî quî ne venaît pas, à cause de rîen, en somme, cea me rendaît fou. Un agacement de vîeîard. En prenant de ’âge, je supportaîs moîns es caprîces de ma charogne. Ma femme m’appeaît « ’aca-rîâtre ». Un mot méprîsant, et sophîstîqué. Un ma de crâne et je m’înventaîs une tumeur au cer-veau. Une doueur quî s’éternîsaît, a vue troube, c’étaît a scérose en paques, ou une autre saoperîe. Je me voyaîs foutu d’avance. De toute façon, ça se produîraît sans que je m’y attende. Souvent, quand je tombaîs maade, ça commençaît par a tête, des vertîges, et puîs des angoîsses et des ques-tîons sur a mort à n’en pus inîr. Certaîns soîrs, après e travaî, je partaîs en morceaux. Une barre me scîaît es épaues et es genoux. Pourtant, a marîne marchande, c’étaît une sînécure en comparaîson de a pêche. J’avaîs tenu sept années à faîre a pêche, en ayant débuté à vîngt ans. Dans mes souvenîrs, j’avaîs été un dîeu autrefoîs, du temps de ma jeunesse. Aujourd’huî, ce quî se trouvaît au-dessus de mes forces paraîssaît n’avoîr jamaîs exîsté. J’en avaîs ma caque de navîguer, en vraî. Ça duraît depuîs mes quînze ans. Quarante pîges sur a lotte, à ne pas avoîr de vîe, à ne pas voîr mes deux ies grandîr, à îmagîner ma femme avec d’autres. Depuîs envîron deux ans, je ne savaîs pus quee femme aîmer. Patrîcîa, a égî-
12
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

2084. La fin du monde

de editions-gallimard

Le nouveau nom

de editions-gallimard

La sœur

de editions-gallimard

suivant