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Ariane

De
139 pages
Ariane, princesse de Crète s’ennuie dans ses grands appartements. Est-ce pour cette raison qu’elle a décidé d’aider ce Grec, fils du plus grand ennemi de son père ? Est-ce par amour qu’elle a ainsi agi ? Eprouvait-elle de la haine pour ses proches au point de souhaiter leur perte ? A-t-elle seulement réfléchi aux conséquences de cet acte ? Elle aurait dû savoir qu’il ne pouvait en résulter que des malheurs.
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ArianeLaura Domingueze
Ariane
ou La vie effilochée
ROMAN© manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2219-4 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-2218-6 (pour le livre imprimé)Avertissement de l’éditeur
Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques
littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre.
D’éventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de
la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du
traitement de l’ouvrage, le texte en l’état.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone:0148075000
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com1- ENCORE UN MATIN
Jemeréveilleensursaut,inquiètesansraison. La
lumièrefiltreàtraverslesvoletsclos. L’aubeestde-
puis longtemps passée et, de ma couche, j’entends
les bruits assourdis du palais. Je distingue le va et
vient des domestiques zélés, le rire des lavandières
qui déjà reviennent du lavoir, leur lessive terminée.
J’essaie de mettre un nom, un visage sur chacune
de ces sonorités. Bientôt la vieille Zerba, ma bonne
nourrice, passera son buste par la tenture dissimu-
lant l’entrée de ma chambre et sourira en voyant sa
petite princesse éveillée. Déjà je crois percevoir la
musique de ses pas claudiquant sur les carreaux du
couloir. Je ne veux pas bouger. Je souhaite conser-
ver cette impression, qui m’envahit, de facilité. Je
ne souhaite pas commencer cette journée qui, fina-
lement, s’avérerasisemblableàcellesqui l’ont pré-
cédée. Pourtant j’aime les matins. Je goûte au plai-
sir de l’agréable course de la brosse dans mes che-
veuxconfiésauxdoigtsexpertsdel’unedemessui-
vantes. Je savoure le rire clair de l’eau versée de la
lourde cruche dans la bassine et le long frisson du
parcours des gouttes d’eau sur mon corps me pro-
cure une émotion sensuelle. Le parfum chaud des
serviettes moelleuses, enfin, est un régal. Tous ces
gestes du lever je les refais avec plaisir. C’est la
suite que je redoute. D’abord je devrai me rendre
au temple pour y suivre l’enseignement du grand
7Ariane
prêtre. Ensuite, après un déjeuner rapide en com-
pagnied’uneoudeuxdemesdemoisellesdecompa-
gnie, je me rendrai au salon de musique. J’y jouerai
de la flûte ou de la harpe, accompagnée de ma sœur
qui, certainement, fera aussi entendre sa jolie voix.
Puis, du filage ou de la broderie m’attendent. Peut
êtreensuitelirai-jequelquespagesdenosgrandsau-
teurs ? Le dîner solennel suivra. Quelques jeunes
gensbienélevésm’inviterontpeutêtreàuneoudeux
danses. Minos, mon père, sera heureux, rassuré de
voir sa fille aînée si sage se divertir un peu. Des
conteurs viendront à la nuit nous charmer de leurs
récitsépiquesouféeriques. Qued’ennuienperspec-
tive !
Le grand prêtre, Nixos, ne m’enseigne ni les
mathématiques ni les lois physiques qui, peut être,
éveilleraient en moi de l’intérêt mais me saoule
de mysticisme. Il aimerait qu’une des filles du roi
devienneprêtresse. Minos,roitrèssageettrèsaimé,
le respecte et accomplit ses devoirs religieux sans
sourciller. Mais on est loin de l’intégrisme d’antan
et le grand prêtre regrette les temps révolus où ses
prédécesseurs régnaient en maîtres absolus sur le
royaume et où le temple ne désemplissait pas de
fidèles chargés d’offrandes. Toute la ville tremblait
dans l’attente de leurs verdicts. Un seul mot de
leur part suffisait à bannir le plus noble serviteur
du royaume. Pour s’attirer leurs bonnes grâces,
certains marchands n’hésitaient pas à leur verser
la moitié de leurs revenus. Si l’une des princesses
entrait en religion, les pouvoirs de Nixos sur le roi
seraient, sinon renforcés, du moins confortés et
sa situation financière ne saurait que s’améliorer.
Sans convoiter une villa rivalisant avec celles des
plus aristocrates familles de la ville, Nixos aurait
souhaité posséder un petit pied à terre entouré de
quelques jardins où il pourrait recevoir. Les dieux
voyant d’un bon œil les accouplements de leurs
8LauraDomingueze
prêtres et de leurs prêtresses, Nixos aurait préféré
que ma sœur, la jeune et charmante Phèdre vienne
prendre place à ses côtés au temple. Mais la volage
demoiselle s’intéresse plus aux beaux mortels qu’à
Adonisetcenesontpaslesattributsdugrandprêtre
qui pourraient la faire changer d’avis. Aussi, à
présent,compte-t-ilsurmoiou,plutôt,surl’absence
deprétendantsàmespieds,pourrejoindresesrangs.
Si un jour j’y succombe c’est que je serai tombée
bien bas. Car ni nos Dieux, ni leurs prêtres ne me
font rêver. Les querelles des uns ressemblent trop
à celles des autres. Mes aspirations d’absolu, de
vérité et de beauté n’y trouvent pas leur compte.
Comment mes concitoyens peuvent-ils se contenter,
voir se plaire, à écouter ces déplorables histoires
de trahisons, de jalousie, d’enlèvement et même de
viols? SilesDieuxexistent,jenepeuxlesimaginer
siégeantsurl’Olympeetoccupantleurtempsànous
observer ou à perfidement s’attaquer tels de vul-
gaires humains. Ils doivent être bien au-delà de ces
mesquines pensées, baignant dans une lumineuse
perfection.
Cependant le grand prêtre s’accroche à ses es-
poirs. Touslesmatins,ilmechantelagloiredeZeus
et les vertus d’Héra. Il me vante l’attrait des mul-
tiples bienfaits dont les Dieux récompensent leurs
adorateurs, que se soit sous forme de dons spirituels
ou matériels. Ainsi un tel n’avait-il pas soudain re-
trouvélavuealorsqu’iloffraitunagneauensacrifice
àAthéna? Telautren’était-ilpasdevenurichissime
suite à un don au temple d’Apollon ? Lui signifier
mon désintérêt ne l’a, jusqu’à présent, poussé qu’à
plus de zèle. Je ne peux donc éviter d’avoir à me
rendre au temple tous les matins. Cela me déplaît-il
tellement ? Après tout, il y fait bon. Les bruits
de l’agora tout proche n’y parviennent qu’assourdis
et une douce pénombre environne les rares fidèles.
9Ariane
Dans ce lieu si propice à la rêverie, mon âme vaga-
bondeallègrementalorsquelegrandprêtresoliloque
d’unevoixmonocorde. Etpuislapromenadedupa-
laisautempleestagréable. Ondescendaumilieudes
traversesgrossièrementpavéesetdoucementombra-
gées. On y respire le parfum mélangé des buissons
épineux, de la résine et des fleurs sauvages. Une
briselégèremontedelavilleetcaressemesbrasnus.
Mes pieds volent jusqu’à l’esplanade d’où l’on peut
admirer les toits ocres de la ville et les colonnes du
temple. On entre ensuite dans les ruelles. Des en-
fants jouent dans les caniveaux et, tout à leurs jeux,
mebousculentenriant. Surlaplacedeshommesdis-
cutentaffaires. Enfinvoilàl’entréemonumentaledu
temple. La fraîcheur de la salle m’accueille à bras
ouvertsetlalourdeporteserefermeengrinçantder-
rière moi. Le grand prêtre m’attend. De toute fa-
çonqu’aurais-jepufaired’autre? Mesjournéessont
vides de travaux. L’oisiveté est ma plaie.
Etensuite? Etbienjeretourneaupalais. Lamon-
téeestrudeetilfaitdéjàchaud. Lesodeursdumatin
ont disparu et il ne reste qu’un parfum trop puissant
deplantesaromatiques. J’arrivelestempesbattantes
etlesjambeslourdes. Delonguesmèchessesontdé-
faitesetlasueurdoitbrillersurmonvisage. Lapous-
sièreduchemincolleàmessandales. Levieuxgarde
à la grille me lance un long regard de pitié et ses
jeunes collègues me dévisagent, goguenards. Oui,
ceux là même qui baissent honteusement les yeux
quandlafraîchePhèdrepasselatêtehauteetlamoue
méprisante devant eux, se gaussent d’Ariane sous
son nez. Je serais fiancée ou même courtisée, cela
n’aurait pas d’importance pour moi. Peut être, sû-
rement, ne m’en rendrais-je même pas compte Mais
voilà, à part ma chère nourrice, personne n’a pour
moiunseulregardd’admiration. L’humiliationcède
le pas à sa sœur, la haine. Je voudrait les envoyer
à 100 pieds sous terre tous ces soudards sans une
10LauraDomingueze
once de cervelle. Pour moi tout aussi destructrice,
la culpabilité reprend l’avantage : ils ne sont pas
responsables de mes échecs. Ils n’en sont que les
témoins. C’est avec cette triste pensée que je me
change et me recoiffe en évitant le miroir, avant de
déjeuneravecmacompagnedujour. Bensabéemise
àpart,mesamiesd’enfancesesonttoutesmariéesles
unes après les autres. Mes suivantes sont, à présent,
toutes plus jeunes que moi et leurs préoccupations
nesontplusexactementlesmêmesquelesmiennes.
Ce sont toutes des filles des familles aristocratiques
delaville. Ellessontchoisiesparl’intendantauxaf-
faires royales sur leurs compétences en musique, en
dessin et, bien sur, sur la finesse de leurs traits et de
leurtaille. Lescandidatessontnombreuses. Cen’est
pas que l’on se bouscule pour partager ma compa-
gnie mais les vierges franchissant la porte sont cer-
taines de s’y dénicher un mari parmi les nobles plus
ou moins jeunes et plus ou moins fortunés fréquen-
tant le palais. Leur sacrifice n’est pas grand : je ne
suis pas difficile et mes suivantes peuvent vaquer à
leursoccupationspresquetoutelajournée. Jeneme
souviensplusdunom demacompagnedumidietje
crains de paraître distante, ne sachant comment lui
adresser la parole. Je ne veux pas avoir une répu-
tation de vieille fille froide et aigrie. Cet oubli me
gêned’autantplusqu’elleesticidepuisplusdetrois
mois maintenant. Je n’ai pas trouvé de solution à ce
problème quand ma demoiselle de compagnie vient
m’annoncerquenotrecollationestservie. Monsou-
rire est contraint, je le sens. Je vais lui demander
des nouvelles de ses parents, peut être cela me ren-
seignera-t-il sur son identité. Et puis, durant sa ré-
ponse, j’aurai le temps de me taire. Déjà la jeune
fille,raviedemasollicitude,selancedansunjoyeux
monologue. Je resterai donc, aux regards de tous, la
douce Ariane, pleine de bons sentiments et d’indul-
gence. Sont-ils plus loin que moi de la réalité ? Je
11Ariane
sourispéniblementauxpépiementsjoyeuxdemara-
vissante suivante.
La chaleur a fait taire tous les bruits à l’extérieur.
Il est temps de nous rendre au salon de musique.
Je ne connais toujours pas le nom de ma compagne
mais cela n’a plus d’importance maintenant. Elle
mequittedansquelquesjourspourpréparersonma-
riage. Il aura lieu le mois prochain. Sous les arbres
jaunissants, la couronne d’or tressée de ses cheveux
ferapâlirl’astredujour. Sonamantestjeuneetbeau.
Ellel’aimepassionnément. Jelacomprends. Ellene
savait s’il était convenable ou non de me proposer
d’assister à son mariage. J’ai vu ses yeux fuir brus-
quementdevantlesmiensetlalégèrerougeurdeses
joues. Jamaisaucunmembredelafamilleroyalen’a
assisté au mariage de l’un de ses sujets. Sa crainte
de me déplaire par cette invitation était donc justi-
fiée. J’aurais aimé, pourtant, assister à la cérémo-
nie puis participer aux farandoles qui parcourront la
villebasseentoutsenssurdesairsjoyeuxdepipeau
et de tambourin. Mes jambes auraient dansé seules
etm’auraientportéavecconstancejusqu’àl’aube. A
moinsquejen’aivolontairementsabordémonplaisir
etquittantlafêteàl’apparitiondespremièresétoiles.
Mais non, ce jour là comme les précédents je serai
en train de filer dans la grande salle du palais. Je
lui ferai envoyer un bouquet d’arômes blancs et une
corbeille d’ananas. Oui, c’est ce que je ferai.
Mes doigts glissent sur la harpe. Le son en est
triste. Une mélancolique mélodie emplit l’espace.
D’où vient-elle ? Est ce mon âme qui en cette heure
s’exprime ? Je veux me croire d’une grande sensi-
bilité et espère que ce délicat sentiment trouve son
aboutissementdansmonjeu. J’ymetstoutmoncœur
etmebercedecetteillusion. MaisdéjàvoilàPhèdre
entourée d’une cour nombreuse. Elle rit et son rire
fait éclater les notes égarées de ma mélopée. Ma jo-
lie sœur semble d’humeur joyeuse. Elle se précipite
12LauraDomingueze
vers moi pour m’embrasser. Ses lèvres sont douces
sur ma joue et ses cils effleurent d’une caresse ma
tempe. Je me sens déborder de tendresse alors que
je la prends dans mes bras. Je la fais chavirer sur
l’épaistapisdelasalle. Aprèsuncridesurprise,puis
unautredeprotestation,ellereprendsonrireetjerie
avecelle,moisurmontabouretetelleàmoitiéallon-
géeàterre. Sesyeuxbrillantslevésversmoi,jel’ad-
mire. Sonvisageal’ovaleparfaitdesreprésentations
de nymphes. Ses dents très blanches s’alignent par-
faitement derrière ses lèvres légèrement bombées.
Elle est si belle ma jeune sœur. Je pourrais m’en
montrer jalouse. Parfois l’envie m’a pincé le cœur
maislapetitecompagne demes jeux d’enfantatou-
jourseutoutemonaffection. Autourdenous,divers
instruments s’accordent et une ballade légère prend
sonenvol. DéjàPhèdres’estrelevéeetlescordesde
ma harpe accompagnent le petit air de danse. Mon
esprit tourmenté s’apaise. Le salon de musique est
un cocon chaud et soyeux. Tel un papillon, je quitte
ma carapace et déploie mes ailes chamarrées, écla-
tantes sous la lumière. Voyez, voyez comme je suis
jeune, séduisante, intelligente et débordante de vie.
Mais on me parle. Je redresse la tête avec encore
un reste de sourire et la fin d’un éclat dans les yeux.
C’est Phèdre. Elle voudrait me parler un instant de
notre mère. Sa santé l’inquiète. D’un mouvement
brusqued’épaule,jemelibèredesdernierslambeaux
de ma rêvasserie. Nous laissons là nos suivantes et
gagnons lentement ensemble le jardin intérieur.
Lafontaineau ventrerondnousattend. Ellenous
accueilledesonclapotantgargouillis. Icilesplantes
ont l’air repu et leur feuillage trop luxuriant dode-
line doucement du chef. Les fleurs s’y épanouissent
àprofusionetleurspétalesrivalisentdechatoiement.
Elles ressemblent à ces odalisques entretenues dans
l’aisance du luxe. Certaines, trop bien fourniespour
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