Assigné à résidence

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Madeleine, Clémence et Gaby avaient crié haut et fort qu'elles ne le placeraient jamais en "résidence surveillée". Et puis arrive le jour où elles doivent faire un choix. Un choix auquel elles ne sont absolument pas préparées. Alors la culpabilité les grignote, jour après jour, face à la détresse d'un père "coupable" de vieillir... Philbert, veuf et incapable de vivre seul, accepte de vendre son appartement et sa voiture et de finir ses jours dans une maison de retraite. Il a 92 ans... Dès lors, il s'enferme dans une solitude sans concession et observe, à l'ombre de son journal, les autres pensionnaires qui errent comme des fantômes dans les couloirs de l'établissement. Il pense ainsi être arrivé à la fin de l'aventure de sa vie et attend patiemment l'heure où son ultime voyage lui permettra de retrouver la seule femme qu'il a aimée, jusqu'au jour où... Bernadette Lussot-Sérouart nous propose une plongée émouvante au sein de la résidence Saint-Hubert où chacun exprime, à sa façon, le terrible sentiment d'être abandonné mais aussi le désir de survivre au déracinement imposé par la vie...
Publié le : mardi 27 octobre 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342043488
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342043488
Nombre de pages : 174
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Le Cheval de bois solitaire, Edilivre, mai 2012 Manhatta, l’Ile des Collines, Edilivre, mai 2011 Un Corsaire pas comme les autres…, Edilivre, juillet 2011
Bernadette Lussot-Sérouart ASSIGNÉ À RÉSIDENCE
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0120446.000.R.P.2015.030.31500 ar Mon Petit Éditeur enCet ouvrage a fait l’objet d’une première publication p 2015
L’appartement, silencieux, abritait encore les fantômes d’une vie heureuse rythmée par le passage des chalands sur la Sambre – une rivière franco-belge affluente de la Meuse –, le va-et-vient incessant des employés de la capitainerie fluviale, ainsi que celui des écoliers et des habitants de l’immeuble situé en plein centre-ville… Une odeur de cigarette froide restait accrochée aux tentures. L’image de ma mère assise dans son fauteuil, face à l’entrée, tirant nerveusement sur sa Chesterfield, m’apparut subite-ment… À l’autre bout du séjour, une pile de livres et de journaux s’entassait pêle-mêle sur une petite commode en chêne rustique surmontée d’une lampe de chevet. C’était là que notre père lisait en fin de journée, installé confortablement sur sa chaise de bu-reau en cuir noir. La grande table de la salle à manger était toujours encombrée des nombreux prospectus qu’il conservait alors pour sa femme de ménage. Je restai un moment dans l’entrée et frottai vigoureusement mes chaussures sur le tapis-brosse, imitant mon père… Je me sentais mal à l’aise dans cet appartement déserté par ses habitants. J’avais le sentiment de profaner un lieu sacré que mes parents avaient définitivement marqué de leur empreinte… La cuisine était en ordre et le réfrigérateur, vide et propre, était entrouvert comme chaque fois qu’ils partaient en vacances pour une longue période.
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Mes deux sœurs procédèrent à l’inspection des lieux… Les deux chambres du fond séparées par une salle de bain aveugle, étaient plongées dans l’obscurité. L’étroit couloir qui les lon-geait était équipé de nombreux placards encore emplis de linge et de vêtements. Dès qu’on ouvrait la porte d’entrée, on apercevait, sur la droite, le petit couloir qui menait à la cuisine et, juste en face, la « pièce à couture » dont la fenêtre donnait sur la Sambre autre-fois traversée par de nombreuses péniches. C’était l’atelier de notre mère, un espace privilégié où elle révélait sa créativité. Un endroit encore « habité », transformé en sanctuaire par notre père… Au-delà de la rivière, on apercevait le parcours de santé où les familles se promenaient le dimanche… Mon regard s’attarda sur ce qu’il me semblait être la seule distraction de Maman les dernières années de sa vie, des années de solitude choisie et infranchissable, tournées vers la souf-france malgré la présence attentive de Papa. Cette solitude qu’elle détestait, elle avait fini par l’apprivoiser. Elle lui tenait compagnie… Une grande tristesse m’envahit… Je me remémorai avec émotion cette phrase incontournable que ma mère avait sans doute trouvée dans un magazine et qu’elle plaçait de manière emphatique dans nos conversations : « Souviens-toi que le temps glisse inexorablement entre nos mains. Un temps précieux qu’on ne pourra jamais arrêter… » Cette formule, prononcée comme une sentence et qu’elle ressortait systématiquement dès que l’occasion se présentait, avait le don de m’agacer… Trois semaines avant son décès, nos parents avaient tenu à fêter leurs soixante ans de mariage. Maman savait que son
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temps était compté, même si nous ne lui avions jamais avoué la vérité sur sa maladie. Huit ans plus tard, Papa, inconsolable et fatigué, avait émis le désir de finir ses jours dans une maison de retraite… …L’appartement venait d’être vendu et il fallait penser au partage des biens avant de le vider complètement de tous les meubles et objets acquis au fil des années. Je n’étais pas vraiment prête à tout « bazarder » et je laissai Madeleine et Gaby discuter entre elles de la destination utile et définitive de certains meubles et appareils électroménagers… Il restait à trier les livres, les photos et les papiers… C’est une tâche difficile et souvent douloureuse de devoir se séparer de tout ce qui a participé au bonheur de ses parents. En quelques heures, mes sœurs venaient de tourner la page de toute une vie. C’est elles qui avaient raison mais je fis tout à coup le triste constat que rien ne nous appartient sur cette terre. Nous n’en prenons vraiment conscience qu’à la fin de notre vie. Nous essayons tant bien que mal de nous détacher de tous ces biens matériels qui nous encombrent, de tous ces objets inutiles que nous finissons par oublier et dont nous nous débarrassons à la veille d’un déménagement ou juste sur un coup de tête, sachant que nos enfants le feront à notre place lorsque nous ne serons plus là. Il fallait que je me libère de cette culpabilité qui m’empêchait de prendre une décision sur le sort réservé à toutes ces choses qui peuplaient l’univers de nos parents. — Maman n’aurait pas aimé que la Ressourcerie s’empare si vite de ses affaires, m’entendis-je dire avec une certaine rete-nue… — Ainsi va la vie, trancha aussitôt Gaby, ma sœur cadette, avec un air de gravité charmante…
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J’ouvris les deux tiroirs de la bibliothèque vitrée et en sortis quelques photos de famille que j’examinai une à une : toute une histoire avec, pour toile de fond, les années quarante qui met-taient en scène des personnages en noir et blanc à l’attitude un peu gauche. Leurs sourires calculés et un peu timorés feignaient d’ignorer la guerre… J’en pris une de mon père habillé en jeune cadre dynamique, posant fièrement à côté de sa 4CV Renault, symbole du retour de la paix et de la prospérité. Au dos était inscrit « jan-vier 1951 »… Des lettres et des cartes postales, que Papa conservait depuis de nombreuses années, occupaient tout un compartiment. Elles étaient toutes classées par dates et avaient pris l’odeur du moisi mêlée à celle du bois. Les enveloppes, proprement ouvertes à l’aide d’un coupe-papier, étaient d’une couleur vieux jaune. J’en ouvris quelques-unes, les miennes, et m’installai confortable-ment dans le canapé pour les lire… La nuit commençait à tomber… Madeleine, ma sœur aînée, fit subitement irruption dans l’univers de mes chroniques journalières relatives aux péripéties de nos trois premières années de mariage vécues loin de ma famille… Elle me toucha l’épaule : — Tu viens ? On y va Je sursautai… J’étais plongée dans mes souvenirs et n’avais pas vu le temps passer…
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