Au-delà du miroir (terres inconnues)

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Michel, à travers un voyage initiatique, se lance d’une façon inconsciente à la quête du bonheur. Ses différentes expériences en ces terres inconnues lui permettront d’appréhender des réalités insoupçonnées qui le feront avancer sur le chemin. Mais trouvera-t-il vraiment ce qu’il cherche ?


Jean-Noël Blanchard est né à Cholet (49) en 1951. Élevé dans une famille de commerçants, il crée sa première entreprise à l’âge de 22 ans.

En 1969, il déménage pour la Vendée où il se marie et devient père de quatre enfants.

Ses premiers écrits datent de 1989. Il n’en publie aucun et reprend sa plume vingt ans plus tard pour un premier roman. Passionné d’histoire religieuse et de généalogie, il persévère en autodidacte dans sa quête de l’absolu.

Publié le : lundi 21 janvier 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782953896503
Nombre de pages : non-communiqué
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Chapitre 1 Mortelle randonnée 22 décembre 1989, le soir n’en finit pas de tomber, les nuages rassemblent leurs dernières forces et tentent de déverser les quelques flocons qui ne viendront pas couvrir cette campagne provinciale. Élisabeth enrage, son premier réflexe serait de briser ce vase, son intelligence l’en dis-suade, ses yeux verts changent de couleur, pétillants enflammés. Son corps svelte, torturé comme imbibé de colère virevolte dans cette maison, ultime objet de son désir. Mais pourquoi, pourquoi est-ce toujours au mauvais moment que Michel lui annonce la décision de Global Heardde l’envoyer à l’autre bout du monde. Cette fois c’est le Brésil ; une ouverture de filiale qui ne peut at-tendre… comme si l’Amérique du Sud allait s’effondrer. Michel doit être sur place dans deux jours. Préparation de la venue à Rio d’un comité chargé de l’inauguration offi-cielle. Ce travail de cadre à tout faire, Élisabeth a fini par
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l’avoir en horreur ; bien sûr, les compensations matérielles permirent dans un premier temps la maison, la Jaguar métallisée, les meubles de style, puis ce fut la résidence secondaire, les vacances exotiques, les relations d’un autre monde, mais vite, très vite, Élisabeth comprit que son mari disparaissait, laissant sombrer leur entente conjugale dans l’anarchie, le gâchis et les disputes. Aujourd’hui c’en est trop, ces dix jours en amoureux destinés à raccrocher à nouveau leur couple s’évanouissent à leur tour sur ce simple appel téléphonique. Ce soir, pour la première fois, l’altercation gravit un échelon de plus, oui, jusqu’à l’ultimatum. « Si tu pars, que ce soit pour toujours » lance Élisabeth d’une voix sèche mais calme. Pas de colère, pas de hurlement, une décision. Michel n’a pas daigné réagir. La réponse ne dépend même plus de lui. L’automatisme de son rôle ne lui per-met pas la moindre réflexion, d’ailleurs, il n’est pas payé pour réfléchir mais pour agir au moment et à l’heure voulus. D’un geste machinal il allume la télévision. Ce soir le mauvais film ne l’amuse plus, son esprit est autre part. Les paroles qu’il vient d’entendre l’ont abasourdi, son regard sans vie laisse défiler les images ; plongé dans un autre monde, il se surprend à se poser des questions. Mais que peut-il faire sinon partir demain, impossible sur quelques mots de remettre en cause des années de travail, il sait ce que l’on attend de lui ; tout, sauf des états d’âme. Impossible, vraiment Élisabeth en fait trop, du bluff oui, certainement elle bluffe. Allons, essayons de
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dormir, demain la journée sera longue, quatorze heures d’avion plus le décalage horaire. 7 heures, le radio-réveil crache ses informations : « Russes et Américains s’entendent sur un nouveau pro-gramme de désarmement en Europe ; en France la vague de froid persistant depuis deux semaines touche à sa fin ; le pays prépare la fin de l’année ». Michel se lève, file vers la salle de bain, la douche le secoue définitivement de sa torpeur, il est vrai que la nuit courte et agitée ne l’a guère reposé. Un petit déjeuner rapide, un simple bagage à main contenant ses documents et un minimum nécessaire. Michel n’a jamais apprécié les départs mais celui-ci lui pèse plus que les autres, il pénètre dans la chambre baignée dans une semi-obscurité et embrasse tendrement Élisabeth, esquissant d’une façon quasi inaudible un « au revoir ma chérie ». Elle dort ou feint de dormir, pas de réaction. Le taxi attend, il s’engouffre dans la Mercedes : — Aéroport Charles-de-Gaulle. — À quelle heure est votre avion ? — 10 h 20. — Pas de problème. Quarante minutes de réflexion, le paysage lui semble morne, glauque, fade ; cent fois déjà il est passé et repassé au milieu de cette campagne qui a perdu tout attrait.
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Que va-t-elle faire ? Que peut-elle faire ? Jamais son épouse n’a paru aussi résignée. Ah ! si seulement cet enfant perdu avait vu le jour, si seulement elle acceptait de l’accompagner dans ses voyages ; si seulement elle essayait de le comprendre ; si seulement… si seulement… Ses pensées se choquent et se brisent sans lui fournir la moindre réponse. Lui le champion de l’ordre et de l’organisation ne comprend plus rien, il ne comprend même plus ce qu’il fait dans ce taxi qui l’éloigne du seul être qu’il a jamais aimé, Élisabeth la première, la seule, l’unique ; pourquoi faut-il… Vraiment la douche n’a pas suffi… 8 h 20 CDG. Sortant sa Master, il se dirige vers le distributeur. Deux mille francs suffiront amplement, il n’aime pas l’imprévisible. Voilà la boutique de presse, son moment favori avant un départ. Dix minutes plus tard, il ressort muni d’un hebdo ainsi que d’une étude sur la révolution, bicentenaire oblige. D’un pas décidé, il se dirige vers la salle d’attente correspondant au vol AF 951 Paris-Rio. S’enfonçant dans le fauteuil moelleux, il extirpe leNouvel Obs de sa po-chette. Décidément son esprit est ailleurs. Qu’est-il en train de faire ? La roulette russe ? Le bonheur existe-t-il ? Ce travail, Michel l’a déniché pour Élisabeth et maintenant ce même travail lui gâcherait sa propre raison d’être. Son regard est soudainement intrigué par le manège d’un de ses voisins. Celui-ci semble circuler au milieu des
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passagers, discutant brièvement avec chacun. Visiblement les réponses négatives qu’il essuie le tracassent, un léger rictus sur sa figure, pourtant il insiste, non, vraiment rien à faire. L’homme se rapproche, sa curiosité va enfin être satisfaite. — Je vous prie de bien vouloir m’excuser ; puis je vous demander si vous prenez le prochain vol pour Rio ? Malgré son français éminemment correct, l’origine brésilienne ne fait aucun doute. La quarantaine, costume Hugo Boss, cravate et pochette sobre, une calvitie plus que naissante, une petite moustache brune et des lunettes de comptable, il ressemble à s’y méprendre à ces com-merciaux BCBG qui viennent promouvoir avec brio leur société. Michel acquiesce. — Tenez-vous vraiment à partir à 10 h 20, ou vous est-il possible de retarder votre départ de quelques heures ? Avant même un début de réponse, il tente une explica-tion : il se nomme Lucas (prononcez Loukas) Cavaleiros, son père à la tête d’un consortium international depuis une trentaine d’années vient de décéder la nuit dernière. Fils unique, il lui servait d’ambassadeur en Europe, maintenant il doit reprendre la direction générale mais il n’est pas seul, il subodore des intrigues destinées à l’évincer d’une position lui revenant de droit. Son avenir se jouera en quelques heures et il doit impérativement prendre ce vol.
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