Autoportrait de l'artiste en clown

De
Publié par

L'auteur de Second toughest is the infant et de Trois personnes sèches écrit depuis maintenant dix ans. Il nous emmene à la découverte de son oeuvre "bis". Ecrivain par hasard, deux fois, il s'est pris au jeu ensuite. On le suit dans ses "autobiographie d'anticipation" du début, ses récits déstinés à d'hypothétiques publications et enfin, ses derniers textes, vus sur le net. Une décennie de doute, de progrès, de voyages, de recherche de soi, de convictions, d'essai de différents styles et de clins d'oeil divers.
Publié le : mercredi 5 octobre 2005
Lecture(s) : 112
EAN13 : 9782748148640
Nombre de pages : 165
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Autoportrait de l'artiste en clown
Joest Jonathan O uaknine
Autoportrait de l'artiste en clown
Dix années de nouvelles (19952004)
NO UVE LLE
Le Man u scr it w w w . m anuscr it . com
É ditions Le Manuscrit 20, rue des PetitsChamps 75002 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@ manuscrit.com É ditions Le Manuscrit, 2005 ISBN : 2748148657 (Fichier numérique) ISBN : 2748148649 (Livre imprimé)
E n guise d’introduction… Avant que vous me posiez la question, le titre vient d’une exposition de peintures éponymes. Durant ces dix années, j’ai vu tellement d’artistes de second ordre se prendre au sérieux et se croire déjà célèbres que j’ai cherché un titre comique, pour désamorcer cela. D’où également l’autoportrait sur la page suivante, en costumecravate, mais maquillé en clown. « Autoportrait » aussi, car, vous le constaterez, la plupart des nouvelles sont écrites à la première personne. Mes premiers écris étaient avant tout des projections dans l’avenir. D’habitude, un « best of » n’est qu’une compilation d’éléments déjà vus et revus. Honnêtement, il n’y a aucun inédit. Mais compte tenu de ma notoriété, vous les découvrirez sans doute pour la première fois… Un dernier point : les explications se trouvent après chaque nouvelle. Comme ça, votre lecture ne sera pas polluée par mes remarques…
JO E S TJO N A T H A NOU A K N I N E
rêve (1995)
7
ALU T O P O R T R A I T D E 'E N A R T I S T E C L O W N
8
JO E S TJO N A T H A NOU A K N I N E
Avant tout, il faut que j’écrive que l’envie de raconter mon histoire m’est venue comme ça. Lorsque l’on m’a donné du papier et un crayon pour que j’écrive à mon avocat, j’ai eu une envie de raconter ma vie. D’en dire plus qu’un simple rapport en vu de mon procès. Ca me fait tout drôle d’être le seul prisonnier Français ici, à New York. Qui sait, cela plaira peutêtre à un magazine. Je vais vous expliquer comment je suis arrivé ici. Il faut revenir quatre ans en arrière. A Paris, juste après mes études, j’ai été invité à une soirée. J’y ai rencontré une black d’une quarantaine d’année, Mani et sa très belle nièce, Laura. Mani avait quitté son Afrique natale pour être danseuse, vingt ans plus tard, elle connaissait tout Paris et souhaitait monter une boite dans le style rockabilly. Sa nièce, également danseuse, inciterait les gens à aller sur la piste. Des gens comme ça, vous en rencontrez des dizaines. Le samedi, ils vous parlent d’un projet excitant, qui semble plausible et le lundi matin, tout est oublié. J’ai dit presque en rigolant que je m’occuperai de la caisse et de la déco. Après tout, si ces boniments pouvaient me permettre un ticket avec Laura… A ma grande surprise, Mani m’a rappelé la semaine suivante. A l’époque, la vogue « fifties » était déjà belle et bien éteinte, mais comme je ne tenais pas à passer ma vie derrière une planche à dessin, j’ai plongé sans hésiter. On a trouvé ensemble un local aux Halles, à Paris : une ancienne boutique de fringue. Il a fallu transformer la cave en piste de danse. C’est ridicule d’avoir tant d’espace et de s’installer dans un trou, mais la loi est ainsi faite. (E n surface, le bruit à l’extérieur serait trop important ; nombre d’établissements ont
9
ALD E U T O P O R T R A I T 'A R T I S T E C L O W NE N
fermés suite à des plaintes du voisinage.) E nsuite, il y eu encore nombre de péripéties pour obtenir les diverses autorisation. Pour la décoration, j’ai contacté l’ACCF (l’American Car Club de France), ils m’ont réaiguillé vers nombre d’amateurs qui possédaient des affiches, des disques, des bibelots et autres meubles d’époques. Ils nous les prêtaient en échanges d’entrées gratuites. Le clou de la salle, c’est une superbe (et rare) Packard Hawk de 1957, qui trônait au dessus de l’escalier qui descend à la salle (d’où le nom de l’établissement, le « Hawk ».) J’adore les voitures américaines des années 405060. Ca vous semblera curieux, mais par contre, j’ai horreur de tout le reste de cette époque. On a ouvert un jour d’octobre. Après une semaine à accueillir la clientèle, j’en ai eu marre, de ces hommes aux cheveux gominés, jeans moulants et teeshirt blanc, de ces femmes aux choucroutes sur la tête, aux jupes longues à volants ; de leurs expressions ringardes, des 45 tours d’E lvis ou des Chaussettes noires… Au tout début, je les prenais pour des cons. Certains vont jusqu’à vivre scrupuleusement comme dans les années 50, au point d’aller faire 20 bornes pour acheter des yaourts comme on en trouvait à l’époque. E n examinant de plus près, ils ont presque tous entre 30 et 50 ans ; ils n’ont donc pas connu cette époque. Ils sont ouvriers, fonctionnaires de premier niveau, employés de base, travailleur du bâtiment ; bref, dés gens en bas de l’échelle, écrasés par x supérieurs. Alors, la nuit, telle Cendrillon (ou plutôt tel le personnage de la chanson de Thierry Hazard), ils sortent le perfecto, la 4cv et se prennent pour Gene Vincent, James Dean, Marlon Brando ou Rita Hayworth (pour les femmes.) M’en rendant compte, j’ai acquis une forme de sympathie
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.