Aux confins de l'oubli

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Pourquoi, alors que l'on aspire à sa part de vie, d'espérance et de reconnaissance, se voit-on acculé aux confins de l'oubli? Plus encore, lorsqu'au rappel des martyrs d'un village, n'est point mentionné le nom de l'une des victimes, que ce soit par inadvertance ou autre, ne doit-on pas s'indigner de cette omission?
Publié le : samedi 1 janvier 2011
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748368666
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EAN13 : 9782748368666
Nombre de pages : 220
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Le Carillonneur du Lauragais, Éditions du Sud-Ouest, 2008 Avant que le vent, Mon Petit Éditeur, 2010
Henri Surge
AUX CONFINS DE L’OUBLI
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0116579.000.R.P.2011.030.31500Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
À mon épouse qui a découvert et parcouru à mes côtés, au cours de nos diverses randonnées, les contrées où se déroulent ces récits.
Malincourt
1 Autour de la ferme de Malincourt, le plateau du Larzac éta-lait sa nudité. Les étendues grises ou jaunâtres, parsemées de buis verts, se perdaient dans linfini moutonnement des mame-lons. Quelques arbres retors essayaient de démentir laridité du sol rocailleux, mais leurs formes tourmentées et noueuses tra-hissaient leur croissance difficile sur une terre où leau sinfiltrait comme au travers dune passoire. Au cur de ce causse qui lentourait, lenserrait, lécartait du monde, Emilien Bonnafieu demeurait avec son troupeau de moutons, ses chiens, et parmi poules et dindons, un coq dont le chant, au lever du jour, néveillait à lentour aucun autre cocori-co. Pour laider à supporter sa solitude, vivait encore sa mère, courbée par lâge, la rudesse dune vie sur le plateau et surtout par les longues heures passées, chaque jour que Dieu fit, à traire les brebis. Mais dévidence la vieille Eulalie se ratatinait, ses rides devenaient aussi profondes que les stries creusées par les pluies sur les dalles de calcaire. Au gré des vents et des saisons, sa peau grisaillait autant que le sol quelle piétinait, seul le bout de son nez rosissait durant les grands froids. Cependant, à me-sure que ses reins cédaient, son appendice nasal sabaissait vers les genoux et vers cette terre qui tôt ou tard la recouvrirait. À Malincourt, le temps se découpait en deux saisons, lhiver plutôt long, lété trop court ; le printemps et lautomne ne se discernaient pas. Après les fortes chaleurs réverbérées par la rocaille jusquà tarir lavognes et citernes, la pluie froide ou la neige surgissaient, aussi bien du nord que du sud, parfois de
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louest, poussées par des vents quaucun obstacle narrêtait, et qui sen donnait à cur joie à déséquilibrer la girouette pourtant solidement arrimée. Lorsque les éléments cessaient de balayer ou de laver le pla-teau, alors des vallées du Tarn et de la Dourbie, cernant le causse, montait une épaisse brume qui brouillait ciel, bêtes et gens. En ces moments de confusion, la vie paraissait suspendue à Malincourt, surtout pour Eulalie qui distinguait mal sous son nez le sol vers lequel elle se penchait. À chaque fois, la vieille femme profitait de cette confusion, pour reprendre son éter-nelle complainte :  Mon pauvre Emilien, comment te débrouilleras-tu quand je ne serai plus là ? Afin décourter lhabituelle litanie des « Qui te préparera la soupe, qui te reprisera les chaussettes, qui te lavera les chemi-ses », le fils brusquement répondait :  Mère, dici peu le vent lèvera le brouillard sur le causse et dans ta tête. Quand le vent tardait à souffler et que la mère continuait sa rengaine, alors Emilien sénervait et répliquait vertement quil nétait plus un enfant.  Que diable ! ajoutait-il. Je suis à même de poser la mar-mite sur le feu et question dhabillement, tu sais depuis toujours, quen homme du causse jaime avoir chaud au corps, pantalons et vestes de velours mavantagent. En ce qui concerne le lavage, une trempe dans la seille et un séchage au vent nest pas du compliqué. Par contre, pour les chaussettes, je naurai pas trimé toute une vie pour ne point men payer de neuves quand les usagées montreront des trous aux talons ou aux orteils. Après cette énième explication, Emilien se raclait la gorge et se repliait dans un silence têtu. Autant que possible la mère le-vait la tête pour dévisager son garçon.
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