Aventures de mer

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Ces Aventures de mer sont la suite chronologique des Secrets de la mer Rouge. Monfreid qui travaillait pour le compte d'un marchand de perles, devient trafiquant d'armes. Hélas, son voilier se brise sur les côtes d'Arabie. Conspirateurs, personnages louches et surtout les services secrets anglais s'acharnent à sa perte. Mais son étoile veille...
Publié le : mercredi 25 mai 1994
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246026990
Nombre de pages : 280
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I
DE MASSAOUA AUX FARZAN
A Massaoua, capitale de la colonie italienne de l'Erythrée, les autorités se sont refusées à me donner une patente de navigation pour Farzan : cette région est, paraît-il, prohibée, étant comprise dans le fameux blocus auquel les Anglais tiennent si fort, sans doute pour éloigner les indiscrets de la côte d'Arabie.
Je me contente donc d'une patente pour Djibouti; elle me suffira pour sortir du port, et une fois à la mer je prétends y être maître de ma route, sans m'inquiéter des administrateurs de marine et autres ronds-de-cuir.
Il est onze heures du soir. La ville est endormie et, sur le port, les barques indigènes font grincer leurs agrès au rythme d'une invisible houle.
Un peu à l'écart, le Fat el-Rahman se balance sur l'eau miroitante, écrasée de calme sous la chaleur lourde et humide.
Je hèle la pirogue, et nous fendons d'un double trait de feu vert les phosphorescences endormies de l'eau noire.
Le calme est absolu, et de très loin on entend glapir les chacals solitaires. Puis le ciel blanchit à l'est sur la mer, des coqs chantent et se répondent par-dessus les terrasses de la ville endormie. Le dernier croissant de la vieille lune sort lentement de l'horizon et monte dans le ciel. Une petite brise de terre dévale des montagnes par bouffées timides et répand sur la mer l'odeur des bergeries et la senteur des herbes sèches de la brousse d'Afrique.
Il est temps d'appareiller. La voile latine déploie son grand triangle tout éclairé de lune et vent arrière sous la brise de terre, nous sortons du port silencieux.
Lentement, nous doublons les deux bouées à feu. Face à face, elles se balancent lourdement sur leur ventre rond, dans les cercles verts et rouges du reflet de leurs fanaux et grincent sur leurs chaînes, à longs intervalles, comme pour échanger dans la nuit la plainte vaine de leur captivité.
Puis c'est la mer libre, et l'horizon s'arrondit autour de nous.
L'homme de barre chante à mi-voix une mélopée triste, la vergue gémit contre le mât, l'eau bruisse sous l'étrave qui taille et allume les phosphorescences livides.
***
Le ciel s'éclaire. Cette fois, c'est le jour. Brusquement, le globe rouge du soleil sort de l'horizon. Il monte très vite et en quelques minutes il est brûlant. Alors la brise tombe : c'est le calme plat. La mer n'est plus qu'un miroir ardent confondu avec le ciel et moiré, de loin en loin, par les bancs de poissons et les risées errantes. La voile pend, inerte, à sa vergue, battant le pont de son écoute mollie, mais son ombre est précieuse contre les rayons de feu tombant du ciel et la réverbération montant de la mer.
Vers dix heures, l'horizon se barre d'une ligne sombre qui s'élargit et s'avance. C'est la rentrée de la brise d'est qui, chaque jour, arrive du large quand le soleil est haut.
La mer est maintenant toute bleue, mouchetée de blanc. Sous sa voile enfin gonflée, le Fat el-Rahman
se couche et taille sa route à bonne allure, dans l'écume blanche, cap au nord-est, vers l'Arabie.
II
LE BANC DE FABZAN
Pendant trois jours, nous cherchons notre route dans le dédale de hauts fonds et de récifs que les eaux calmes de l'archipel Dahlak recouvrent de leur surface unie, toute brodée de vert, de violet et de bleu. Puis c'est la mer libre avec la houle des grands fonds.
Nous croisons des vapeurs, de luxueux paquebots qui suivent tous la même route, entre Périm et Suez. Ils ignorent tout de cette mer prestigieuse dont ils voient seulement quelques phares sur de rares îlots, jalonnant leur route toujours hors de vue des deux rives.
Le quatrième jour, les premiers récifs annoncent le banc de Farzan.
Ce sont d'abord des pâtés de roche isolés, taches jaunes ou violettes sur la mer bleue.
Il faut veiller. Que ferai-je cette nuit dans ces eaux semées d'écueils, quand ils seront invisibles?
Il faut trouver un mouillage, mais il n'y en a pas en vue. Mieux vaudrait revenir au large. Mais il y a deux heures déjà que je suis engagé dans ces eaux malsaines, et le vent tombe... Je n'en serai jamais sorti avant la nuit! je continue donc résolument vers l'intérieur du banc, espérant un écueil assez large pour y jeter l'ancre.
Le soleil va se coucher, et nous sommes depuis assez longtemps dans une région saine où je ne vois plus apparaître aucune tache révélant des roches. J'ai fait comme le héron qui attendait toujours mieux; maintenant, je ne trouve plus rien pour fixer mon ancre. La nuit arrive. Un homme est dans la mâture, mais il ne voit rien venir...
Le vent du nord se lève et menace de souffler grand frais cette nuit. Le navire est à sec de toile, en dérive au gré des courants. La houle se fait, la nuit est opaque, et je sais que des écueils sont autour de nous, cachés dans cette eau sombre!...
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