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AVENTURES DE MONSIEUR PICKWICK - TOME II
Charles Dickens
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0243-5
CHAPITRE XI. –Où l'on voit M. Pickwick sur une nouvelle scène du grand drame de la vie.
Le reste du temps que M. Pickwick avait destiné à son séjour à Bath s'écoula sans rien amener de remarquable. Le terme de la Trinité commençait, et avant que sa première semaine fût achevée, M. Pickwick, revenu à Londres, avec ses amis, était allé s'établir dans ses anciens quartiers, à l'hôtel deGeorge-et-Vautour.
Trois jours après leur arrivée, juste au moment où les horloges de la cité sonnaient individuellement neuf heures du matin, et collectivement environ neuf cents heures, Sam était en train de prendre l'air dans la cour, lorsqu'il vit s'arrêter devant la porte de l'hôtel une étrange sorte de véhicule, fraîchement peint, hors duquel sauta légèrement une étrange sorte de gentleman, qui semblait fait pour le véhicule, comme le véhicule semblait fait pour lui, et qui donna les rênes à un gros homme assis auprès de lui.
Ce véhicule n'était pas exactement un tilbury, et n'était pas non plus un phaéton. Ce n'était pas ce qu'on appelle vulgairement un dog-cart, ni une carriole, ni un cabriolet ; et cependant il participait du caractère de chacune de ces machines. La caisse était peinte en jaune clair, sur lequel se détachaient, en noir, les rayons et les jantes des roues. Le conducteur était assis, suivant le style classique, sur des coussins empilés environ deux pieds au-dessus du dossier. Le cheval était un animal bai, d'assez bonne tournure, mais ayant néanmoins un air de mauvais ton et de mauvais sujet à la fois, qui s'accordait admirablement avec le véhicule et avec son maître. Le maître lui-même était un homme d'une quarantaine d'années, ayant des cheveux et des favoris noirs, soigneusement peignés. Il était vêtu d'une manière singulièrement recherchée, et couvert d'une quantité de bijoux, tous environ trois fois plus grands que ceux qui sont portés ordinairement par un gentleman. Pour couronner le tout, il était enveloppé d'une grosse redingote à long poils. Aussitôt qu'il fut descendu, il fourra sa main gauche dans l'une des poches de sa redingote, tandis qu'avec sa main droite, il tirait d'une autre poche un foulard très-brillant, dont il se servit pour
épousseter trois grains de poussière sur ses bottes, et qu'il garda ensuite, en le froissant dans sa main, pour traverser la cour d'un air fendant. Pendant que ce personnage descendait de voiture, Sam remarqua qu'un autre homme, vêtu d'une vieille redingote brune, veuve de plusieurs boutons, et qui, jusque là, était resté à flâner de l'autre côté de la rue, la traversa et se tint immobile non loin de la porte. Ayant plus d'un soupçon sur le but de la visite du premier gentleman, Sam le précéda à l'entrée de l'hôtel, et, se retournant brusquement, se planta au centre de la porte. « Allons ! mon garçon, » dit le gentleman d'un ton impérieux, en essayant en même temps de pousser Sam. « Allons ! monsieur. Qu'est-ce que c'est ? » répliqua Sam, en lui rendant sa bousculade avec les intérêts composés. « Allons, allons ! mon garçon, ça ne prend pas avec moi, rétorqua l'étranger, en élevant la voix et en devenant tout blanc. Ici, Smouch. – Ben ! quoi qui gnia, » grommela l'homme à la redingote brune, qui pendant ce court dialogue s'était graduellement avancé dans la cour. « C'est ce jeune homme qui fait l'insolent, » dit le principal, en poussant Sam de nouveau. « Ohé, pas de bêtises ! » gronda Smouch, en bourrant Sam beaucoup plus fort. Ce compliment eut le résultat qu'en attendait l'hab ile M. Smouch : car tandis que Sam, empressé d'y répondre, le froissait contre la porte, le principal se faufilait, et pénétrait jusqu'au bureau. Sam l'y suivit immédiatement, après avoir échangé avec M. Smouch quelques arguments, composés principalement d'épithètes. « Bonjour, ma chère, dit le principal, en s'adressant à la jeune personne du bureau, avec une aisance de détenu libéré. Où est la chambre de M. Pickwick, ma chère ? – Conduisez-le, » dit la jeune lady au garçon, sans daigner jeter un second coup d'œil au fashionable. Le garçon se mit en route, suivi du personnage ; Sam venait
derrière, et tant le long de l'escalier se soulagea it par d'innombrables gestes de défi et de mépris suprême, à la grande satisfaction des domestiques et des autres spectateurs de cette scène. M. Smouch, qui était troublé par une grosse toux, resta en bas, et expectora dans le passage. M. Pickwick était profondément endormi dans son lit, quand ce visiteur matinal entra dans sa chambre, toujours suivi par Sam. Le bruit de cette intrusion le réveilla. « De l'eau pour ma barbe, Sam, » dit-il sans ouvrir les yeux. « Oui, oui, nous allons vous faire la barbe, M. Pickwick, dit l'étranger, en tirant un des rideaux du lit. J'ai un mandat d'arrêt contre vous, à la requête de Bardell. Voici lewarrant, lancé par la cour descommon pleas; et voilà ma carte. Je suppose que vous viendrez chez moi ? » En parlant ainsi, l'officier du shérif, car tel était son titre, donna une tape amicale sur l'épaule de M. Pickwick, puis il jeta sa carte sur la courte-pointe, et tira de la poche de son gilet un cure-dents, en or. « Namby est mon nom, poursuivit-il, pendant que M. Pickwick aveignait ses lunettes de dessous son traversin, et les mettait sur son nez pour lire la carte. Namby, Bell Aley, Coleman Street. » En cet endroit, Sam qui avait eu jusque-là les yeux fixés sur le chapeau luisant de M. Namby, l'interrompit : {14} « Êtes-vous quaker ? » lui demanda-t-il. « Je vous ferai connaître ce que je suis, avant de vous quitter, répondit l'officier indigné. Je vous apprendrai la politesse, mon garçon, un de ces beaux matins. – Merci, répliqua Sam. J'en ferai autant pour vous, tout de suite. Ôtez vot' chapeau. » En parlant ainsi, Sam envoyait, d'un revers de main, le chapeau de M. Namby à l'autre bout de la chambre, et cela avec tant de violence, que peu s'en fallut qu'il n'y fit voler le cure-dents d'or par-dessus le marché. « Observez cela, M. Pickwick, s'écria l'officier déconcerté, en reprenant haleine. J'ai été attaqué dans votre chambre, par votre domestique, dans l'exercice de mes fonctions. J'ai des craintes personnelles, je vous prends à témoin.
– Ne soyez témoin de rien, monsieur, interrompit Sam, fermez vos yeux solidement, monsieur ! Je le jetterais volontiers par la fenêtre ; seulement il ne tomberait pas assez loin, à cause du plomb. – Sam ! s'écria M. Pickwick d'une voix mécontente, pendant que son domestique faisait diverses démonstrations d'hostilités, si vous dites une autre parole, si vous causez le moindre trouble à cette personne, je vous renvoie sur-le-champ. – Mais, monsieur… – Taisez-vous et ramassez ce chapeau. » Malgré la sévère réprimande de son maître, Sam refusa positivement de relever le chapeau ; et comme l'officier dushérif était pressé, il condescendit à le ramasser lui-même. Ce ne fut pas, toutefois, sans lancer contre Sam un déluge de menaces, que celui-ci recevait avec la plus grande tranquillité, se contentant de faire observer que si M. Namby voulait avoir la bonté de remettre son chapeau sur sa tête, il le lui enverrait aux grandes Indes. M. Namby, pensant qu'une telle opération produirait peut-être quelques inconvénients pour lui-même, ne voulut pas exposer son adversaire à une trop forte tentation, et bientôt après appela Smouch. L'ayant informé que la capture était faite, et qu'il n'avait plus qu'à attendre jusqu'à ce que le prisonnier eût fini de s'habiller, Namby s'en fut en se pavanant et remonta dans son véhicule. Smouch ayant prié M. Pickwick dene pas s'endormir, tira une chaise auprès de la porte et y resta assis jusqu'à ce que notre héros eût fini de s'habiller. Sam fut alors dépêché pour amener une voiture de place, dans laquelle le triumvirat se rendit à Coleman-Street. Le trajet n'était pas long, heureusement ; car, outre que M. Smouch n'était pas doué d'une conversation fort enchanteresse, sa société était rendue décidément désagréable, dans un espace limité, par la faiblesse physique à laquelle nous avons fait allusion plus haut.
La voiture ayant tourné dans une rue très-sombre et très-étroite, s'arrêta devant une maison dont toutes les fenêtres étaient grillées. La muraille en était décorée du nom et du titre deNamby, officier des shérifs de Londres. La porte intérieure ayant été ouverte, au moyen d'une énorme clef, par un gentleman qui pouvait passer pour un frère jumeau négligé de M. Smouch, M. Pickwick fut
introduit dans la salle du café. Cette salle du café était principalement remarquable par du sable frais, qui jonchait le plancher, et par une odeur de tabac qui parfumait l'air. M. Pickwick salua en entrant, trois personnes qui s'y trouvaient, et ayant envoyé Sam pour chercher M. Perker, se retira dans un coin obscur, et de là regarda avec quelque curiosité ses nouveaux compagnons. Un de ceux-ci était un jeune garçon de dix-neuf ou vingt ans, qui, quoiqu'il fût à peine dix heures du matin, buvait de l'eau et du genièvre, et fumait un cigare, amusements auxquels il devait avoir dévoué presque constamment les deux ou trois dernières années de sa vie, à en juger par sa contenance enflammée. En face de lui, et s'occupant à attiser le feu avec le bout de sa botte droite, se trouvait un jeune homme, d'environ trente ans, épais, vulgaire, au visage jaune, à la voix dure, et possédant évidemment cette connaissance du monde et cette séduisante liberté de manières qui s'acquiert dans les salles de billards et les estaminets de bas étage. Le troisième prisonnier était un homme d'un certain âge, vêtu d'un très-vieil habit noir. Son visage était pâle et hagard, et il parcourait incessamment la chambre, s'arrêtant de temps en temps pour regarder par la fenêtre avec beaucoup d'inquiétude, comme s'il eût attendu quelqu'un. Après quoi il recommençait à marcher. « Vous feriez mieux d'accepter mon rasoir ce matin, M. Ayresleigh, » dit l'homme qui attisait le feu, en clignant de l'œil à son ami, le jeune garçon. – Non, je vous remercie, je n'en aurai pas besoin. Je compte bien être dehors avant une heure ou deux, » répliqua l'autre avec précipitation ; puis allant, une fois de plus, à la fenêtre, et revenant encore désappointé, il soupira profondément et quitta la chambre. Les deux autres poussèrent des éclats de rire bruyants. « Eh bien, je n'ai jamais vu une farce comme cela ! dit le gentleman qui avait offert le rasoir, et dont le nom paraissait être Price. Jamais ! » Il confirma cette assertion par un juron, et recommença à rire ; en quoi il fut imité par le jeune garçon qui le regardait évidemment comme un modèle accompli. « Croiriez-vous, continua Price en se tournant vers M. Pickwick, que ce bonhomme-là, qui est ici depuis huit jours, ne s'est point
encore rasé une fois ? Il se croit si sûr de sortir avant une demi-heure, qu'il aime autant attendre qu'il soit rentré chez lui. – Pauvre homme ! dit M. Pickwick. A-t-il réellement quelques chances de se tirer d'affaire ? – Des chances ? il n'en a pas la queue d'une. Je ne donnerais pas ça pour la chance qu'il a de marcher dans la rue d'ici à dix ans. » En parlant ainsi, M. Price secouait contemptueusement ses doigts. Un instant après il tira la sonnette. « Apportez-moi une feuille de papier, Crookey, dit-il au domestique, qui, par sa mise et par sa tournure, avait l'air de tenir le milieu entre un nourrisseur banqueroutier et un bouvier en état d'insolvabilité. Un verre de grog avec, Crookey, entendez-vous ? Je vais écrire à mon père, et il me faut du stimulant, autrement je ne serais pas capable d'entortiller le vieux. » Il est inutile de dire que le jeune homme se pâma, en entendant ce discours facétieux. « Voilà la chose, continua M. Price. Faut pas se laisser abattre ; c'est amusant, hein ? – Fameux ! dit le jeune gentleman. – Vous avez de l'aplomb, reprit M. Price, approbativement. Vous avez vu le monde ? – Un peu ! » répliqua le jeune homme. Il l'avait regardé à travers les vitres malpropres d'un estaminet. M. Pickwick n'était pas médiocrement dégoûté par ce dialogue, aussi bien que par l'air et les manières des deux êtres qui l'échangeaient. Il allait demander s'il n'était pas possible d'avoir une chambre particulière, lorsqu'il vit entrer deux ou trois étrangers, d'une apparence assez respectable. En les apercevant, le jeune homme jeta son cigare dans le feu, et dit tout bas à M. Price qu'ils étaient venus pour le tirer d'affaire, puis il se retira avec eux, auprès d'une table, à l'autre bout de la chambre. Il paraîtrait cependant qu'on ne tirait pas le jeune homme d'affairepromptement qu'il l'avait imaginé ; car il s'en suivit aussi une très-longue conversation, dont M. Pickwick ne put s'empêcher d'entendre certains passages, concernant une conduite dissolue et des pardons répétés. À la fin, le plus vieux des trois étrangers fit
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