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IDDN.FR.010.0115319.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2010
Chapitre I « Francisco ! Francisco ! ». Je crois reconnaître une voix familière, un peu rauque, mais pleine de sollicitude dans le brouillard qui obscurcit mon esprit, mais on insiste. Est-ce à moi que lon sadresse ? Je ne suis pas Francisco, je suis Fran-çois, François Coquis, et je suis né en France en 1790. Cest curieux comme, subitement, des faits anciens remon-tent à ma mémoire alors que le présent méchappe. Autour de moi, je perçois des cliquetis darmes, des gémis-sements, des hennissements de chevaux effrayés ou râlants, des cris, des éclats de voix dans une langue qui nest pas ma langue maternelle.Où suis-je ? Je ne suis pas dans ma Bourgogne natale. Jai peine à ouvrir les yeux, mais, dans le flou qui mentoure, je ne reconnais pas le paysage familier de mon enfance. Jai perdu la notion du temps. Rien de ce que je peux distin-guer autour de moi, dans cet environnement poussiéreux et jaunâtre, ne peut me donner une idée de la saison ni de lieu où je me trouve. Les odeurs qui commencent à massaillir me soulèvent le cur : odeurs de brûlé, de poudre, de sang, durine, de terre boueuse qui me prennent à la gorge.
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AYACUCHO
Cest une terre de mort ! Alors que dans mon village la vie était faite de bonheurs simples autour de la forge de mon père. Les chevaux y étaient vigoureux et les odeurs enivrantes au moment des vendanges. Où suis-je ? Suis-je en enfer ? Suis-je mort ? Dans la demi-inconscience où je retombe, je me surprends à dire « muerto » et la même voix familière que tout à lheure me répond en espa-gnol : « Mais non, tu nes pas mort ! Tout va bien Francisco, tu es seulement blessé ! » Alors, je reconnais mon ami Carlos. Il me soutient la tête de ses mains rugueuses et collantes de sueur et de sang. Je ne sens plus mon corps, mais peu à peu je re-prends mes esprits. Je suis en vie ! Carlos voudrait maider, me soulever peut-être pour memporter loin de ce cauchemar. Mais où ? Autour de nous, tout est désordre et désolation. Cependant, jai senti une pointe de gaieté dans sa voix et je crois percevoir un sourire sur son visage brun buriné. Je lentends me dire : « Nous avons gagné ! Cest la victoire, mon pote ! » « Nous sommes en décembre 1824, à Ayacucho » ajoute avec précision une voix au fort accent irlandais que je reconnais être celle de mon grand ami Peter, mon « frère », mon frère darmes depuis le début. Alors, soudain, joublie mes douleurs, mes angoisses, je me sens fier et je me remémore les paroles galvanisantes de notre chef le Général Sucre avant la bataille ! « Vaincre ou mourir ! ». Nous avons donc vaincu et je ne suis pas mort ! Pourtant, sil lavait fallu, jaurais donné ma vie pour la liber-té que nous défendions, pour la liberté de tout un continent sous limpulsion du grand Libertador Simón Bolívar qui a su
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AYACUCHO
rassembler des populations entières, jusquen Europe, pour combattre les Espagnols du Roi Ferdinand VII qui colonisaient le continent sud-américain depuis le XVIe siècle. Il est venu, il a su convaincre par son charisme, sa volonté, son intelligence, et nous avons été des milliers à le suivre, mer-cenaires de tous pays, riches aux idées révolutionnaires comme lui, pauvres Irlandais cherchant à fuir la misère, des révoltés ou exaltés de tous poils, des rebelles comme moi, des aventuriers de toutes sortes. Soudain, avec cette fierté quapporte la victoire, je sens un apaisement, la plénitude du devoir accompli et la satisfaction davoir eu raison, raison de quitter ce village paisible, raison de mêtre battu jusquà lépuisement pendant des années. Que de chemin parcouru depuis lannée 1810 où jai quitté la France ! Que de difficultés surmontées ! Que de rencontres mémorables ! Que de chemins difficiles parcourus à pied, à dos de mulets, à cheval, dans ce pays barré par limmense Cordillère des Andes que jai appris à aimer.
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