Ayacucho

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Francisco!… Francisco!… Je crois reconnaître une voix familière, un peu rauque dans le brouillard qui obscurcit mon esprit au milieu de cliquetis d’armes, de gémissements, de hennissements de chevaux effrayés ou râlants. François Coquis devenu Francisco, blessé au cours de la décisive bataille d’Ayacucho qui a mis fin à l’hégémonie de l’Empire d’Espagne le 9 décembre 1824, se souvient… C’est la passionnante aventure d’un jeune bourguignon épris de liberté qui a tout quitté à l’âge de vingt ans pour suivre l’armée du "Liberetador" Simon Bolivar pendant presque quinze ans. Avec ardeur et passion, il a contribué à donner l’indépendance au continent sud-américain et a fait souche au Pérou. Une de ses lointaines cousines françaises raconte.
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748355475
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748355475
Nombre de pages : 76
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Colette Coquis AYACUCHO ou La fabuleuse histoire de François C
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IDDN.FR.010.0115319.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2010
Chapitre I « Francisco ! Francisco ! ». Je crois reconnaître une voix familière, un peu rauque, mais pleine de sollicitude dans le brouillard qui obscurcit mon esprit, mais on insiste. Est-ce à moi que lon sadresse ? Je ne suis pas Francisco, je suis Fran-çois, François Coquis, et je suis né en France en 1790. Cest curieux comme, subitement, des faits anciens remon-tent à ma mémoire alors que le présent méchappe. Autour de moi, je perçois des cliquetis darmes, des gémis-sements, des hennissements de chevaux effrayés ou râlants, des cris, des éclats de voix dans une langue qui nest pas ma langue maternelle.Où suis-je ? Je ne suis pas dans ma Bourgogne natale. Jai peine à ouvrir les yeux, mais, dans le flou qui mentoure, je ne reconnais pas le paysage familier de mon enfance. Jai perdu la notion du temps. Rien de ce que je peux distin-guer autour de moi, dans cet environnement poussiéreux et jaunâtre, ne peut me donner une idée de la saison ni de lieu où je me trouve. Les odeurs qui commencent à massaillir me soulèvent le cur : odeurs de brûlé, de poudre, de sang, durine, de terre boueuse qui me prennent à la gorge.
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Cest une terre de mort ! Alors que dans mon village la vie était faite de bonheurs simples autour de la forge de mon père. Les chevaux y étaient vigoureux et les odeurs enivrantes au moment des vendanges. Où suis-je ? Suis-je en enfer ? Suis-je mort ? Dans la demi-inconscience où je retombe, je me surprends à dire « muerto » et la même voix familière que tout à lheure me répond en espa-gnol : « Mais non, tu nes pas mort ! Tout va bien Francisco, tu es seulement blessé ! » Alors, je reconnais mon ami Carlos. Il me soutient la tête de ses mains rugueuses et collantes de sueur et de sang. Je ne sens plus mon corps, mais peu à peu je re-prends mes esprits. Je suis en vie ! Carlos voudrait maider, me soulever peut-être pour memporter loin de ce cauchemar. Mais où ? Autour de nous, tout est désordre et désolation. Cependant, jai senti une pointe de gaieté dans sa voix et je crois percevoir un sourire sur son visage brun buriné. Je lentends me dire : « Nous avons gagné ! Cest la victoire, mon pote ! » « Nous sommes en décembre 1824, à Ayacucho » ajoute avec précision une voix au fort accent irlandais que je reconnais être celle de mon grand ami Peter, mon « frère », mon frère darmes depuis le début. Alors, soudain, joublie mes douleurs, mes angoisses, je me sens fier et je me remémore les paroles galvanisantes de notre chef le Général Sucre avant la bataille ! « Vaincre ou mourir ! ». Nous avons donc vaincu et je ne suis pas mort ! Pourtant, sil lavait fallu, jaurais donné ma vie pour la liber-té que nous défendions, pour la liberté de tout un continent sous limpulsion du grand Libertador Simón Bolívar qui a su
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rassembler des populations entières, jusquen Europe, pour combattre les Espagnols du Roi Ferdinand VII qui colonisaient le continent sud-américain depuis le XVIe siècle. Il est venu, il a su convaincre par son charisme, sa volonté, son intelligence, et nous avons été des milliers à le suivre, mer-cenaires de tous pays, riches aux idées révolutionnaires comme lui, pauvres Irlandais cherchant à fuir la misère, des révoltés ou exaltés de tous poils, des rebelles comme moi, des aventuriers de toutes sortes. Soudain, avec cette fierté quapporte la victoire, je sens un apaisement, la plénitude du devoir accompli et la satisfaction davoir eu raison, raison de quitter ce village paisible, raison de mêtre battu jusquà lépuisement pendant des années. Que de chemin parcouru depuis lannée 1810 où jai quitté la France ! Que de difficultés surmontées ! Que de rencontres mémorables ! Que de chemins difficiles parcourus à pied, à dos de mulets, à cheval, dans ce pays barré par limmense Cordillère des Andes que jai appris à aimer.
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