Baptistine du Far-West

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Brillantes comme des lampions de guinguette,

Les sournoises épées deDamoclès se balancent sur le fil ténu de nos vies…

Pour Baptistine aussi…

Au hasard de rencontres rocambolesques et emblématiques, son « Far-West » c’est peut-être, cette barbarie hypocritement cautionnée qui dégouline sur le monde, contristant trop souvent son coeur et son âme.

Mais « là-haut », bienveillantes ou machiavéliques, les fées veillent…

Sur la terre, les chats philosophent…

Les anges dépriment…
Amarande Amorison

Publié le : lundi 21 janvier 2013
Lecture(s) : 49
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791090159006
Nombre de pages : non-communiqué
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C I
Baptistine naquit un huit de Printemps. Étaient-ce des fées ? Des anges ? Qui avaient choisi un tel chiffre pour son arrivée sur terre ? Une boucle pour tourner, en rond… Errer… Une autre, peut-être, pour se trouver… Se retrouver ? Baptistine cherche encore… La boucle n’est toujours pas bouclée…
Anges ou fées, vous avez joué plus d’un tour à Baptistine ! Vous souriez ! Envers et contre tout, elle vous aime encore ! Mais quand même ! À quel ordre avez-vous obéi pour la balancer dans cette existence ? Le huit, parait-il, c’est l’infini… Tours, retours, détours, mille tours… Et des tours, vous lui en avez tellement joué ! Ça dure encore, bien sûr, puisque c’est à l’infini ! Si c’est vous, chères
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fées, vous n’êtes pas des fées, vous êtes des succubes ! Et vous, les anges, encore plus malins que vos concurrents des enfers ! Souvenez-vous… Chères, adorables fées… La baie des anges… Sans les anges. Le ciel bleu, les galets… Un jour de grand soleil, préférant les anges aux galets, Baptistine a tout quitté. Sans regrets.
Loin, loin, très loin, « La haut », loin des galets, loin de la terre, do-maine sacré dans un coin d’univers : conseil d’administration chez les fées. Elles sont quatre. Les anges, un jour de folie, ou de grande lucidité, (Dieu seul le sait !) leur ont donné à chacune, un nom de couleur. D’abord, la fée bleu-azur. Son royaume, c’est la sérénité, la beauté, l’amour universel. Au grès du temps, elle distille aux âmes qui lui ont été confiées, courage, patience, confiance, loyauté. Gardienne radieuse de ces vertus, la fée bleu-azur a toujours le sourire. Puis, vient l’insoumise, la réfractaire. La sublime fée rouge-pourpre. Son royaume : la passion, la fougue. Cabotine, contestataire, machiavé-lique, elle adore parsemer au hasard les flèches de Cupidon, son grand complice, tout en donnant à ses victimes, la force de ne pas sombrer dans le désespoir. La fée rouge-pourpre, c’est la révolte, l’exaltation. Très narcissique, ce qu’elle aime le plus en Baptistine, c’est qu’elle lui ressemble ! Comme elle, c’est une bohémienne. Une rebelle. Plus rusée, voila la fée violette. Impénétrable, énigmatique, mys-tique. Ce qui l’amuse, elle, c’est de souffler à sa chère protégée quelques idées très utopiques, sibyllines, qui poussent celle-ci, de façon parfois originale et téméraire, à agir avec le sentiment d’être « guidée ».
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Chapitre I
Enfin, vient la somptueuse fée blanc-nacré, gardienne de la pureté, de la paix, de la perfection. Elle donne la force, la foi, le goût de la quête spirituelle. Quelquefois l’idéalisme. Mais revenons à l’ordre du jour. Sujet soumis par les fées : La décision de Baptistine de partir à l’aventure. La fée bleue-azur ouvrit les délibérations. - Savez-vous, mes très chères, que la providence est la soeur ignorée du destin ? - Bien sûr, répliqua la fée violette souriante, Baptistine croit en elle. Un peu trop à mon avis ! - Comme elle a raison ! murmura la fée rouge-pourpre. Je suis comme elle, je déteste les galets ! - Laissez-la faire, s’exclama la fée blanc-nacré d’une voix très douce. Elle prend tout simplement le chemin de son évolution spirituelle. - Je serai là pour la guider ! s’écria la fée violette, arborant un air très mystérieux… - N’oubliez-pas, renchérit la fée rouge-pourpre en s’insurgeant, que Baptistine a vingt ans ! Elle doit vivre, aimer, réaliser ses rêves, ses aspirations ! Elle ne peut que choisir l’aventure. L’aventure, Baptistine la vivra… Et quelle aventure, grâce à vous chères fées ! Car la mécanique de votre baguette magique, s’est enrayée gravement plus d’une fois…
Elle est partie, loin des galets, sa jeunesse diaprée d’éternité, champs de bleuets, chant du coq dans les matins laiteux enneigés ; enfance anesthésiée, rage de vivre en bandoulière… Fuir le malheur ! Espérer que la vie est peut-être autre chose que le sordide qui vous éclabousse au seuil de l’adolescence. Croire encore que l’homme est bon. Meilleur en tout cas que cette sale image qui vous hante jour et nuit… Apprendre à se reconnaître, en croyant déjà se connaître, mais si mal ! Chercher. Retrouver « l’autre », la vraie, la pure, l’authen-
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tique, celle qui « sait », qui « sera » un jour, en devenant ce qu’elle est vraiment… Extirper ce diamant noir enseveli au fond des tripes sous des décombres d’ignorance et de désespoir… Surtout ne pas se résigner. Ne jamais se résigner ! Vivre, aimer, rire, rire de tout, de rien… Ne pas savoir encore que le chant deviendra exutoire, survie. Mais ça, c’est encore si loin !
La haut, dans les jardins célestes, les fées débattaient. - Oh la la ! soupirait la fée violette, à mon avis, dans la vie de nôtre Baptistine, il y a sûrement une « incompatibilité de rumeurs ! » - Désolée, répondit la fée blanc-nacré d’un ton péremptoire, Dieu sait ce qu’il fait ! Il protège toujours ses créatures. Les joues en feu, le regard noir, la fée rouge-pourpre laissa éclater sa colère. - Ton Dieu ! ma chère, sauf le respect que j’ai pour lui, il lui arrive souvent de se planter ! Mais Baptistine me ressemble, c’est une pas-sionnée, une insoumise ! Elle saura marcher sur les eaux avec Dieu ou sans Dieu ! - Ce sera grâce à moi ! cria la fée bleu-azur. N’oubliez-pas, mes très chères, que je lui ai donné la confiance, le courage et la beauté ! - Et le salut de l’âme, vous y pensez, insensées que vous êtes ? murmura la fée blanc-nacré, resplendissante dans sa robe vaporeuse d’organdi immaculé.
QUI ? Dieu ? Anges ? Fées ? QUI s’est trompé de planète ? En tout cas, celle que l’on nomme « Terre », Baptistine, aura, c’est le moins que l’on puisse dire, beaucoup de mal à s’y faire ! Époque « nunuche », temps « fleur-bleue délavée » chez les « Peaux-
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Rouges ». « Ne pleure pas Jeannette », Baptistine trouva son « prince charmant »… Du moins elle le crut ! Mais les fées, là-haut, avaient plus d’un tour dans leur chaudron. Le bouillon de la déconfiture cui-sait à feu-vif. Pour l’heure, le coin de terre où vivait Baptistine était habité par des cow-boys et des indiens. Encore ce foutu hasard qui avait balancé son grain de sel ! Son cow-boy à elle, c’était Buffalo-Bill. Baptistine, habillée en Scarlet O’hara vendait des pommes d’amour, et elle en a tellement vendu à coups de sourires, de regards doux, que l’amour a fini par la prendre pour une poire !
Temps béni, moments magiques, soirs de fêtes au fond du camp indien où la jeunesse, l’insouciance, convolaient en justes noces au son des gais tams-tams… Où la marginalité esbrouffante vous ren-dait déesse pour l’éternité… Mais Baptistine était une vraie rebelle. Buffalo-Bill, un jour, a disparu avec son cheval. Qu’à cela ne tienne ! Tant pis si la formule chimique se diluait dans les vapeurs du Far-west. L’histoire vécue dans cette jolie clairière, dénommée « Vallée-des-peaux-rouges », restera pour elle une de ses plus jolies trajectoires.
La fée rouge-pourpre ne s’était pas trompée. Baptistine était deve-nue une vraie romanichelle ! « Le ciel bleu sur nous s’est effondré ! », chantait Piaf. Pour Baptistine aussi. Sur ces trente ans… Changement de décor… Rideau… Brillantes comme des lampions de guinguette, les sournoi-ses épées de Damoclès se balancent sur le fil ténu de nos vies. Bonheur, malheur, sont tissés dans la même trame. Celle des jours et des nuits… Doigts de fées, souff le des anges ? Main de Dieu ? Une puissance invisible tire les ficelles, reliant ces myriades de pantins que nous sommes, voyageurs perdus dans l’univers. Baptistine continuait sa route. « Nuage-noir », c’était le nom d’un
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pote indien de Baptistine au temps joyeux des Peaux-Rouges. À l’aune de la solitude, c’était d’autres nuages noirs, encore plus noirs, qui s’amoncelaient et dansaient sur la jolie tête brune de Baptistine… Le coeur barbouillé, dans la forêt obscure des broussailleuses désil-lusions, son seul ami, était un cèdre qu’elle aimait enlacer les soirs de tristesse, en s’enivrant des doux arômes de sa sève. Alors, dans l’évanescent murmure du silence, elle écoutait le chant de l’invisible. Cet invisible qu’elle devinait. Que son âme connaissait si bien. Mais la réalité faisait un bras d’honneur à l’indicible ! Baptistine était seule et pauvre. Son seul toit : une roulotte. Son seul bonheur : un chien.
Parfois, elle partait chanter sur les marchés ou dans les rues… L’époque « pommes-d’amour » s’était fait la belle avec l’amour ! Trimballage de casseroles… Petite, Baptistine aimait les attacher en chapelet au bout d’une ficelle et fière de son super attelage, elle s’élan-çait, joyeuse, à travers champs, dans une cacophonie bruyante. Ça l’amusait beaucoup Baptistine ! L’enfance s’était évaporée dans l’al-chimie du malheur. Les casseroles, même si elle ne les entendait plus, étaient toujours là. Mais elles ne la faisaient plus rire. Trop lourdes de peur, de doutes, de mélancolie, compagnes fidèles de milles boulots minables, -bonniche, serveuse, vendeuse, gardienne de chats-, elles égrenaient au fil du temps, la ronde interminable des jours sombres.
Retour dans la citadelle céleste où l’insolente fée rouge-pourpre engageait le débat : - Pauvre petite ! Plus de famille. Plus d’amour. Ce Dieu, « Il » fait vraiment n’importe quoi ! La fée bleu-azur, furieuse, agressa sa compagne. - De quel droit dis-tu cela ? Tout ce que nous vivons est nécessaire. Même si c’est dur. Parfois, les épreuves forgent l’âme… Dieu sait toujours sur quel chemin il nous fait avancer. - Ce n’est plus un chemin. C’est un tunnel sans fin ! objecta la fée
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rouge-pourpre, sarcastique. La fée violette, restée jusque là silencieuse, s’en mêla. - Vous oubliez que je la guide ! Faites-moi confiance. Il n’y a rien à craindre. Elle est protégée. C’est quand même pas Cosette !
La fée blanc-nacré voulut intervenir : - De toute façon, avec tous les dons que Dieu lui a donné, Baptistine a en elle des ressources considérables. Elle saura sûrement s’en servir. - Considérables comme ses malheurs ! s’écria la fée rouge-pourpre, hors d’elle. - À quoi sert d’avoir du talent si l’on est pas conscient d’en avoir à cause des inhibitions qui étouffent votre créativité ? Tout ça, parce que vous et votre Dieu avez envoyé Baptistine dans une famille tragique, vérolée de non-dits, gangrenée de tabous, de ratages, de maladies, avec « cerise sur le gâteau », la mort au bout de la route. Bravo ! quel chef-d’oeuvre… Elle continua, prodigieusement belle dans l’effervescence de sa fureur. - La mort qui hante les rêves et la jeunesse d’une gamine et qui bousillera sa vie à jamais ! Je ne supporte plus d’entendre vos mièvre-ries, vos non-sens. Votre hypocrisie ! Vous n’êtes pas des fées. Vous êtes des sorcières ! Taisez vous ! Taisez vous ! Et sur ces derniers mots, la fée rouge-pourpre claqua la porte et sortit.
Exister et se battre pour « sa » vérité, les poings agrippés à des barreaux rouillés de larmes, prisonnière de la vie qui fait la loi. « Sa » Loi. Pas la vôtre… Pétrir la glaise du chagrin à s’en briser les doigts. Ne pas se plain-dre. Marcher, toujours marcher. Survivre, brûler ses rêves de cette petite flamme qui vous habite. La bercer, la dorloter comme un enfant que l’on serre sur son coeur avec tendresse. Seul trésor qui vous appartienne vraiment… L’horloge a froid, le grain des heures l’ennuie… Mais les chats chuchotent avec les anges.
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Un jour un peu moins noir, l’oreille collée à une radio, tel un rayon-laser venu de nulle-part, une voix bouleversante transcenda l’âme de Baptistine. Choc violent, coeur percuté, frissons crissants sur la peau comme de l’aluminium froissé : « Madame Piaf » chantait ! Révélation pour cette gamine avide d’idéal et de beauté. Elle chan-tera ! Évidence, semblable au soleil blanc crevant l’orage d’un ciel d’hiver. Alors Baptistine décida de mettre le courage au défi ! Le courage, c’est visqueux comme une anguille. Le saisir demande une sacrée volonté. Au moment où l’on croit le tenir, il a déjà glissé… Mais face à la rage du désespoir, il est KO !
Elle s’est assise face à lui… Elle l’a attendu. Tant attendu ! Elle ne l’attendait plus. Avaient-ils un jour scellé un pacte dans un coin d’éternité au temps où ils n’étaient qu’âmes errantes, éblouies d’amour encore non éclos ; d’amour en bouton, endormi dans les voiles de l’azur ? L’Amour était là. Baptistine l’observait, silencieuse, attentive. Omnipotent, « Il » était là. Sourire interrogateur, muet, il attendait qu’elle parle. Elle avait tant de choses à lui dire ! Tant de choses enfouies en elle depuis la nuit des temps. La ran-coeur, les frustrations avaient cédé la place à la sérénité, au pardon. L’amour était là. Enfin là !
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