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couverture

DU MÊME AUTEUR

Grand Prix de la Société des gens de lettres et prix Alexandre-Dumas
 pour l’ensemble de son œuvre

Paradis entre quatre murs, Paris, Robert Laffont.

Le Bal des ribauds, Paris, Robert Laffont ; France Loisirs.

Les Lions d’Aquitaine, Paris, Robert Laffont ; prix Limousin-Périgord.

Divine Cléopâtre, Paris, Robert Laffont, collection « Couleurs du temps passé ».

Dieu m’attend à Médina, Paris, Robert Laffont, collection « Couleurs du temps passé ».

L’Aigle des deux royaumes, Paris, Robert Laffont, collection « Couleurs du temps passé » ; Limoges, Lucien Souny.

Les Dieux de plume, Paris, Presses de la Cité, prix des Vikings.

Les Cendrillons de Monaco, Paris, Robert Laffont, collection « L’Amour et la Couronne ».

La Caverne magique (La Fille des grandes plaines), Paris, Robert Laffont, prix de l’académie du Périgord ; France Loisirs.

Le Retable, Paris, Robert Laffont ; Limoges, Lucien Souny.

Le Chevalier de Paradis, Paris, Casterman, collection « Palme d’or » ; Limoges, Lucien Souny.

L’Œil arraché, Paris, Robert Laffont.

Le Limousin, Paris, Solar ; Solarama.

L’Auberge de la mort, Paris, Pygmalion.

L’Auberge rouge, Paris, Pygmalion ; Presses Pocket.

La Passion cathare :

1. Les Fils de l’orgueil, Paris, Robert Laffont.

2. Les Citadelles ardentes, Paris, Robert Laffont.

3. La Tête du dragon, Paris, Robert Laffont.

La Lumière et la Boue :

1. Quand surgira l’étoile Absinthe, Paris, Robert Laffont ; Le Livre de Poche.

2. L’Empire des fous, Paris, Robert Laffont.

3. Les Roses de fer, Paris, Robert Laffont, prix de la ville de Bordeaux ; Le Livre de Poche.

L’Orange de Noël, Paris, Robert Laffont, prix du Salon du livre de Beauchamp ; Le Livre de Poche ; France Loisirs ; Presses Pocket.

Le Printemps des pierres, Paris, Robert Laffont ; Le Livre de Poche.

Les Montagnes du jour, Les Monédières. Préface de Daniel Borzeix.

Les Empires de cendre :

1. Les Ports de Gergovie, Paris, Robert Laffont ; Presses Pocket ; France Loisirs.

2. La Chair et le Bronze, Paris, Robert Laffont.

3. La Porte noire, Paris, Robert Laffont.

Sentiers du Limousin, Paris, Fayard.

La Cabane aux fées, Paris, Le Rocher.

Soupes d’orties, nouvelles, Paris, Anne Carrière.

Le Roman des Croisades :

1. La Croix et le Royaume, Paris, Robert Laffont.

2. Les Étendards du Temple, Paris, Robert Laffont.

Le Roman de Catherine de Médicis, Paris, Presses de la Cité.

La Divine. Le roman de Sarah Bernhardt, Paris, Robert Laffont.

Le Bonheur des charmettes, Paris, La Table Ronde.

Balades des chemins creux, Paris, Anne Carrière.

Fille de la colère. Le roman de Louise Michel, Paris, Robert Laffont.

Un château rose en Corrèze, Paris, Presses de la Cité.

Les Grandes Falaises, Paris, Presses de la Cité.

Les Bals de Versailles, Paris, Robert Laffont.

De granit et de schiste, Paris, Anne Carrière.

Les Amants maudits, Paris, Robert Laffont, prix Jules-Sandeau.

Le Pays du Bel Espoir, Paris, Presses de la Cité.

L’Épopée cathare, album, Rennes, Ouest-France.

Le Château de la chimère, Paris, La Table Ronde.

La Caverne magique, Paris, Robert Laffont.

La Vallée endormie, Paris, France Loisirs ; Robert Laffont.

Batailles en Margeride, Paris, Le Rouergue.

Les Fêtes galantes, Paris, Robert Laffont.

Le Bal des célibataires (avec Béatrice Rubinstein et Jean-Louis Lorenzi), Paris, Robert Laffont.

Le Parc-aux-Cerfs, Paris, Robert Laffont.

Les Fleuves de Babylone, Paris, Presses de la Cité.

Les trois bandits :

1. Cartouche, Paris, Robert Laffont.

2. Mandrin, Paris, Robert Laffont.

3. Vidocq, Paris, Robert Laffont.

Le Temps des moussons, Paris, Presses de la Cité.

Chat bleu… Chat noir…, Paris, Robert Laffont.

V… comme Verlaine (histoire de chat), illustré par José Corréa, Périgueux, La Lauze.

La Petite Danseuse de Degas, Paris, Bartillat.

Les Roses noires de Saint-Domingue, Paris, Presses de la Cité.

La Reine de Paris. Le roman de Madame Tallien, Paris, Robert Laffont.

L’Ange de la paix, Paris, Robert Laffont.

Les Grandes Libertines, Paris, Robert Laffont.

La Confession impériale, Paris, Robert Laffont.

La Porte du non-retour, Paris, Presses de la Cité.

Un vent de paradis. Le roman des troubadours, Paris, Robert Laffont.

Les Villes du silence, Paris, Calmann-Lévy.

Tempête sur le Mexique, Paris, Calmann-Lévy.

Le Périgord, Ouest-France, avec des aquarelles d’Alain Vigneron.

Mourir pour Saragosse, Paris, Calmann-Lévy.

POUR LA JEUNESSE

La Vallée des mammouths, Paris, Robert Laffont, collection « Plein Vent », Grand Prix des Treize ; Folio Junior.

Les Colosses de Carthage, Paris, Robert Laffont, collection « Plein Vent ».

Cordillère interdite, Paris, Robert Laffont, collection « Plein Vent ».

Nous irons décrocher les nuages, Paris, Robert Laffont, collection « Plein Vent ».

Je suis Napoléon Bonaparte, Paris, Belfond Jeunesse.

L’Épopée cathare, Rennes, Ouest-France (album illustré).

ÉDITIONS DE LUXE

Amour du Limousin (illustrations de J.-B. Valadié), Paris, Plaisir du Livre. Réédition (1986) aux Éditions Fanlac, à Périgueux.

Èves du monde (illustrations de J.-B. Valadié), Laugnac, Art Média.

Valadié (album), Paris, Terre des Arts.

TOURISME

Le Limousin, Larousse.

La Corrèze, Paris, Ch. Bonneton.

Le Limousin, Rennes, Ouest-France.

Brive (commentaire sur des gravures de Pierre Courtois), Brive, R. Moreau.

La Vie en Limousin (texte pour des photos de Pierre Batillot), Treignac, Les Monédières.

Balade en Corrèze (photos de Sylvain Marchou), Brive, Les Trois-Épis.

Brive, Paris, Casterman.

Les Montagnes du jour, Treignac, Les Monédières. Préface de Daniel Borzeix.

Sentiers du Limousin, Paris, Fayard.

Brive aujourd’hui, Brive, Les Trois-Épis.

Aimer les hauts lieux du Limousin (photos de P. Soissons, L. Olivier et C. Darbelet), Rennes, Ouest-France.

MICHEL PEYRAMAURE

BEAUX NUAGES
 DU SOIR

Journal-récit

images

À mon vieil ami, le sorcier des lettres,
Claude Seignolle

« Fatigue. D’un coup, j’ai eu la tentation d’envoyer tout promener. De partir et de larguer mes soucis. Je ne veux plus de ce monde de choses matérielles où je m’embrouille et qui me trompent. Il en existe un autre, de monde… »

MILAN KUNDERA, La Plaisanterie

Novembre

Journal de Julien Brousse, 5 novembre

 

Il m’arrive rarement de me coucher passé minuit. Hier soir, poussé par une contrainte incoercible, j’ai fait exception en prolongeant ma veille. J’avais des choses à dire. D’urgence. Comme lorsque, arrivé au sommet d’une colline, on se retourne pour mesurer le chemin parcouru et faire le bilan des étapes. Je me suis jeté sur le carnet qui me tient lieu de journal, pareil à un fou évadé qui court après son ombre.

 

J’avais passé cette soirée d’hier chez Barthélemy Borelli, une de mes vieilles connaissances qui m’invite parfois à un dîner dans son appartement proche du mien. Rituel immuable : apéro, repas, film à la télé. L’incident qui allait mettre un terme à cette soirée faisait suite à un énième docu-fiction concernant le phénomène de migration et les problèmes de banlieue qui en découlent : Les Enfants de la misère. Aucune trace de génie ; le bidonnage ordinaire.

J’étais assis sur le canapé qui fait face à l’écran, entre Barthélemy (je l’appelle Barth pour la commodité), et son épouse, Émilienne (Mimi), au coude à coude, eux échangeant borborygmes et commentaires simplistes, moi me disant, en bâillant dans mon fauteuil, que j’aurais mieux fait de rester chez moi pour visionner un western ou un polar américain. Cette soirée télé, comme les précédentes, n’avait rien d’une communion intime et je n’y avais cédé que pour retrouver un semblant d’ambiance amicale dont l’absence se fait parfois cruellement sentir.

J’aurais dû refuser, mais, sans raison majeure, c’eût été rompre avec une de ces habitudes qui dégénèrent en coutume contraignante. Autre raison de ne pas décliner cette invitation : Mimi a un don inné pour la préparation des pâtes italiennes – un régal qui réveille mes nostalgies toscanes.

 

J’ai longtemps médité sur la nature des relations qui me lient à Barth. L’amitié ? C’est vite dit. Nos conceptions politiques, philosophiques et sociales se rejoignent rarement.

Retraité des finances depuis vingt ans, reliquat convaincu de l’ordre nouveau prôné par Vichy : « Travail, Famille, Patrie », Barth est sujet à des récurrences intempestives qui lui font rejeter d’un bloc la démocratie, sa permissivité et l’évolution de nos mœurs. Si j’ai parfois du mal à m’adapter, du fait de mon âge, à une forme de civilisation qui va trop vite à mon gré, l’idée de contester l’idéal démocratique ne m’a jamais effleuré. C’est dire que l’ambiance qui régit nos rapports n’est pas des plus sereines. Il se cantonne à l’extrême droite et moi dans un socialisme d’un rouge un peu fané.

J’aurais dû depuis longtemps rompre avec ce personnage. Si je ne m’y suis pas résolu – pas encore – c’est pour des considérations morales. C’eût été faire montre d’ingratitude à son égard. Comment oublier nos relations de jeunesse, notre compagnonnage au sein du même collège, nos jeux, nos promenades, nos premières blandices sentimentales et notre séjour aux Chantiers de la jeunesse française ? Comment faire litière des conseils qu’il a dispensés à mon père, patron d’imprimerie, au bord de la faillite à la suite des malversations d’un aigrefin ? Sans lui et ses compétences professionnelles, notre entreprise familiale aurait sombré et mes parents auraient retrouvé la misère de leurs origines.

 

Le docu-fiction terminé, Émilienne s’est levée pour préparer la tisane de manzanilla vespérale. Barth m’a proposé de l’accompagner d’un verre d’armagnac ; plus sobre que lui, j’ai refusé. Dès la première gorgée, il est entré en transe.

— Ce film est une imposture ! L’intituler Les Enfants de la misère, quel toupet ! Si les banlieues sont dans cet état de non-droit, à qui la faute ? Rocard avait raison de nous mettre en garde contre notre propension à accueillir toute la misère du monde et Richard Millet d’avouer qu’il a parfois l’impression de n’être plus en France. Tu ne partages pas ces avis, évidemment.

J’ai répondu que nous étions loin de la catastrophe imaginée par Jean Raspail dans son roman, Le Camp des Saints, et que notre civilisation n’était pas à ce point menacée. Il ne me déplaît pas de voir évoluer dans nos rues et se prélasser sur le gazon de nos jardins publics de paisibles familles émigrées et de voir se pavaner dans nos rues des gazelles noires.

Il a éclaté de rire.

— Grand naïf que tu es, tu raisonneras autrement lorsque nos quartiers périphériques seront transformés en camps retranchés tenus par des tribus qui vivent du trafic de drogue, de chapardage et des allocations que nous leur versons généreusement, toi et moi ! Dois-je te rappeler qu’on a découvert récemment un dépôt d’armes, ici même, dans un quartier de l’ouest ?

— Tu exagères ! Il s’agissait d’une collection.

— … et le collectionneur, par hasard, était un Arabe ! Ça ne paraît pas te déranger ? Le journaliste que tu as été n’a pas encore pris conscience du fait que notre paisible localité risque de connaître les mêmes problèmes que les banlieues parisiennes. Dois-je te rappeler qu’on a commencé par faire brûler des voitures, et ce n’est qu’un début !