Bienvenue à Skios

De
Publié par

Bienvenue à Skios : sur cette petite île grecque, siège de la fondation philanthropique d'une riche Américaine, l'élite de la politique, de la science et du monde des affaires se retrouve une fois l'an pour partager ses vues sur l'état du monde. Mais cette année, malgré les bons offices de Nikki, l'assistante ambitieuse, personne n'est là où il devrait être : suite à une confusion de valises à l'aéroport, le séduisant Oliver Fox est pris pour le Dr Norman Wilfred et, trouvant Nikki plutôt à son goût, la suit à la fondation, amusé à l'idée d'usurper l'identité du professeur, tandis que celui-ci se retrouve dans une villa occupée par Georgie, l'éphémère conquête d'Oliver rencontrée la veille dans un bar. Les rebondissements et les quiproquos se succèdent, sur un île qui n'a plus rien de paradisiaque, jusqu'à un finale sanglant et burlesque : un vrai divertissement à la sauce anglaise!
Publié le : lundi 1 janvier 0001
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072494307
Nombre de pages : 330
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
ROMAN
EDITIONSJOELLELOSFELD Littérature étrangère
Du même auteur aux Éditions Gallimard :
Tête baissée, 2000. Espions, 2004.
Bienvenue à Skios
COLLECTION DIRIGÉE PAR JOËLLE LOSFELD
Illustration de couverture : Photo © gavni / Getty Images (détail).
Titre original :Skios
© 2012 by Michael Frayn. © Éditions Gallimard, 2014, pour la traduction française.
ISBN 978-2-07-249429-1
Michael Frayn
Bienvenue à Skios Roman
Traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias
ÉDITIONSJOËLLELOSFELD
1
«Je souhaite simplement adresser un grand merci à notre invité d’honneur qui a fait de cette soirée un événement merveilleux et fascinant, qu’aucun de nous, j’en suis sûre, n’oublierajamais…», dit Nikki Hook. Elle fit une pause, relut sa phrase à voix haute pour son seul bénéfice, puis biffamerveilleux etfascinant qu’elle remplaça paruniqueetexceptionnel, deux mots qui sonnaient, disons, un peu plus uniques et exceptionnels. Un peu plus Mme Fred Toppler, en fait, ce qui était le but recherché, car après tout c’était Mme Fred Toppler, et non Nikki, qui expri merait ainsi toute sa gratitude après avoir trouvé la soirée si extraordinaire. Nikki n’était que la secrétaire particulière de Mme Fred Toppler. Nikki lui procurait les idées qu’elle était censée élaborer ellemême, mais au bout du compte, c’était Mme Toppler qui devait les exprimer. Depuis les fenêtres de son bureau, le décor qui s’offrait à Nikki sur les pentes de la Fondation Fred Toppler, c’étaient les couleurs éclatantes des jardins en avalanche sous la lumière vive de l’aprèsmidi méditerranéenne. Des cascades de bougainvillées et de dentelaires copieusement arrosées défiaient le bleu intense du ciel. Les maisons de pêcheurs
7
le long des quais et les caïques à l’ancre se balançant sur le miroir de la mer étaient d’un blanc aussi éblouissant et d’un bleu aussi céleste que le drapeau grec qui pendait, léthargique, à son mât. Nikki, cependant, qui contemplait le panorama tout en élaborant les pensées de Mme Toppler à la place de celleci, restait d’une fraîcheur aussi discrète que celle du climatiseur. Ses cheveux discrètement décolorés étaient coiffés de manière impeccable, sa blouse blanche et sa jupe bleue évoquaient comme un écho discret les blancs et les bleus du paysage grec, son visage exprimait de façon plaisante mais discrète son ouverture sur le monde. Nikki était discrètement britannique, parce que Mme Toppler, américaine comme feu son époux, appréciait cette qualité. Pour elle, les Européens en général incarnaient les valeurs de civilisation que la Fondation Fred Toppler se donnait pour but de promouvoir, et les Britan niques étaient des Européens qui avaient le tact et le bon sens de parler la langue anglaise. D’ailleurs, tout le monde aimait Nikki, et pas seulement Mme Toppler. Elle était si gentille ! Elle était déjà très gentille lorsqu’elle avait trois ans. Elle l’était toujours à dixsept, un âge où faire preuve de gentillesse est un art beaucoup plus difficile, et elle y parvenait encore près de vingt ans plus tard. Discrètement bronzée, discrètement blonde, discrètement efficace, et discrètement gentille. Sous les yeux de Nikki, des gens commencèrent à sortir des maisons de pêcheurs pour se diriger vers les tables éparpillées à l’ombre du grand platane de la place centrale. Ce n’étaient pas des pêcheurs ; ils n’étaient même pas grecs. Ce n’étaient ni des touristes, ni des vacanciers, mais les invités anglophones de la partie de campagne annuelle de la fondation. Ils avaient passé la journée dans divers séminaires, à étudier la cuisine de
8
la Crète ancienne et les techniques de méditation des premiers chrétiens, ou dans des ateliers à observer des démonstrations de danses traditionnelles macédoniennes ou de compositionflorale de la fin du Moyen Âge. Entre deux activités, ils avaient profité de la piscine, fait la sieste, ou pratiqué l’art de la conversation de haut vol pendant le petit déjeuner et le café du milieu de matinée, l’apéritif et le repas de midi, le café d’après déjeuner, et le thé de cinq heures accompagné de ses douceurs. À présent, ils convergeaient vers de nouvelles nourritures intellectuelles qui auraient pour cadre le dînerluimême et la consommation de diverses boissons apéritives et digestives. Demain soir, tous ces symboles de civilisation connaîtraient leur apogée sous la forme d’un apéritif au champagne et d’un dîner de gala, à la fin duquel les invités seraient spirituelle ment préparés à l’événement le plus important de la partie de campagne : la conférence Fred Toppler. C’était l’un des temps forts du calendrier culturel grec. Aux résidents viendraient se joindre des visiteurs de marque en provenance d’Athènes, transportés jusqu’à l’île par bateau ou en avion. Il y aurait des articles dans la presse pour critiquer le choix du sujet, celui de l’orateur, et déplorer la regrettable baisse de qualité de ladite conférence. Mon Dieu, pria Nikki, faites que ce ne soit pas trop atroce cette année. Toutes les conférences, aussi uniques et excep tionnelles fussentelles, étaient atroces, bien sûr, mais cer taines l’étaient plus que d’autres. Ilfallait qu’il y eût une conférence. Pourquoi ? Parce qu’il y en avait toujours eu.Il y avait une conférence Fred Toppler chaque année depuis que la fondation existait. Il y en avait eu sur laCrisede ceci et leDéfi de cela. On avait eu droit à uneÉnigme de, un
9
Où va le…?, et unPourquoi ?, à troisPerspectives pouret deux Remise en cause de. Plus le directeur de la fondation deve nait excentrique, plus il se cloîtrait, et plus le choix de son conférencier devenait singulier. L’Approche postsyncrétique d’on ne savait plus quoi de l’année précédente avait amené Mme Toppler, toujours prête, pourtant, à remercier n’importe qui pour n’importe quoi, à renâcler devant la tâche — ce qui expliquait sans doute pourquoi, inconsciemment, elle avait avalé la première syllabe d’un adjectif en parlant d’un « souve nir périssable ». Cette année, le directeur s’étant absenté pour faire une retraite au Népal, Nikki avait profité de l’occasion pour choisir ellemême le conférencier. « Le docteur Norman Wilfred n’a pas besoin qu’on le pré sente », dirait demain Mme Fred Toppler au moment où,justement, elle s’apprêterait à le présenter. Nikki relut donc l’inutile présentation qui suivait cette première phrase, inspirée du C.V. que lui avait envoyé la secrétaire particulièredu Dr Wilfred. La liste de ses publications, nominations, bourses de recherche et récompenses diverses donnait le vertige. Lucinda Knowles, qui occupait à l’Institut J. G. Fledge les mêmes fonctions que Nikki, lui avait confirmé que le Dr Wilfred était à la fois un expert reconnu dans le domaine du management des sciences et une véritable célébrité. Et selon son amie Jane Gee, du festival de Carthagène, c’était un conférencier que tout le monde voulait avoir en ce moment. Cette année, donc, ce serait :Innovation et gouvernance : les promesses de la scientométrie. Il y avait dans le motpromessesquelque chose que Nikki trouva soudain déprimant. Son choix allait se révéler aussi catastrophique que tous les précédents. En ce moment même, le Dr Wilfred, ayant quitté Londres, se trouvait à 8 000 mètres d’altitude, quelque part audessus de la
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant