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Si vous saviez…
ROMAN
Le Manuscrit www.manuscrit.com
© Éditions Le Manuscrit, 2005 20, rue des Petits Champs 75002 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com ISBN : 2-7481-5131-3 (fichier numérique) ISBN : 2-7481-5130-5 (livre imprimé)
S T E P H A N M A T T H I A S J O L Y
 – A quoi penses-tu ? demanda Luc alors qu’il l’observait dans l’espoir de décrypter ses silences. – J’aurais dû le tuer de mes propres mains quand j’en avais l’occasion, lui répondit Nicolas, le regard triste. Luc s’attendait à tout sauf à cette réponse. Pascal était mort l’an passé. Il n’avait eu le temps de retenir de cet homme qu’un visage figé dans la terreur. Pascal, prêt à tout pour sauver sa peau, se confessa alors que la lame glacée du couteau que tenait Nicolas opérait comme de l’eau bénite. Cette eau que verse le prêtre sur le front du mourant alors sa vie ne tient plus qu’à un fil.Mais comment diable donner l’absolution à un être qui vous donne plus envie de vomir qu’il ne vous donne envie de pleurer ?s’était demandé Luc. Il le haïssait pour ce qu’il avait fait vivre à Nicolas, pour ce bonheur dont il l’avait privé, ces premiers instants de bonheur comparables à nuls autres que l’on vit lorsque l’on croise un être dont on sait sans le savoir qu’il va faire partie de vos jours et de vos nuits pour un long moment. Il le haïssait d’avoir empêché que cela n’advienne, qu’à la place il ait dû se battre pour que Nicolas se laisse approcher, simplement gagné par la confiance. Titanesque entreprise, une forteresse assiégée, des remparts de peur, de doute et de douleur. Comment en venir à bout sinon en s’armant de patience, comme on remplit sa besace de provisions pour attendre. Attendre que l’ennemi renonce, qu’il abdique, qu’il abaisse sa garde comme on laisse s’écraser pont-levis sur les remparts pour voir non plus un assaillant entrer mais un ami. Celui qui apportera l’eau et le pain, le réconfort et l’amour...
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B L E S S U R E(S)
Ce qui ne tue pas rend plus fort. Stupide, idiot, vain. Entre la presque mort et les prémices d’un cœur qui se remet à battre, quel laps de temps peut s’écouler ? Un jour ? Trop peu. Un mois ? A peine le temps de laisser sécher ses larmes. Un an ? Repartir au combat pour finalement se battre contre soi-même. Une vie ? Trop long. Beaucoup trop long pour réapprendre à vivre, à vivre et à aimer... Cinquante contre un que le canasson ne finira jamais la course, qu’au passage de la première haie le public le regardera s’effondrer lamentablement, de loin, derrière une paire de jumelles, en dégustant un drink. Ce qui ne vous tue pas vous prive de forces vives et vous cloue sur place. Ce qui ne vous tue pas décuple d’autant la hauteur des handicaps placés sur votre parcours. Nicolas n’était pas mort, il errait, aveugle. Aveugle et sourd aux suppliques de Luc qui l’invitait à le rejoindre, à traverser le monde au grand jour sans ni raser les murs le soir venu ni fuir le monde des vivants. Avec peine, Luc tentait toujours d’apprivoiser un être blessé, dont la seule défense possible jusqu’à présent avait été la fuite. Comme un cheval fou, Nicolas fuyait encore et toujours. Par peur ? Par nécessité ? Par habitude ? Mais que pouvait bien en attendre Luc ? Qu’ils soient simplement Luc et Nicolas, deux êtres dont l’un tentait, plus que l’autre, de construire leur histoire. Un ou deuxJet’aime comme un zeste de sirop d’orgeat au fond d’un verre bordé de sucre et rempli d’un cocktail de cyanure et de mort aux rats, le tout orné de deux rondelles d’orange et d’une cerise confite pour faire oublier la mixture et embellir l’ensemble. L’amour est un poison douceâtre.
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