Bouts de pistes

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Dans un décor d’aéroports et de chambres d’hôtel, l’auteur nous raconte l’amour des quatre coins du monde , qu’il se trouve à Seoul, qu’il s’achète à Manille, ou qu’il se retrouve à Paris, l’amour reste le fait divers le plus extraordinaire de la vie. Derrière les clins d’œil au passé, les esquisses au vitriol et les mots arrachés à la banalité, ces quatre nouvelles constituent une ode aux aléas de l’amour.
Publié le : vendredi 17 juin 2011
Lecture(s) : 109
EAN13 : 9782304033120
Nombre de pages : 290
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Titre
Bouts de pistes
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Titre Jean de Clérac
Bouts de pistes
Nouvelles
5 Éditions Le Manuscrit Paris
DU MÊME AUTEUR
L’aube des jours, Roman, 2007 Le cœur vagabond, tome 2, Roman, 2006 Le cœur vagabond, tome 1, Roman, 2006 © Éditions Le Manuscrit, 2010 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-03312-0 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304033120 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-03313-7 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304033137 (livre numérique)
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ANTOINE ETMAËLLE
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Antoine s’impatientait ; Shanghai s’était donné rendez-vous à l’aéroport de Pudong, le jour de son départ. Dix-sept millions de Chinois en déplacement ! L’apocalypse du transport aérien. De quoi déclencher le plan ORSEC même si aucun d’eux n’allait à Paris - par solidarité pour les pays en passe d’être envahis. Le taxi l’avait débarqué dans un embouteillage indescriptible, épaissi de minute en minute par les vitupérations incompréhensibles et naturellement contradictoires des agents de la police locale. Il avait traîné sa valise entre les calandres menaçantes prêtes à tout pour avancer d’un demi-mètre, avait fendu trois tsunamis de Japonais débarqués d’un cortège de bus, et bousculé son passage au travers d’une marée d’imbéciles agglutinés autour des panneaux d’information. Ce n’est que rendu devant les comptoirs d’Asiana Airlines qu’il se détendit. Quelques secondes seulement. Il avait bien reconnu les trois tapis bleus devant les guichets Club ; ces tapis épais qui attendaient sagement les semelles de cuir des passagers de la classe affaires. C’était « son » espace, là où de
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ravissantes hôtesses vous enregistraient avec un sourire envoûtant, loin de la cohue de la classe « éco » et encore plus loin du cauchemar permanent : l’enregistrement des groupes. Seulement, voilà… Au lieu de se retrouver en compagnie de quelques privilégiés esseulés dans les trois files habituellement désertes, il avait devant lui de quoi remplir deux Airbus 380. Et cela le courrouça. Car Antoine avait une mèche courte… Très courte. En fait, il n’avait pas de mèche du tout, mais une amorce que la moindre contrariété suffisait à faire péter. Le passeport serré dans la main droite, il afficha très ouvertement son déplaisir en balayant les comptoirs à la recherche d’un regard de préposé attentif qui sans nul doute reconnaîtrait immédiatement son statut de passager d’élite et mettrait un terme à cette humiliation en lui ouvrant un comptoir… Et cette approche ne faillit pas. Un agent de la compagnie, bien mis dans sa veste bleu marine, fendit la foule devant lui et lui ouvrit un passage que Moise aurait envié. Antoine s’avança avec une assurance qui frôlait le mépris et remercia l’attention du chef de rang d’un hochement de tête. La foule gronda, indignée par ce traitement privilégié d’un autre « lao wai ». Trente millions de morts et deux révolutions pour en arriver là. Quel gâchis !
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