Bris de mémoire

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Sa maman le savait, il l'aimait plus que tout au monde, il avait vu comme elle avait souffert, il avait pleuré quand elle avait été malheureuse et il avait participé, heureux, à ses instants de bonheur. Mais parfois, Henri repensait à certains moments de sa jeunesse et là, il lui en voulait profondément. Jusqu'à ce jour-là, cependant, il avait su se taire, faisant la part des choses, par respect. Pourquoi, tout à coup, avait-il cru opportun de lui déverser tout cela, de lui poser des questions auxquelles elle n'avait pas pu répondre? Près d'un an après, il s'en voulait et ne savait pas bien comment renouer le dialogue. Il savait qu'elle l'attendait, assise devant un programme télévisé qu'elle ne regardait pas, la main posée sur le téléphone, le coeur guettant l'arrêt d'une voiture devant sa porte. Lui, garé à cinq cents mètres à peine de chez elle, ne se décidait pas à franchir cette distance si courte qui lui permettrait de la serrer encore dans ses bras. Alliant intrigue et romance, "Bris de mémoire" nous entraîne dans l'univers de Julia. Issue d'une famille juive, elle a participé à l'exode lors de la Deuxième Guerre mondiale. Loin de toute vérité historique, cette période enfouie dans sa mémoire va refaire surface. Le fil de ses souvenirs fera ressurgir des moments heureux et réveillera d'anciennes rancunes pour enfin éclairer le présent. Une question cependant reste sans réponse. Jusqu'à la fin de l'histoire, le lecteur pourra s'essayer à découvrir la vérité. Celle-ci en surprendra plus d'un...
Publié le : jeudi 6 mars 2014
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342020397
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342020397
Nombre de pages : 150
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Marie Deluneq BRIS DE MÉMOIRE
Mon Petit Éditeur
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Nous sommes tous les personnages d’un roman dont nous ne connaissons pas la fin.Chaque page tournée nous dévoile des moments d’émotion, de bonheur, de tendresse, de déception ou de tristesse.Parfois nous n’osons pas tourner une page, nous hésitons.Que nous réserve la suivante ?Ne devrions-nous pas la « zapper » ?L’aventure de la vie, c’est mieux qu’un roman !Elle mérite d’être savourée sans modération !
Marie Deluneq
La mémoire est toujours aux ordres du cœur.Rivarol
On ne se souvient pas des jours, on se souvient des instants.
Cesare PaveseLa mémoire est une fiction. Elle est comme une mosaïque faite de tessons.
Jose Carlos Llop
Prologue « Quand je serai grande, je serai chanteuse ! » C’est ce que Ju-lia avait répondu, alors qu’elle venait juste d’avoir dix ans, à la voisine qui essayait depuis plusieurs semaines d’entamer des relations amicales avec sa maman. Julia avait soutenu le regard glacial de sa mère et rencontré celui, étonné, de la voisine tandis que sa mère la tirait par la main et la poussait de l’autre dans le dos vers la porte d’entrée de la maison, le visage crispé de rage contenue.« Une fille, c’est fait pour être une bonne épouse et avoir des enfants, mettez-vous cela bien dans votre tête Julia ! »L’épaisse porte d’entrée avait quelque peu couvert l’intensité sonore du sermon mais la jeune voisine ne s’était plus manifes-tée.Par la suite, Julia avait renoncé à chantonner après quelques gifles bien senties qui l’avaient fait taire. Alors, elle chantait dans sa tête, des airs et des paroles qu’elle inventait au fur et à me-sure de son inspiration. La chanteuse vivait entre ses deux oreilles, elle était devenue son amie, une autre Julia toujours joyeuse qui l’aidait à surmonter les petits problèmes de sa vie de petite fille.Cette amie était partie cependant, lasse de lutter contre l’adversité qui avait baigné la vie de son hôte et de son indéci-sion à choisir sa route.
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Elle avait emporté avec elle toutes les belles histoires de l’enfance, les émois frileux de l’adolescence et les moments heu-reux de la jolie jeune femme qu’était devenue Julia.« Quelleaurait été sa vie si sa mère avait été différente? » Jamais elle ne s’était posé la question, ou en tout cas elle refusait de chercher à y répondre.Et voilà que l’amie était de retour, alors que Julia n’attendait plus rien de la vie…
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Chapitre 1. Miroir, mon beau miroir, dis-moi… Tout en serrant son peignoir en éponge autour de sa taille, Julia se regarda dans le miroir bordé de petits poissons d’argent accroché de guingois sur le mur peint en bleu de la salle de bain. Le visage qu’elle contemplait ne pouvait être le sien. Elle voyait, à travers les perles de vapeur celui d’une femme fatiguée, dont les yeux n’étaient plus très vifs et où s’étaient installées de nom-breuses rides profondes. Ses lèvres charnues révélaient cependant encore une sensualité qu’elle avait toujours tenté, modestement, de dissimuler, c’était un attrait dont elle se serait volontiers passée tant il lui avait causé de soucis.Elle avait fêté ses soixante-dix ans. «Fêté, c’est un grand mot ! »pensa-t-elle. Elle sourit, désabusée, à son pauvre reflet. Julia n’avait pas vu le temps passer ou alors, elle n’avait pas vou-lu le voir. Dans sa tête, elle avait toujours vingt ans et agissait comme tel, dans ses paroles, ses gestes, ses rires et même lors-qu’elle pleurait. Elle agissait constamment comme si elle était sur scène et jouait pour des spectateurs éventuels dont elle croyait qu’elle pouvait encore les séduire, qu’on la trouverait tantôt drôle, tantôt attendrissante. À présent, elle jugeait froi-dement la vieille femme grisonnante qui la regardait et qu’elle ne voulait pas reconnaître. «Tu devrais t’arranger un peu, lui dit-elle à haute voix. Regarde-toi ! C’est bien la peine d’avoir des tonnes de crèmes et de maquillage dans tes tiroirs! »Le ton moqueur de ses paroles lui pinça légèrement le cœur. Elle se sentit un rien ridicule et comprit mieux les regards gentiment
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surpris ou ironiques de son entourage quand elle prenait des poses, lançait des œillades accrocheuses ou se passait machina-lement la main dans les cheveux pour repousser une mèche trop longue, qui irrémédiablement revenait se déposer sur son sourcil droit. Non, elle ne désirait pas éternellement rester jeune, «on n’a pas tous les jours vingt ans…» chantonna-t-elle, c’était juste que son esprit restait en attente, loin, très loin, à un moment où sa vie avait tourné, où elle avait arrêté de vivre, où elle avait suivi une route qu’elle n’avait pas choisie. Elle n’avait pas profité du parcours, entraînée par la course folle des heures et maintenant, son fils avait déjà cinquante-deux ans! Il était trop tard pour lui dire qu’elle l’aimait, il s’était trop éloigné d’elle. Julia ne savait plus si elle avait été là quand il avait eu besoin de tendresse, mais elle supposait que oui ; si elle avait été à l’écoute quand il avait eu des problèmes, mais elle l’espérait; si elle l’avait suffisamment câliné et gâté, elle voulait croire que cela avait été le cas.C’était comme si tout d’un coup, elle avait fait un bond de cinquante ans par-dessus le vide. Qu’était-elle devenue? Com-ment se reconnaître, s’accepter pour ne pas sombrer? Comment admettre qu’il ait sa propre vie, qu’il ait du ressenti-ment pour tout ce qui n’avait pas été et qui aurait pu être? C’était dur d’entendre ses reproches pour ce qu’il n’avait pas eu et qu’il aurait pu avoir si elle avait été différente, une «vraie mère », comme il aimait à le lui répéter quand il était en colère. Elle aurait voulu pouvoir revenir en arrière pour lui dire com-bien cela avait compté pour elle de pouvoir le serrer chaque jour dans ses bras et se perdre avec lui dans un monde imagi-naire et merveilleux.Elle s’était efforcée de lui imposer de ranger ses affaires, de faire ses devoirs, d’aller dormir, de simplement se réveiller à l’heure, de le pousser pour vite se rendre en classe, de vider son assiette pour devenir grand. Elle sourit en repensant à cette fois où il avait effectivement «vidé »son assiette dans la poubelle.
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