C'est dimanche � Port-au-Prince

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L�o adore l'Oloffson. Il existe ici toute la magie des Cara�bes. L'h�tel respire le vaudou. Quasiment invisible de la route, voil� qu'il vous saute au visage quand vous p�n�trez dans sa cour int�rieure. Subitement, vous n'�tes plus dans ce Port-au-Prince envahi par la circulation, la pollution et le bruit. Vous vous retrouvez au-del� de ce monde, dans un autre temps que rien ne semble perturber. Le tremblement de terre n'a eu aucun effet ici. L'Oloffson a surv�cu. Le bois donne � l'h�tel une chaleur et un charme peu commun o� chacun de vos pas r�veille le parquet patin� par les ann�es comme si l'on marchait sur les traces de fant�mes oubli�s. Graham Green et James Jones se recueillaient souvent � cet endroit et il est ais� � L�o de les imaginer r�digeant une infime partie de leur oeuvre. Bien plus tard, au d�but des ann�es quatre-vingt, le monde du show-business s'appropria le site. Mick Jagger s'y r�fugiait entre deux tourn�es ou entre deux albums. Jackie Onassis aimait y d�guster un rhum-sour sur la terrasse de la suite num�ro 11, la plus prestigieuse. L'Oloffson sera certainement l'endroit qu'il regrettera le plus en Ha�ti. Il a ador� Pignon et la tranquillit� du village pourtant touch� par l'�pid�mie de chol�ra. Il a aim� son aventure avec Sylvie. Mais � lui seul, l'h�tel d�gage toute la couleur des Cara�bes. Il vous impr�gne de son r�gne s�culaire jusqu'au plus profond de votre �me. L�o ne parvient pas � exprimer son ressenti vis-�-vis de ce lieu magique. Parfois, les mots ne suffisent pas � d�crire l'indescriptible �tat des choses. Certains expatri�s n'y per�oivent ici que les vestiges d'une �poque r�volue. Ils pr�f�rent de loin le luxe plus moderne de l'h�tel Ibol�l� perch� au plus haut des collines de la ville. Rien que pour le panorama, l'Ibol�l� vaut le d�tour. Mais s'y attarder, L�o n'en comprend pas l'int�r�t. C'est � l'Oloffson qu'il parvient � oublier ces tracas de la semaine. Il sait qu'� l'avenir, c'est de l'Oloffson qu'il gardera les meilleurs souvenirs de Port-au-Prince. En dehors du fait que c'est ici qu'il a tenu pour la premi�re fois Lucie dans ses bras, l'h�tel a surtout agi comme un sanctuaire lui apportant calme et s�r�nit� dans le tumulte de sa mission.
Publié le : jeudi 28 novembre 2013
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342016048
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342016048
Nombre de pages : 372
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Nicolas Palarus
C’EST DIMANCHE À PORT-AU-PRINCE
 
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http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits dauteur. Son impression sur papier est strictement réservée à lacquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits dauteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS  France
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Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
Cest dimanche après-midi à Port-au-Prince Je le sais, car même les plantes ont lair de sennuyer LÉnigme du retour Danny Laferrière (Grasset)
À Thierry H. et à Vincent V. ils se reconnaîtront
Mercredi 29 décembre
Arrivée
Cest dabord une chaleur étouffante qui lui colle à la peau dès quil sort de lavion. Puis cest la bousculade. Il faut être le premier à monter dans la navette reliant le tarmac à la zone darrivée, le premier à remplir son coupon de renseignement, le premier à atteindre le guichet des douanes, le premier à récupérer ses valises et une ultime bousculade pour quitter enfin le hall de laéroport et allumer une première cigarette. Celle qui lattend depuis son départ dOrly dix heures auparavant et quil nespérait même plus. Étrangement, la chaleur ne le gêne pas. Son T-shirt est déjà trem-pé. Le gros blouson dhiver quil portait à Paris lencombre désormais. Il sen moque. Du moins, il sen donne lair. Affalé sur son sac de toile bleu marine, il jouit des bouffées de nicotine comme sil redécouvrait le plaisir de fumer. Tout autour de lui, les gens se pres-sent. Des bagagistes vêtus du même uniforme, pantalon vert kaki et chemise aux carreaux orange, blanc et marron, cherchent un client potentiel ou éventuellement un pigeon selon la couleur de la peau. Ils saccrochent désespérément à la moindre valise crachée par laéroport. Ils insistent. Certains se font régulièrement refouler pen-dant que dautres remportent le gros lot : un chariot encombré de sacs et de mallettes. Assis un peu à lécart, il observe. Les porteurs ne sintéressent pas à lui pour le moment. Peut-être que cet air de profonde indifférence ou une parfaite maîtrise de ce genre de situation lui procure une cer-taine protection, suppose-t-il. De sa position, il entend la ville ; coups de klaxon effrénés, moteurs cahotant avec anarchie, brouhaha conti-nu de cris de joie ou de dispute. Difficile de différencier tous ces sons tant la nuance paraît faible dans lexcitation. À peine vingt mètres
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C’EST DIMANCHE À PORT-AU-PRINCE
séparent le hall de sortie dune avenue de la cité. Un simple grillage délimite les deux zones. Quelques enfants saccrochent aux maillons. Leur regard nexprime rien dautre quune curiosité dénuée denvie. Il fait nuit. Des nuages de poussière virevoltent entre les feux des véhi-cules qui roulent beaucoup trop vite, à son goût, et surchargés à un point quil aperçoit de temps en temps jaillir des étincelles dues au frottement des essieux sur le bitume. Un blindé siglé du symbole des Nations Unies passe un peu plus lentement. Des soldats au Casque bleu rient entre eux. Leurs doigts effleurent la détente dune arme de guerre dans un pays en paix. Il est bien arrivé. Il jette son mégot, mais rallume aussitôt une nouvelle cigarette. Il veut prolonger ce moment. Celui où lon pose le pied dans un endroit inconnu. Celui où lon inhale des odeurs soudaines, trop fortes et peu communes. Celui où lon devine dautres murs. Celui où lon entend une langue contrastée, où lon voit des visages différents. Il est là pour plusieurs mois. Trois ? Six ? Neuf ? Il ne le sait pas encore vrai-ment, mais il sait quil trouvera bien des occasions de découvrir ce pays. À cet instant, il capte lambiance, tout simplement. Il sen im-prègne lentement. Ce pays ? Cest Haïti. Cest la première fois quil vient ici. DHaïti, il connaît Duvalier et ses Tontons Macoutes. Il connaît la violence que ce gouvernement représentait à son esprit vingt ans plus tôt. Il connaît Aristide et ses milices au nom évocateur, les Chimères. Dautres violences, plus proches dans son passé, mais encore trop éloignées de son présent pour ny prêter quune attention distraite. Haïti, cest également le pays du vaudou et des zombies. Cest latmosphère singulière de ses films dadolescents dans les années quatre-vingt. Cest le pays de la magie et des envoûtements, des rites inquiétants et des sacrifices quil imaginait à chaque coin de rue. Haïti, cest aussi le 12/01 comme lAmérique à son 11/09. Il se trouvait à Goma, en République Dé-mocratique du Congo, le jour où la terre a tremblé. Il a suivi la catastrophe par lintérim damis venus ici. Il parait quils en ont chié ! Aujourdhui, lépidémie de choléra frappe lîle. Voilà la raison de son arrivée. Il se garde dinterpréter toutes ces images dÉpinal bien
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