C'est dur à peindre, la mer.

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Réflexion sur le fragile pouvoir des mots, histoire d’amour enflammé, charnel autant que spirituel, destins croisés de plusieurs couples, enquête, sordide fait divers, mise à mal du règne de la médiocre culture pavillonnaire... Autant de fils qui se nouent au sein d’une structure narrative volontairement désarticulée, qui donne plus de force aux obsessions de chaque personnage : un écrivain marqué par la mort de sa première compagne, une femme révélée à elle-même, un minable mari petit-bourgeois et sa maîtresse, un détective sadique, sans parler d’un narrateur en plein désarroi, dérouté par le texte qu’il est en train de lire. C’est dans le cadre magique des falaises d’Etretat que se déroule cette double rédemption.
Publié le : samedi 11 mai 2002
Lecture(s) : 153
EAN13 : 9782748104288
Nombre de pages : 441
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C’est dur à peindre, la mer
Mathieu Hamel
C’est dur à peindre, la mer
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-0429-3 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-0428-5 (pour le livre imprimé)
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Ils s’écrient : « La vie est triste ! » quand c’est eux qui sont tristes ; ils voudraient que la vie leur apporte tout et ils ne savent rien lui apporter.
Ludwig Lewisohn.
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Prologue
Elle. Prologue. Je vais mourir. Incroyable, non ?
Je m’appelleD’ailleurs, nonJe ne m’appelle pas ; je ne m’appelle plus depuis un sacré bout de temps. Quel genre d’identité pourraient avoir les gens comme moi, coquilles molles sur des corps in-formes, invertébrés, interchangeables ? Je suis X ou Y ou Z, inconnue d’une équation qui ne gagne pas à être résolue dans l’état actuel des choses. Lever certaines équivoques, à quoi bon ? Les gens comme moi, qu’ont-ils à faire d’un nom ? Ils n’en ont aucun usage particulier. Des numéros feraient aussi bien l’affaire, comme dans les rêves de société totalitaire. Bientôt, j’en aurai encore moins l’utilité. Nom de jeune fille, nom d’épouse, non-sensJe ne m’ap-pelle pas, donc.
J’essaie de me rappeler, mais pour le moment rien ne me vient à l’esprit, ces douze ou treize dernières années. Ou plutôt, si : il me vient des foules de mi-nusculités, des sommes et des multiplications d’in-signifiances dont le total se monte à rien, si ce n’est la conscience aiguë de la nécessité de mourir. Des rides en plus, deux accidents de contraception parce que lui le voulait et que c’était l’un des articles du contrat que je devais honorer ; une maison anonyme
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C’est dur à peindre, la mer
dans l’amas indifférencié des résidences indifféren-ciées d’un lotissement indifférencié, là-bas, quelque part ; des casseroles et du repassage ; et puis, une solide nausée de tout cet empilement de platitudes. C’est ce que je voulais, non ? C’est fou comme on peut passer son temps à s’administrer des coups de bâton.
C’est depuis le début de cette nausée que je me sens grosse de quelque chose de différent. A vrai dire, toutes ces années-là n’ont été que des paren-thèses que j’ai ouvertes il y a quelques siècles et que je viens de à peine de fermer. J’ai encore peur, la nuit, que le contenu n’en déborde pour me rattraper et m’engluer. Au sein de ces deux parenthèses, j’ai tenté de m’annihiler dans l’insignifiance. Mais je viens de me jeter hors de leur émolliente claustration. Maintenant, je cours après un nom dont je doute qu’il puisse m’être utile. Mais je voudrais quand même en conquérir un avant de mourir, en manière d’épi-taphe. En tout cas, je voudrais qu’il soit beau. Oui, quelque chose de beau pour la fin, même une beauté conventionnelle de conte de fée ou de série télévi-sée. Je voudrais m’appeler Sirène. Oui oui, j’aime-rais assez m’appeler Sirène, Oiseau des Légendes, Sphinx. Etre une énigme, un mince entrefilet dans les journaux régionaux, qui diront laconiquement que le corps d’une inconnue a été trouvé, flottant et dérivant, par un bateau de pêcheurs. Peut-être que ce fait divers leur rappellera autre chose, de lointains souvenirs, d’autres histoires du même genre, colpor-tées par les vieilles du pays. Etre une énigme, ça me changerait d’être une insipidité, non ? En tout cas, c’est ce que je crois. C’est important ce que je crois, maintenant que j’ai trouvé l’énergie suffisante de croire par mes propres ailes. Peu importe que cela ne dure que le temps d’une chute à toute vitesse vers la surface de l’eau.
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