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C'était juste ma voisine

De
90 pages
Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous auriez fait pendant l'Occupation? Vous auriez certainement choisi le bon côté... ou pas. Justement lorsque sa voisine décède et que la rumeur la voit héroïne de la Résistance alors que les faits la contredisent, qui croire ? J'ai mené mon enquête... "Emma me prit le bras, pour le cœur c'était déjà fait depuis longtemps, et me glissa dans l'oreille: — Décidément, une sacrée dame, madame Pichon. Je fronçais les sourcils dans un signe d'encouragement à développer son analyse. — Elle a vécu vraiment beaucoup de choses. Mes sourcils se sont froncés un peu plus dans un signe d'énervement." — Madame Yvonne Pichon est une héroïne de la Résistance.
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Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0120313.000.R.P.2015.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
À Baptiste et Quentin Vivre c’est choisir
C est exactement ce qu’il me fallait, comme toujours Emma avait trouvé la réponse que j’attendais. En l’occurrence c’était un sourire léger et rapide, une façon de me faire partager sa compassion et son amour. Je m’en voulais, j’étais tendu. Je lui avais répondu en passant une main nerveuse dans mes cheveux trop courts et trop gris. Elle me connaissait par cœur, elle dé-cryptait donc mes gestes aisément, aussi savait-elle qu’en ce moment je préférais un peu de silence. Bien qu’elle détestât cela, elle respecta mon choix. Je m’en voulais d’être passé à côté de cette femme, de ne pas m’être intéressé à elle, à part bien sûr les quelques formules de politesse basiques. En rentrant ce soir, j’avais découvert, comme tout l’immeuble, l’avis de décès placardé dans l’entrée. Il y avait comme une redondance entre cette feuille et le froid glacial qui régnait dans le hall. Mon humeur était à l’unisson. Madame Pichon notre voisine du dessus, nous avait quittés la veille, silencieusement, comme elle avait vécu. Je savais la vieille dame malade, mais elle était tellement dis-crète que je pensais qu’elle avait prévu de passer l’arme à gauche une fois que ma chérie et moi aurions déménagé. Malheureu-sement nos cartons ne sont pas commencés et je me demande qui viendra faire les siens. Le froid n’en finit pas de s’installer. Serrant Emma dans mes bras, nous nous mettons d’accord pour poser un jour de congés afin de nous rendre à l’enterrement. Nous avons passé les trois jours qui nous séparaient de la cé-rémonie en mode hibernation, en se demandant si la neige ferait l’affront d’être encore là le jour j. Et question météo nous avons
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été servis puisque nous marchions dans une sorte de boue, un mélange de neige, de graviers, d’eau et de terre. Dans l’église se tenait donc un parterre de chaussures boueuses, plus sales les unes que les autres, malgré le soin que chacun avait apporté le matin à manier la brosse et le chiffon. J’imaginais madame Pi-chon avec un petit sourire là-bas devant, se disant qu’elle était la seule à être impeccable, aucune trace de boue sur le bas de sa robe et sur ses souliers vernis. Nous étions peu nombreux, j’aurais voulu mettre ça de mau-vaise foi sur le dos de cette météo navrante mais de manière objective, je devais bien me rendre à l’évidence que ma voisine du dessus ne recevait pas grand monde. Emma avait appris, elle qui était beaucoup plus affable et à l’aise avec tout le monde, que la veuve Pichon comme j’aimais l’appeler de façon désin-volte mais tendre, avait une fille à Saint-Étienne, ce qui de Nantes, représentait quelques heures de transport sur rail ou sur bitume. Vu de l’étage du dessous je doute que la dite-fille ne connaisse par cœur l’horaire des trains pour Nantes, je doute également qu’elle n’ait eu beaucoup d’envies voyageuses. Était-elle dans l’assemblée ? Je regardais les personnes en me disant que certaines correspondaient au portrait que je me faisais d’elle, et d’un coup de coude léger dans des côtes trop frêles je montrais à Emma une petite dame discrète au premier rang. Acquiesçant d’un cri étouffé mais douloureux et fronçant les sourcils, ma chérie confirmait ainsi qu’elle irait présenter ses condoléances en priorité à la dite dame, avec questionnaire gé-néalogique à la clé. Si les dieux étaient avec nous, nous ferions la connaissance de la fille de notre ex-voisine, ce qui comblerait notre curiosité et permettrait de dire, malheureusement trop tard, tout le bien qu’on pensait de la disparue. Je trouvais que cette messe avait un côté pathétique, je veux dire par le contenu de l’église, il y avait un premier rang réservé à la famille quasi-ment désert puis derrière ne remplissant qu’à peine un tiers de l’édifice, je reconnus pratiquement tout le monde, puisque toute
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la résidence s’était donnée rendez-vous ici. Madame Pichon, Yvonne de son prénom, était bien vue apparemment dans l’immeuble. Première bonne nouvelle qui me réchauffait un tout petit peu le cœur ce qui dans cette petite église de quartier, n’était pas du luxe. Le chauffage était pourtant à son maximum, mais le maximum de deux petits panneaux rayonnants n’a ja-mais dégelé une cinquantaine de pieds congelés, même pris dans la boue. Le bon côté de la chose fut que même monsieur le curé avait des envies d’ailleurs, du coup il nous a montré la porte quarante-cinq minutes après son premier franchissement. À peine sortie, Emma a foncé droit vers la dame du premier rang, le dialogue s’est vite installé mais je ne savais pas ce qu’elles se racontaient, je n’ai pas osé déranger le face-à-face féminin, j’avais assez à faire avec notre voisin de palier qui bé-gayait ce qui rallongeait péniblement la conversation. Tandis que patiemment je jouais à « je te donne le début du mot et tu devines la fin », Emma m’étonnait toujours autant dans sa facili-té à comprendre les gens et à les confesser si je peux me permettre ce terme dans ces circonstances. Quelques minutes plus tard, résultat de la conversation c’était bien la fille de ma-dame Pichon, Chantal de son prénom, stéphanoise de naissance et triste de circonstances. Chantal se rendit au cimetière, prati-quement seule, l’air perdu, les pieds dans la neige fondue, les yeux baissés essayant de retenir ses larmes et en même temps d’éviter les flaques. Emma me prit le bras, pour le cœur c’était déjà fait depuis longtemps, et me glissa dans l’oreille : — Décidément, une sacrée dame, madame Pichon. Je fronçais les sourcils dans un signe d’encouragement à dé-velopper son analyse. — Elle a vécu vraiment beaucoup de choses. Mes sourcils se sont froncés un peu plus dans un signe d’énervement. — Madame Yvonne Pichon est une héroïne de la Résis-tance.
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Je n’avais jamais imaginé ma petite veuve Pichon crapahu-tant de ci de là, pour échapper à l’occupant, sortant sa radio portative pour écouter les messages et feuilletant son petit morse illustré pour envoyer du code chiffré à Londres. Je suis donc resté bouche bée devant l’information un temps assez long pour avoir envie d’en savoir beaucoup plus. De retour à la chaleur acceptable de l’appartement, je sautais sur mon ordinateur portable pour voir si internet pouvait me renseigner. Rien au nom d’Yvonne Pichon, ni même de « Pi-chon » mais je tombais sur le site du mémorial de la Résistance, ce qui me parut un début intéressant. Je trouvais le nom de per-sonnalités, militants communistes, militaires, républicains, anciens chefs de maquis et autres combattants héroïques. Donc autant de pistes à exploiter pour rétablir la vérité, pourvu qu’elles ne soient pas trop froides. J’ai parcouru quelques bio-graphies de ces personnes afin de savoir si d’aucuns m’auraient fait le cadeau d’être encore en vie, sans Alzheimer de préfé-rence. Mon choix s’est porté sur Lucien Degate, chef du groupe « liberté » à partir de 1943. Un coup d’œil sur les pages blanches, et je trouvais deux « Lucien Degate » dans le dépar-tement de la Loire. Au premier appel, une voix féminine et chevrotante m’annonçait le décès de son mari le mois dernier. J’ai présenté aussi sec mes condoléances, en priant pour que le défunt n’ait pas été le dernier à rejoindre la liste des camarades résistants décédés. Mais la veuve en mal de conversation m’apprenait qu’il avait à peine soixante-cinq ans. Le résultat de la rapide soustraction que je fis mentalement tout en priant, me permettait de lâcher un grand ouf, le monsieur est né après la bataille. J’espérais juste que le soulagement n’avait pas été en-tendu par la brave grand-mère, je ne voulais pas être indécent, je la laissais parler encore un peu en me disant qu’elle avait de drôles d’expressions, puis je la saluais poliment en m’excusant du dérangement. Je composais dans la foulée le numéro de
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