C'était Novel, quoi !

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« J’avais plusieurs buts : un, plaire aux filles , deux, faire rire tout le monde , trois, faire partie des grands et quatre enfin, devenir aussi bon que Joël Bats, le gardien de l’équipe de France de football. » Au milieu des années 80 dans le quartier populaire de Novel à Annecy, Nordine, huit ans, veut rentrer dans la bande des grands et séduire Julie. Mais intégrer la bande des grands, c'est devoir faire passer la fille qu’on aime au second plan... Dans ce premier roman, Nordine Bezzi revisite la « guerre des boutons ». Malentendant, il écrit pour partager et ne plus rester au bord de la société.

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2 Titre
C’était Novel, quoi !

3Titre
Nordine Bezzi
C’était Novel, quoi !

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02848-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304028485 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02849-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304028492 (livre numérique)

6 8 E






A José et Gérard….

Mes sincères remerciements à Flavien, Jean-pierre
Spilmont, Sim’, « Djoule », L’Atelier Rencontre de la
Mairie d’Annecy et tout particulièrement Françoise
Blanchard sans qui ce roman n’aurait jamais vu le jour.
Et puis, « merci » à la vie pour m’avoir fait vivre cette
belle époque !
9 E
TOUT ÉTAIT BIEN. TOUT ALLAIT BIEN
J’avais bien réussi mon départ et très vite,
j’avais semé tout le monde. Même ceux qui
étaient partis avec moi. Je faisais comme Julio,
celui que personne ne voulait rencontrer aux
« Gendarmes et aux voleurs ». Je faisais cavalier
seul. Je faisais surtout attention de ne pas me
faire repérer. Ce jour là, ma technique était sim-
ple : occuper le centre du quartier. Je ne savais
pas pourquoi mais à ce moment là, j’avais envie
de tester ça.
Marre de toujours me faire attraper !
En général, tout le monde sortait du quartier,
occupait sa périphérie pour éviter l’équipe des
gendarmes. Dès que le signal était donné, dès
que l’équipe des gendarmes se mettait face au
mur et comptait jusqu’à cinquante alors, tout le
monde se tirait le plus vite possible du préau à
côté de la bibliothèque municipale. Y’en a qui
partaient tout de suite dans « les garages » – le
grand parking souterrain en dessous de la zone
piétonne – et les autres, comme moi, non pas
qu’ils avaient la trouille là-bas, préféraient les
grands bacs à fleurs, arbres, fourrés. Toutes ces
11 C’était Novel, quoi !
cachettes naturelles s’étendaient au milieu, lais-
sant de chaque côté une allée recouverte de pa-
vés.
C’était une zone piétonne recouverte de pa-
vés. Les immeubles bordaient le quartier et au
milieu nous avions de grands bacs à fleur. Il
était difficile d’apercevoir quelqu’un se trouvant
de l’autre côté tellement la végétation était pré-
sente. Cela était quand même pratique pour
s’amuser, ne pas se faire repérer. Nous avions
dès lors distinctement deux allées qui permet-
taient des sprints d’anthologie dignes d’une
olympiade ! Mais quand on regardait de près,
quand on prenait en compte la rapidité de
course de Julio, le grand Julio, on se disait qu’en
fait, on avait une chance sur deux de se trouver
du mauvais côté. Parce que deux allées, ça ne
faisait en réalité qu’une seule issue. Par consé-
quent, il fallait faire plus qu’attention. C’est
pourquoi je restais bien planqué au centre du
quartier, à cinquante mètres de la bibliothèque,
là où personne ne m’attendait. La gazelle était
seule au centre du territoire des lions.
J’avais toujours le choix de passer par « les
garages » mais là encore, c’était risqué. Y’avait
forcément quelqu’un de planqué vers les esca-
liers, tout près du préau, de l’endroit où je de-
vais aller taper contre le mur, pour me délivrer,
gagner.
12 Tout était bien. Tout allait bien
C’était tentant quand j’y pensais mais ce jour
là, j’avais décidé de surprendre tout le monde.
Je décidais de ne pas utiliser le chemin le plus
facile. Non, j’allais utiliser le chemin des grands,
là où personne ne m’attendait. Si je ne me
trompais pas, tout le monde allait guetter vers
les sorties des garages, les angles des immeu-
bles, mais personne ne penserait à attendre, au
centre, juste à côté de la fontaine.

Fallait le dire ! J’étais trop fort ! D’accord,
j’avais huit ans, mais moi, Nordine, le plus petit
de la bande, j’y serais arrivé ! J’avais bien calculé
mon coup. J’étais planqué à côté d’une fontaine
que l’on appelait le « jet d’eau. »
C’était une grande fontaine. Elle était sur
quatre niveaux. Elle était construite avec les
mêmes pavés que la rue. Ce qui était chouette,
c’était que même si ce n’était pas profond – elle
ne faisait que quelques centimètres de profon-
deur – on pouvait se baigner dedans et descen-
dre sur les fesses. C’était très marrant. On se
mettait en haut, au milieu des jets puissants et
déjà, on ressentait les grands plaisirs de la tha-
lassothérapie.
Dire que y’en a qui payait trop cher pour se
faire masser par de l’eau alors que nous, on se
faisait masser le derrière, limite à se faire soule-
ver des fois ! Et tout ça, « gratos » ! Ensuite, la
descente pouvait commencer : bien assis, on
13 C’était Novel, quoi !
poussait avec les mains et pas questions de
s’arrêter ! On poussait et hop ! À chaque étage
on sautait de trente centimètres !
Les parcs d’attraction aussi, on se les « avait »
inventés ! Ça, c’était génial ! En plus, j’adorais le
carrelage bleu. Ça me rappelait la grande piscine
municipale à laquelle l’été je ne pouvais pas aller
parce qu’il fallait le dire, nous étions pauvres.
Que dis-je ? Nous étions « modestes » comme
me le répétait toujours ma mère.

En ce début des années quatre-vingts. La lu-
mière était partout. En plus on était l’été. Elle
nous réchauffait. Il y avait tous ces jeux, les co-
pains – ceux qui ne partaient pas en vacances,
comme moi – le lac, et, ce sentiment que la vie
était belle, qu’elle ne pouvait que l’être. La lu-
mière était partout.
14 E
MA VIE…
Allait être très belle. Elle allait prendre un
tournant formidable car j’allais, moi le petit,
haut de trois pommes, gagner aux « Gendarmes
et aux voleurs ». J’étais prêt.
Dans « les plantes » (les bosquets, fourrés
etc.), j’étais invisible. J’étais Ayato. Mon héros
de la série télévisée : San ku kaï. D’accord il était
Japonais, il avait les cheveux lisses mais tous les
deux, nous étions bronzés. Et puis avouons-le :
c’était le plus beau de la série ! Suffisant pour
que je puisse m’identifier à lui, non ?
San ku kaï, c’était une bande de copains qui
loin dans l’espace, devait sauver la terre. Ça, ça
me plaisait ! Ils étaient trois : Ayato, Ryu et Si-
man (une sorte de gros singe roux, trop sympa
mais trop costaud !). Ils se battaient contre les
méchants, les Stressos. Et surtout, ils se trans-
formaient en de super guerriers. Ils avaient dès
lors des super armes, un super costume et fai-
saient des sauts de dingue ! Ils devaient retrou-
ver les boules de cristal et à chaque fois que ça
parlait de ça, y’avait, comme par enchantement,
la belle Eolia qui apparaissait. Une princesse.
15 C’était Novel, quoi !
J’allais oublier : ils avaient avec eux un petit ro-
bot qui avançait tout seul et qui avait une grosse
tête. Comment c’était déjà… Comment il
s’appelait ? Je sais plus mais ce que je sais par
contre, c’est qu’il était capable de tirer des mis-
siles qu’étaient dans son torse et ça, c’était gé-
nial ! Dernière chose : le vaisseau avec lequel ils
traversaient l’univers, combattaient les mé-
chants s’appelait : le San ku kaï.
Alors, j’étais là, bien planqué et je devais y al-
ler. Je devais prendre mon courage à deux
mains afin d’arriver le plus vite possible, mais
vraiment le plus vite possible au préau à côté de
la bibliothèque.
« Ayato, es-tu prêt à sauver le monde ? » Je
fermais les yeux et avec un mouvement de la
tête, je me parlais, je disais à un imaginaire in-
terlocuteur, que j’étais d’accord, que j’étais prêt
à me sacrifier, à sacrifier ma vie. Ensuite, je fai-
sais un hochement de la tête rapide et sec, typi-
quement japonais que personne ne pouvait
apercevoir dans les plantes. Voilà aussi une rai-
son pour lesquelles j’adorais être caché, là.
Prêt à bondir, je me remettais en tête la mu-
sique du générique, celle qui me donnait les
frissons. Tin, tin, tin – tin, tin, tin – tin, tin, tin,
tin, tin … Et lorsque je m’apprêtais à faire un
saut d’au moins six mètres de long comme Carl
Lewis, le champion du monde d’athlétisme,
pour tomber pile poil à côté de la fontaine
16 Ma vie…
haute de deux mètres – mais qui se trouvait à
trois mètres de moi tout au plus – j’entendais le
signale d’alarme ! « Hou, hou, houa ». Stop, po-
sition de la statue comme disait Gérard : « On
ne bouge plus, on est un félin à l’arrêt qui se
confond avec la végétation ».
« Hou, hou, houa ». Encore une fois. Je le re-
connaissais celui-ci. On avait chacun sa manière
de le faire. Propre à chacun, l’empreinte du
guerrier. Gianlucca lui, le faisait subtil. C’était
pas lui. Là, c’était juste ce qu’il fallait pour me
prévenir que le danger était imminent. C’était
même assez fort pour que celui qui le faisait
prenne le risque de se faire repérer.
Ca y est ! Je sais, c’est Kamel, mon frère.
Je faisais un tour d’horizon du regard et je fi-
nis par le repérer. Enfin, je voyais à peine dé-
passer de derrière un muret, devant une montée
d’immeubles… Une tête… La moitié d’une
tête. Il était malin ce frangin. Il ne se laissait ja-
mais emporter et faisait toujours attention et ce,
malgré toutes les situations. Il veillait à ne pas se
découvrir.
Même s’il était loin, je savais qu’il m’avait re-
péré. J’espérais ne pas avoir été surpris en train
de faire Ayato ! Non, non. Il avait dû voir mes
baskets blanches, c’est tout. Ouf ! J’étais sauvé.
Mais bon, il m’avait repéré et au passage, mau-
dite soit la seule paire de baskets que j’avais, que
ma mère avait voulu me payer et que bien en-
17 C’était Novel, quoi !
tendu, je n’avais pas pu choisir. Mais bon, elles
avaient des scratches. Fallait pas se plaindre non
plus ! N’empêche que, s’il me voyait alors, quel-
qu’un d’autre pouvait aussi me voir.
Alors là, stop ! Le félin s’arrêtait de respirer.
Nouveau tour d’horizon du regard. Sur la gau-
che, le magasin du cordonnier, la montée de
l’immeuble, mon frère planqué et au loin la
Poste que je devais longer pour arriver au préau
pour me délivrer ; devant moi le jet d’eau,
l’immense bac à fleurs, l’allée de pavés, les im-
meubles et sur mon ultime droite, un autre pré-
au.
Mis à part mon frère, il devait n’y avoir per-
sonne. Qu’est ce qu’Ayato aurait pensé de cela ?
Il aurait certainement pensé la même chose que
moi. Ceci était piège. L’art des grands, c’est de
savoir utiliser les petits. Ne fais jamais
confiance à personne et surtout pas à ceux qui
savent d’avance ce qui est bien pour toi. Parce
qu’il n’y a qu’un seul bien, le leur.
Alors, cher grand frère, ce coup-ci, tu ne
m’auras pas. Ce coup-là, c’est moi qui t’aurai !
T’essayes en fait de me faire sortir de ma plan-
que, certainement de me faire revenir en arrière
parce que le danger se trouve là-bas, quelque
part, loin derrière moi ? Et que comme ça, je
servirai d’appât ? Pas mal pensé, ça. Bien joué
mais aujourd’hui, tête de nœud – chose que je
ne t’aurais jamais dite en face, bien entendu – ,
18 Ma vie…
c’est à toi de courir, te faire courser comme on
dit, et, de connaître cette belle saveur qui est
celle de la défaite. Et moi ! Je vais gagner !
Hop ! Je sautais ! Jamais je n’avais eu telle
énergie ! Jamais ne m’étais senti en aussi bonne
forme ! La peur ? Hi ! Hi ! Hi ! Mais qu’est ce
que c’était que ça ? C’était pour les grands, oui !
Les petits eux, ils allaient gagner ! C’était au-
jourd’hui que Nordine, dit Ayato, allait les déli-
vrer de l’emprise des grands !
Plus besoin de rester accroupi derrière le jet
d’eau. Je le savais, je le sentais : le danger c’était
mon frère, sa duperie et je l’avais découverte.
Le chemin de la victoire – la route pavée
comme celle qui avait été faite par les Romains,
me semblait-il – m’était ouverte. L’empereur
allait être couronné.
Allez ! Un dernier regard à cet imbécile de
frangin… Mais qu’est ce qui fait avec son
doigt ? Il me montre du doigt ? Pourquoi tu te
fous de ma gueule, tête de nœud ? Attends que
je t’envoie un coup de pied sauté à la Ayato ?
Mais pourquoi il insiste comme ça ? Ah… Je
crois que je comprends.
C’était derrière moi qu’il devait y avoir quel-
que chose. Mais pourtant j’avais bien regardé !
Je tournais la tête tranquillement vers la droite
et respectais la règle numéro une : ne jamais
montrer que l’on a été repéré. On préserve
l’effet de surprise.
19 C’était Novel, quoi !
Bien souvent celui qui vous suivait, attendait
le meilleur moment pour vous attraper, d’être le
plus près possible. Il fallait lui couper les pattes,
gagner du temps pour trouver le meilleur en-
droit pour s’enfuir. Ça, je savais faire vu que
c’était toujours moi qui me faisais attraper.
Je continuais de tourner la tête et dans les
plantes, personne. Peut être allongé par terre,
contre le rebord du bac à fleurs… personne…
l’allée était vide… Le préau sur ma droite, celui
qui mène au « Champ »… Personne… Quoi-
que… Le préau, il y avait bien un coin plus obs-
cur que les autres, un endroit sombre éclairé par
la silhouette. Et ce quelqu’un assez malin pour
se planquer comme ça, ne pouvait être que : Ju-
lio ! Et là, quand mes yeux se furent habitués à
ce petit bout d’obscurité, je le voyais, je le
voyais clairement. Je regardais cet athlète de
seize ans en position « Starking block ».
Sa spécialité. Prêt à bondir, il attendait et ne
laissait aucune chance à son adversaire.
J’apercevais son sourire. Je ne savais pas si je le
voyais ou le devinais mais je savais que le temps
m’était compté. Que je n’avais pas le choix, que
dans quelques secondes je devrais détaler
comme un lapin et qu’il faudrait que je sorte ma
botte secrète : ma position à la Carl Lewis, le roi
du sprint.
Qu’est ce qu’en pensait mon frère ? Vite ! Je
tournais la tête, le frangin n’était plus là, ce qui
20

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