//img.uscri.be/pth/581c1a10542513c9c853d4b3a939134d91b10752
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : PDF - MOBI - EPUB

sans DRM

Ça va pas changer le monde

De
110 pages

Cinq histoires, cinq destins entre la vie, l’amour et la mort, vont bouleverser leurs acteurs mais ne vont pas changer le monde.
Sine Mémoriæ : un homme se réveille sans mémoire et ne sachant parler que le latin.
14 rue des Étroits : Pavel est parti ! Elle l’aimait tellement que même sa violence lui manque.
Allan : un homme dans un café, devant une prison, dans sa poche : une arme.
La Rumeur : Il ne fallait pas salir la mémoire de Mathilde.
Le Garçon qui dormait et la reine rouge : Jérôme est narcoleptique, Marize règne sur une cour de fans écervelés. Tout les sépare en ce début des années 80.


Voir plus Voir moins

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-01031-8

 

© Edilivre, 2017

Exergue

 

 

Ne cherchez pas ma science, je n’ai que du rêve

Image 6

Sine mémoriae

Et si demain, vous aviez tout oublié

Sine mémoriae
(sans souvenirs)

Il y a deux yeux au dessus de moi.

Deux billes rondes et brunes avec des cils en éventail qui balayent par intermittence.

Autour, il n’y a rien, juste une lueur rosée qui s’estompe dans un brouillard diffus.

J’ai l’impression d’être dans un monde ouaté ou mes sensations sont mises en sourdine. En fond, derrière, derrière moi peut être, il y a comme une pulsation, un bruit profond, une vibration qui m’ébranle, coups par coups. Cela monte du plus profond de moi. Ce pourrait être une sensation agréable, comme se réveiller dans un lit douillet et chaud, mais ce battement m’emplit, me submerge, se saisit de moi comme une main géante qui me secourait sans ménagement. Je voudrais lui dire de me lâcher, de me laisser reposer, que ces coups de buttoir me font mal, de plus en plus mal.

J’ai envie de crier, de repousser cette force qui se saisit de mon corps, mais je ne sais plus ou sont mes mains, je ne sens rien de ce qui était mon corps il y a peu encore.

J’ai l’impression soudain que ma vie s’arrête, se met en suspend comme un robinet d’eau qui se ferme. Et puis, le rideau se déchire et s’ouvre enfin.

Tout reviens.

Les yeux au dessus de moi habitent un visage. Une femme, jeune encore qui me regarde fixement et me parle. Ses lèvres remuent mais le son n’arrive pas jusqu’à moi. Je suis toujours dans un monde cotonneux ou mes perceptions semblent ralenties.

– Vel ego sum ?

Les yeux au dessus de moi se froncent, est ce qu’elle m’a entendue. Ses lèvres remuent a nouveau mais aucun son ne parviens jusqu’à moi.

– Vel ego sum ?

J’ai parlé, je le sais.

J’ai senti la vibration de mes mots dans ma poitrine.

Le visage au dessus de moi a disparu, ou est elle allée. Je voudrais bouger la tête, regarder alentour, savoir dans quel lieu je me trouve, mais j’en suis incapable. C’est comme si j’étais collé, englué dans une gangue de mousse qui étouffe mes perceptions, me tiens chaud, se referme autour de moi, ne laissant que cette pulsation hypnotique, qui m’habite, entièrement.

Boum ! boum !

*
*       *

La forêt est touffue, confuse, les buissons m’assaillent de toutes part, déchirant mes vêtements, mes bras. Il y a du vent qui siffle entre les troncs, comme une mélopée lancinante, un appel qui viendrais de la lisière. La lisière je la vois, elle est là bas, au-delà des arbres alignés comme des soldats à la parade. Je voudrais y aller, répondre a l’appel, mais les épines se plantent dans ma chair, s’accrochent a moi, me déchirent.

– sieuuu ; sieuuu ;

L’appel est plus pressant, c’est une voix grave, profonde, la lumière palpite, me réclame.

– Sieur ; mon…… sieur !!

Je m’arrache, je me laboure le corps sur les derniers obstacles, mon sang m’inonde, je sens sa chaleur couler sur ma peau tandis que la douleur monte, intense, vibrante. Je voudrais crier mais les sons s’étranglent dans ma gorge. Il faut que je sorte de ce bois maléfique, que je courre vers la lumière.

– Monsieur !… Monsieur !

Elle est là, a portée de main, encore un effort et les derniers arbres s’écartent comme un regard qui s’ouvre et je plonge dans un univers improbable.

Je suis dans une pièce.

Plafond blanc, murs clairs et nus. Il y a le visage d’un homme qui me regarde.

– Monsieur ! Monsieur vous m’entendez ?

– Vel ego sum ? Qui es ?

Il me regarde comme si j’avais proféré une énormité.

– Vous parlez Français ?

Je ne comprend pas ce qu’il me dit. Il semble soucieux. Ou suis je ?

Dans quel pays ?

Comment suis je arrivé ici ?

Il y a un vide dans mon esprit, comme une immense lande d’ombres et de brouillard. Je peux bouger ma tête, mes yeux. Autour de moi c’est une chambre, une chambre d’hôpital propre et neutre. L’homme est penché sur moi et me regarde d’un regard scrutateur. Une jeune femme que j’ai déjà vu est là également, un peu en retrait, qui semble attendre.

– Quae circa me sunt ?… Vel ego sum ?… Quid dicas non !

Il fronce les sourcils. J’ai déjà vu ce geste, il y a peu. Pourquoi les gens froncent les sourcils quand je leur parle.

– Je suis le docteur Imber, dit il posant une main sur sa poitrine. Docteur Imbert !

Il a répété ces deux mots en accentuant le geste de sa main.

– Doctor ! Doctor es ?

– oui ! Je suis le docteur Imbert, et vous, quel est votre nom ? Tuo nome ?

Mon nom ?

Est ce que j’ai un nom ?

Je crois que tout le monde a un nom, mais j’ai beau chercher au fond de ma mémoire, je n’arrive pas a associer un nom a ce que je suis. En fait, que suis je si je n’ai pas de nom. Je le regarde, comme si j’attendais une réponse de lui, est ce qu’il va comprendre.

– Quia non est anima mea !

Je suis vide, je ne suis rien.

Il me regarde comme un animal bizarre. Je pense qu’il ne me comprend pas plus que ce que je le comprend. Je voudrais savoir ce qu’il y avait avant, j’ai l’impression de m’être réveillé et d’être né en même temps ; pourtant, quelque chose au fond de moi, sait que ce n’est pas vrai. Je suis adulte, j’ai eu une vie avant, mais le brouillard dans ma tête efface tout.

Le docteur c’est retiré, pour parler avec la jeune femme. Il ne m’arrive que des bribes de leur conversation, mais je ne comprend rien a ce qu’ils se disent.

– Tout va bien, dit il en revenant vers moi, les deux mains ouvertes, tendues devant lui. Tout va bien, nous allons trouver un traducteur. Reposez vous.

Il a tourné les talons et ils sont partis tous les deux, me laissant seul, seul avec mon silence. Je pense que dans la tête d’un homme normal, il doit y avoir du bruit, des souvenirs, des projets. Dans ma tête, il n’y a rien. Je suis comme une page blanche, et je ne sais pas quoi écrire dessus.

Me voir !

Il faut que je trouve le moyen de me voir en face.

Bouger !

Est ce que je peux bouger.

Je déplace doucement ma main jusqu’à toucher mon ventre.

Je n’ai pas de douleur.

Par petites touches, je découvre ce corps que je ne connais plus. Je suis mince, peut être un peu de gras sur le ventre. Mon torse est couvert de poils. Je baisse les yeux et je vois ma main. C’est une grande main, avec de longs doigts de pianiste.

De pianiste ?

Comment est ce que je peux savoir ça ?

Comment est ce que je peux faire cette sorte de comparaison et ne pas savoir qui je suis et ce que je fais ici.

Il y a une barbe dure sur mon visage, je dois être ici depuis plusieurs jours.

On doit me chercher !

Oui !

Quelque part, quelqu’un doit me chercher.

Si encore je savais ou je suis.

Je ne semble pas blessé, il n’y a ni tuyau relié a mon corps, ni douleur sur toutes les surfaces que j’ai pu toucher.

Il faut que je me lève.

D’abord s’asseoir.

Je suis un peu flageolant, j’ai mal dans les muscles, mais j’arrive a m’asseoir.

Je vois mes jambes.

En fait, je les aperçois sous les draps.

J’hésite un instant avant de repousser la toile rêche. Et si c’était des prothèses !

D’un geste brusque je repousse les draps.

Mes jambes sont normales, velues, avec des pieds au bout. Un peu grands peut être.

Je suis là, assis sur le haut de mon lit, et soudain j’ai peur. Si j’étais paralysé.

Je prend deux grandes inspirations, et je commande a mon bassin de tourner pour me retrouver assis sur le bord du lit.

Ouf !

Soudain, j’ai cru voir une femme devant moi. Une belle femme, debout, qui me regardait.

Mais je suis seul dans cette chambre.

Seul, assis sur le bord de mon lit.

Je me sens fébrile, le souffle court.

Doucement je glisse sur l’angle du matelas jusqu’à ce que mes pieds touchent le sol.

Je m’appuie du bout des orteils, puis du talon. Le temps d’une inspiration et je suis debout.

C’est comme ça que me trouvent les trois personnes qui franchissent la porte. Nous nous regardons, interloqués. Il y a là le docteur, l’infirmière blonde et un deuxième homme, petit brun, une tignasse hirsute sur des lunettes énormes cerclées de plastique noir. Il me regarde longuement puis s’approche, la main tendue.

– Hi, ego sum professor Lombard (bonjour je suis le professeur Lombard)

Enfin quelqu’un que je comprend.

– Aut ego, quid de me ? (ou suis je, que m’est il arrivé)

Il se retourne vers le docteur, parlent un moment.

– Quia corruit in platea. (Vous êtes tombé dans la rue), Et non némini ? (vous ne vous souvenez pas)

– No ! (non)

Tombé dans la rue ! J’ai besoin de m’asseoir, mes jambes flanchent tout d’un coup.

– Aut uxorem ? (ou est ma femme)

– Tu et uxa tua, cumm esset. (votre épouse était avec vous)

Elle est là !

Elle est là, soudain, comme une impression dans cette pièce. Je connais son visage. Elle me sourit, heureuse de me voir.

– Cieum (Monsieur) ! Le petit homme est contre moi, il a posé sa main sur mon bras. Quid dicis ? (comment vous appelez vous)

Je prend cette main, qu’il a posé sur moi, je la serre.

Je m’y cramponne comme à un rocher dans la mer en furie ou je me noie.

Je me sens las tout d’un coup, las et désespéré, je ne peux retenir mes larmes.

Nescio ! (je ne sais pas)

*
*       *

Je suis planté à un carrefour, bruyant et nauséabond.

Les voitures et les gens circulent autour de moi, comme un kaléidoscope en folie sans que je puisse discerner un visage ou une forme précise.

Il me reviens des paroles, comme une chanson qui sonnerai dans ma tête :

« Monsieur Grégory Corso, qu’est ce que la puissance ? »

« Rester au coin d’une rue, et n’attendre personne ! »

Suis je si puissant que personne n’ose se soucier de moi, ou suis je si solitaire que j’ai préféré oublier ma vie.

Peut être est ce les deux. Oublier est une évasion, un renoncement, une manière de tourner le dos a toutes les brimades de la vie. Mais qu’est ce que j’ai oublié. Comment être sûr, dans ce monde qui c’est séparé de moi, que rien ne me manqueras.

– Et moi ? je ne te manquerais pas ?

Je me retourne, et elle est là, sur ce trottoir inondé des ombres du monde qui passe. Elle est belle, elle me sourit et son sourire illumine comme un soleil.

Je sens mon cœur qui se met a battre comme un fou.

– Je ne sais pas qui vous êtes.

Elle a passé sa main sur ma joue et c’est évaporée dans la foule incessante.

– Ne cherche pas !

Ces mots résonnent encore dans ma tête quand j’ouvre les yeux.

Le jour entre à flots dans ma chambre d’hôpital. Dehors il fait beau. Si je vais jusqu’à la fenêtre, je pourrais voir la mer.

Le professeur Lombard m’as dit que j’étais dans une ville qui s’appelle Marseille. Que j’étais tombé inanimé au cœur de la foule, en bras de chemise, sans papiers ni rien de personnel. Les policiers avaient interrogés les bureaux et les commerces alentour. Sans résultat.

– Possis autem ante ambulare, concident. (Vous avez pu marcher pendant des heures, avant de vous écrouler)

M’écrouler !

Mon cerveau a disjoncté. Trop de fatigue, trop de stress. Quelque part, un fusible a sauté et je me suis perdu.

Que c’est il passé dans ma tête, pour que soudain j’oublie tout de ce que j’étais, ne gardant que les codes de la vie ordinaire et une langue vieille de plusieurs millénaires.

Je parle Latin !

Il n’y aurait pas une telle confusion dans mon esprit, peut être pourrais je trouver la situation amusante.

Pourquoi le latin.

Est ce que je pense en latin. Est ce que les pensées anarchiques qui encombrent mon cerveau s’expriment en latin.

Ils m’ont donnés un sédatif, hier au soir. J’étais trop troublé, trop secoué par les révélations de mon état actuel.

Est ce que j’accepte mieux ce matin.

J’ai l’impression de jouer dans un mauvais film de science fiction, ou d’être la victime d’une farce d’un goût douteux.

La porte de ma chambre s’ouvre, et une infirmière entre. Ce n’est pas la jolie blonde d’hier, mais une femme d’un certain âge, un peu ronde, les cheveux attachés en chignon.

– Bonjour ! Elle me sourit et ce premier sourire du matin me fais du bien.

– Salve ! (bonjour)

Dans le couloir il y a un chariot sur lequel elle prend un plateau, y pose une tasse de café fumant, deux petits pains dorés et ronds, une plaquette de beurre, un pot de confiture, et dépose le tout sur la table à côté de mon lit.

Elle a fait tout cela en silence, juste avec des sourires et des yeux d’une tendresse infinie.

J’ai un peu honte, pourtant je lui rend son sourire. Que lui dire, de toute façon elle ne me comprendrait pas.

– Bon appétit.

Elle a tiré la porte derrière elle et je me retrouve seul.

Le café sent bon et me fait prendre conscience que j’ai faim.

Qui prenait son petit déjeuner avec moi avant. Une femme, des enfants ?

J’ai l’angoisse de ce que j’ai laissé, d’avoir abandonné dans la détresse des êtres chers. Je voudrais me laisser aller, me laisser porter par cette indifférence contrainte ou m’a plongé mon cerveau...