Cahiers nº 31

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Ce volume, le trente-et-unième de la série des Cahiers Jean Giraudoux, est le premier des volumes consacrés aux "Lettres à Suzanne".

Publié le : mercredi 15 octobre 2003
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246788157
Nombre de pages : 354
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LETTRES 1913-1915
I.
L'AVANT-GUERRE. LES DÉBUTS D'UNE LIAISON
1. L'année 1913
De la première année de la liaison de Jean Giraudoux et de Suzanne Pineau-Boland ne sont conservées que peu de lettres. Rien qui indique quand eurent lieu le premier baiser, la première déclaration, la première nuit, en un mot quand exactement Suzanne fit une irruption décisive dans la vie de Giraudoux. Quand sont-ils devenus amants ? Se voient-ils beaucoup au début ? S'écrivent-ils rarement ou pas ? Leurs lettres ont-elles été détruites par prudence ou égarées par négligence ? Suzanne a-t-elle supprimé après la mort de Jean ses propres lettres ?
Il est difficile d'imaginer en détail les débuts de cette histoire d'amour, puis de cette liaison que Giraudoux a cachée longtemps à la plupart de ses proches – et en premier lieu à ses parents. Seuls semblent avoir été très tôt mis au courant de cette liaison Paul Morand, l'ami intime et – de façon beaucoup plus surprenante, Lilita Abreu...
Les hésitations du cœur
Nombreuses sont les lettres qu'en ce début d'année Giraudoux adresse à Lilita. Durant les premières semaines de janvier, il continue d'ailleurs à la voir régulièrement. Puis il cesse durant tout le mois de février. Est-il alors absorbé par ses amours commençantes avec Suzanne ? Il ne revoit Lilita qu'au début de mars, lors d'un dîner le 6.
Dans une lettre du 8, Giraudoux lui propose de la rencontrer rue Beaujon une « fin d'après-midi libre » (Lilita, 161). Le mardi 11 mars, il vient lui raconter sa récente passion pour Madame Boland et le duel qui a failli l'opposer au capitaine Pineau. Sur un ton un peu piqué, Lilita note brièvement dans son carnet : « Son duel manqué et sa liaison sont amusants » (Lilita,
160). Paul Morand donne quelques renseignements sur ce duel qui reste cependant fort mystérieux : « Peu avant mon départ [pour Londres, le 13 mai 1913] Jean Giraudoux me demanda d'être, avec Philippe Berthelot, son témoin dans un duel qui finalement n'eut pas lieu » (Souvenirs de notre jeunesse, 47). Si Giraudoux a failli se battre avec Pineau, c'est qu'il y avait un motif sérieux. Les relations entre Jean et Suzanne devaient être suffisamment intimes et publiques pour qu'un mari jaloux et susceptible en demande raison au nouvel amant.
Cependant à la fin de mars, puis dans la seconde quinzaine d'avril, Giraudoux rencontre fréquemment Lilita. Entre temps, elle s'est absentée de Paris. Dans ses lettres où il analyse leurs humeurs réciproques, il lui parle – naïvement ? machiavéliquement ? – de ses amies, de ses amours : « Je vous quitte. Il est juste six heures et je vais rejoindre mon amie. Elle va me faire un grand sourire. Tout laisse croire que nous nous embrasserons. – Je pense à hier » (Lilita, 164).
Il n'en continue pas moins à tenir à Lilita un discours amoureux : « Je pense à votre chambre. D'y avoir passé cette minute, j'ai gardé le sentiment que je vous avais prise dans mes bras. Je l'ai surtout ce matin. Tout était clair autour de votre cheminée ; votre lit géant donnait, comme tout géant, une impression de calme. Semble-t-il plus grand ou plus petit, ce matin, alors qu'il vous contient ? » (Lilita, 164-5).
Dans ces mêmes lettres, il semble lui confier ses sentiments les plus directs à l'égard de Suzanne : « Mon seul repos a été de penser à Suzanne. La pensée qui reste de cette grande et saine amie, avec son incroyable énergie, est une pensée enfantine, fluette, tendre. J'ai d'elle, dans mon tiroir, une petite photographie qu'elle m'a apportée jeudi, à regret, car elle y est ridicule. C'est presque cette photographie qui m'a ramené chez moi, vers minuit »
(Lilita, 165). Faut-il cependant accorder un total crédit à ces lignes ?
Le jeudi 1er mai, Giraudoux accompagne dans les environs de Paris l'enfant de Suzanne : Piou. Par une « gentille attention », Lilita lui prête sa voiture – conduite par son chauffeur Élie. Cette promenade les mène par Chelles jusqu'à Lagny, Nogent et Bry-sur-Marne, « patrie de Suzanne elle-même ». « Nous sommes rentrés chez nous un peu avant 7 h, pas fatigués et nous nous sommes quittés vers huit. Nous nous reverrons » (Lilita, 166).
Est-ce de cette époque que datent les trois premières lettres adressées à Suzanne que nous connaissions – alors qu'elle se fait hospitaliser pour une appendicite (lettres 1 à 3) ?
***
1
[mars ou avril 1913]1
Chère Suzanne, ci-joint quelques livres. J'espère que vous ne les avez pas lus. D'ailleurs je vais mettre au pillage les bibliothèques de mes amis.
J'ai eu enfin de vos nouvelles aujourd'hui ! M. Baulois2 m'a reçu en ami. J'ai vu tout de suite à sa face que vous alliez bien. Il vous prétend très gaie. J'ai besoin de vous voir pour l'être à mon tour.
Il fait très chaud et très bon. On prépare tous les jardins pour votre convalescence. Souffrez-vous beaucoup ? Mangez-vous ?
Je penserai demain que vous êtes avec votre petit Piou et prendrai patience. Je pense à vous, amie, qui êtes si courageuse.
Jean
2
Affaires Étrangères
Cabinet
du
Ministre
[mars ou avril 1913]
À Vendredi, mon amie. J'espère que ces trois jours vont passer vite et bien. Je sais déjà le nom de votre chambre et me suis fait expliquer en détail les escaliers qu'il ne faut pas prendre et les couloirs qui n'y mènent pas. J'y suis même allé cette nuit en rêve. Comme je suis heureux des bonnes nouvelles que j'ai eues hier, dans la loge de la rue Tocqueville, entre votre nourrice et son mari
3. C'est en les quittant que j'ai trouvé chez moi votre petit mot. C'était le frère de celui de Piou, n'est-ce-pas ?
Je vous griffonne ces lignes dans le brouhaha du bureau. Il y a beaucoup de travail, et en plus, le cordonnier Mitteau est venu apporter les souliers jaunes. Je compte bien l'avertir dans quelques jours de faire un détour par la rue Blomet. Je serai plus seul ce soir et pourrai vous écrire tout à loisir.
Il fait un peu de soleil. En profiterez-vous, derrière vos rideaux tirés ? Je le goûte profondément, après ces trois pénibles jours. Il me semblait que vous étiez si seule, si seule, pour souffrir ainsi !
À ce soir.
3
Affaires Étrangères
Cabinet
du
Ministre
[mars ou avril 1913]
Ma chère Suzanne,
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