Cahiers numéro 24

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La folle de Chaillot (1945-1995)

Dossier du Cinquantenaire

Publié le : mercredi 24 janvier 1996
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246787891
Nombre de pages : 194
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ANALYSE
par PIERRE D'ALMEIDA
Documentation :
PIERRE D'ALMEIDA ET GUY TEISSIER
I
L'ŒUVRE
Résumé
Acte I : Nous sommes à la terrasse de Chez Francis, place de l'Alma. Deux « hommes de fortune », le Président et le Baron, y célèbrent la fondation d'une société, dont pourtant ils ignorent encore jusqu'à l'objet. Arrive d'abord le Coulissier, qui leur expose les très brillantes opérations financières qu'il a imaginées pour en assurer le financement et la rentabilité. Puis survient un Prospecteur, qui leur apporte l'idée qui leur manquait : l'Union bancaire du sous-sol parisien est enfin constituée. Mais les entretiens des quatre hommes sont sans cesse interrompus par des représentants du petit peuple de Paris : un chanteur des rues, une fleuriste, un chiffonnier, un sourd-muet, un marchand de lacets, un hurluberlu, auxquels il faut ajouter un jongleur, qui a mimé les projets mirifiques du Coulissier : « Ce café est vraiment la foire aux miracles ! », s'exclame le Président, excédé. Quand enfin la Folle de Chaillot apparaît, il s'emporte : il a reconnu ses « vrais ennemis » dans ces « fantoches », dont le Coulissier se fait fort de débarrasser bientôt Chaillot.
De fait, ils traversent aussitôt les projets du Prospecteur. Celui-ci a ordonné à Pierre, un jeune homme qu'il fait chanter, de dynamiter le pavillon de « l'ingénieur qui depuis vingt ans refuse tout permis de prospection pour Paris et sa banlieue ». Mais Pierre a préféré se jeter dans la Seine. Le nouveau sauveteur du pont de l'Alma, qui l'a assommé comme il enjambait le parapet, le transporte à la terrasse de Chez Francis, où il est en effet sauvé – par la Folle. Celle-ci, se souvenant à sa vue d'Adolphe Bertaut, qu'elle a laissé partir bien des années auparavant, exalte pour lui la beauté de la vie, en lui racontant celle qu'elle mène elle-même, dans une sorte d'émerveillement quotidien. Le Prospecteur échoue donc à reprendre Pierre, que la Folle et Irma la plongeuse retiennent par les mains, le Sergent de ville finit même par le faire circuler, et les comparses se rassemblent pour entendre les aveux du jeune homme. La tirade du Chiffonnier en révèle toute la portée (« Le monde est plein de mecs »...) : convaincue, la Folle décide aussitôt d'agir, de la façon la plus expéditive (« Il n'y a qu'à les supprimer »). Elle a déjà son plan ; cependant, elle entend encore tenir conseil avec ses amies les Folles de Passy et de Saint-Sulpice : c'est tout de même le bonheur de l'univers qui est en jeu ! Tous sortent après elle, sauf Irma, qui récite un monologue énigmatique.
Acte II : C'est cette même Irma qui, tout au long de l'acte, introduit les personnages dans le sous-sol de la rue de Chaillot où se tient le conseil des Folles. Survient d'abord l'Egoutier, qui révèle à la Folle le secret de ce sous-sol : l'un des murs s'ouvre sur un escalier qui ne mène nulle part, et qu'on ne peut remonter... Puis Constance et Gabrielle font leur entrée et échangent avec Aurélie (pendant leur conseil, les didascalies désignent les Folles par leur prénom...) une conversation plutôt décousue, sinon tout à fait délirante, à propos des pouvoirs de l'imagination. Au travers d'elle, Aurélie parvient tout de même à dresser un acte d'accusation contre les hommes (c'est-à-dire « l'humanité mâle »), qui ne sont plus occupés qu'à détruire, n'ont plus de tenue, adorent le Veau d'or : ne convient-il pas de supprimer les responsables d'un tel désastre ? Constance et Gabrielle éprouvent quelque scrupule, mais Joséphine, la Folle de la Concorde, qui paraît soudain, tranche, péremptoire : « Quand on détruit, il faut détruire par masse. Voyez les archanges. Voyez les militaires. »
Elle entend seulement qu'ils soient défendus : devant tous les comparses rassemblés dans le sous-sol, le Chiffonnier se fait donc l'avocat des « mecs », ou plutôt prononce en leur nom une plaidoirie paradoxale qui lui vaut l'approbation de tous, et emporte la décision : « Cela suffit, sinistre individu », conclut la Folle ; « S'il était des hésitants, vos discours ont levé tout scrupule. » Restée seule avec Irma, la Folle s'endort ; entre Pierre, auquel, dans son sommeil, elle s'adresse comme à Adolphe Bertaut. Elle rouvre les yeux pour l'arrivée des « mecs », qu'elle fait descendre par groupes dans l'abîme, ainsi que trois femmes d'affaires et un sale petit vieux tueur de chats : « Les méchants s'évaporent », triomphe la Folle, entourée des comparses que fait exulter le renouveau de l'univers. C'est alors que pour elle seule remontent des abîmes infernaux « ceux qui ont sauvé des races d'animaux », puis « ceux qui ont sauvé ou créé une plante », enfin « tous les Adolphe Bertaut du monde ». Mais pour ceux-ci, il est trop tard, et elle s'apprête à remonter au jour nourrir les chiens et les chats de Chaillot, non sans avoir forcé Irma et Pierre à s'embrasser.
Composition
Divisée en deux actes, comme La guerre de Troie n'aura pas lieu, Electre et Sodome et Gomorrhe, La Folle de Chaillot est la seule pièce de Giraudoux à n'être pas découpée en scènes. Peut-être, comme le suggère Alain Niderst (article à paraître dans le prochain numéro des Cahiers), faut-il voir là un essai pour transporter au théâtre l'écriture cinématographique. Elle n'en est pas moins fortement structurée. Le conseil fondateur de l'Union bancaire du sous-sol parisien occupe la première partie de l'acte I ; il s'interrompt sur la promesse du Coulissier de « débarrasser Chaillot de [la] horde » des comparses. C'est alors qu'a lieu la seule véritable péripétie de la pièce, le sauvetage de Pierre, lequel dénonce à la Folle les projets des « mecs ». Le Chiffonnier prend ensuite la parole devant tous les comparses « à nouveau réunis » pour révéler l'ampleur de leurs méfaits, et la Folle conçoit son plan salvateur. Le second acte se déroule parallèlement au premier : on assiste d'abord au conseil des trois Folles, d'une longueur approximativement égale à celui des hommes d'affaires ; il prend fin avec l'intervention décisive de la quatrième, Joséphine, véritable ange exterminateur. Puis se produit une espèce de chiasme dramatique : la parole est une nouvelle fois donnée au Chiffonnier, qui a fait son entrée accompagné de tous les comparses, pour sa brillante plaidoirie paradoxale ; après quoi la Folle s'endort, et c'est Pierre qui lui prend les mains... Vient enfin le tableau de l'extermination des « mecs », réalisation du plan conçu à la fin de l'acte I ; les visions de la Folle le prolongent : elles répondaient initialement à une fantasmagorie, à laquelle Giraudoux devait substituer le monologue d'Irma. (Voir p. 61-69 l'article de Guy Teissier.)
On pourrait ainsi proposer, de la construction de la pièce, le schéma suivant :
Cette pièce, qu'on présente volontiers comme touffue, sinon confuse, est donc construite avec beaucoup de rigueur. Elle est aussi très resserrée, plus que n'importe quelle tragédie classique ! La péripétie du sauvetage de Pierre, qui déclenche l'action, se produit à l'heure de midi (p. 9681 ) ; à la fin du premier acte, une heure sonne. La Folle a convoqué son conseil pour deux heures (p. 986), l'exécution des « mecs » s'accomplit après sa sieste, et quand tout est fini il est encore temps pour elle de porter aux animaux du quartier l'os et le gésier qu'elle réclamait à son apparition. Au très bref intervalle de temps qui sépare les deux actes correspond au surplus une distance analogue dans l'espace : les personnages se transportent de la place de l'Alma au sous-sol du n° 21 de la rue de Chaillot.
LE PARIS DES FOLLES
L'avenue Wilson (avenue du Président-Wilson) relie la place du Trocadéro à la place de l'Alma (p. 971).
La chapelle expiatoire, dont une vue ornait le manche en os de l'ombrelle d'Aurélie, fut édifiée entre 1816 et 1826 par Fontaine et Le Bas à l'emplacement du cimetière de la Madeleine, où Louis XVI et Marie-Antoinette avaient été ensevelis (p. 978).
Le musée Galliera se trouve entre l'avenue Pierre-Ier-de-Serbie et l'avenue du président Wilson. Ce fut d'abord un palais, élevé en 1888 par Ginain pour la veuve du banquier génois Raffaele De Ferrari, duc de Galliera (titre pontifical), qui ne put l'entretenir et le céda à la Ville de Paris. Longtemps on y organisa des expositions temporaires et de grandes ventes aux enchères. Il abrite aujourd'hui le Musée de la mode et du costume (p. 979).
La rue Bizet (rue Georges-Bizet) est perpendiculaire à l'avenue Pierre-Ier-de-Serbie ; c'est l'ancienne rue des Blanchisseuses, qui rejoignait le quai de la Seine place de la Conférence (de l'Alma) (ib.).
La rue du Ranelagh traverse Passy perpendiculairement à la Seine (p. 987).
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