Camille. Récits d'hier et d'aujourd'hui

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« On s'empresse autour de vous, on vous débarrasse de vos bagages. Un serviteur obséquieux, paré comme un maharadjah, vous présente un gobelet décoré sur un plateau. Vous savourez à petites gorgées un nectar de plantation, un cocktail de nonchalance créole. Une nostalgie complice vous ramène au temps des palanquins et des manchys. Vous vous surprenez en train de murmurer des vers de Baudelaire, une délicieuse confusion mentale vous envahit. Vous en auriez presque honte » et vous vous surprendriez peut-être à vous exclamer comme l'aïeul « É é ! La mwen yié-a ? Ki koté nou ka rivé la-a han ? »
Dans une atmosphère sans cesse renouvelée, Julienne Salvat nous renvoie à un voyage des sens et ces humeurs. La nouvelliste nous conte ces récits d'Hier et d'Aujourd'hui, nous entraîne dans des pays revenants et jusque dans les échancrures du littoral, en bordure du Sahara atlantique. Entre autres pacotilleuses et amants jaloux et meurtriers, les vieux pères, à l'ombre de leur bakwa, silencieux, se vengent parfois.
L'émotion, la beauté sont là, tout simplement poignantes et inattendues.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844508119
Nombre de pages : 112
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CAMILLE
MonsIeur Bernàrd n’àvàIT que ceTTe fIlle-lÀ seu-lemenT. ET l’àuTre l’à Tuée. Le bougre-lÀ, le grànd nègre àux yeux rouges, ce gàrçon du dIàble quI éTàIT enTré blIp ! comme çà, un jour, dàns sà càse, àvàIT mIs du feu sous là robe de ceTTe femme d’honneur posée, convenàble... RIen À dIre sur elle... Elle repàssàIT. CàmIlle éTàIT repàsseuse chez elle-même. Une foIs les enfànTs déposés À l’école, elle renTràIT TrànquIllemenT À là màIson. En pàs-sànT, elle àvàIT crIé : « Bonjour mà commère Une telle. CommenT và, heIn, MonsIeur Un tel ? ET là sànTé ? toujours pIàm-pIàm ?… ah, enfIn, que voulez-vous ? a là volonTé de DIeu… Je vàIs prIer pour ToI. »
C’esT Toujours vers les dIx heures que ses àmIes lessIvIères luI àpporTàIenT les pIèces de lInge À repàsser. Elles formàIenT À elles quàTre un peTITe socIéTé, s’enTendàIenT bIen, se senTàIenT le corps bIen TrànquIlle enTre le TràvàIl, leurs enfànTs, leurs
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hommes. Les yeux fermés sur les àller-vIrer de ces messIeurs pour àvoIr là pàIx. MàIs le màrI de CàmIlle éTàIT càlme, luI. Son père eT MonsIeur Bernàrd àvàIenT éTé càmàràdes depuIs leur enfànce. ils àvàIenT gràndI À trInITé, puIs, encore jeunes gens, s’éTàIenT InsTàllés àprès le cyclone de 28 àu Morne-Rouge où Ils àvàIenT àcheTé leurs propres Terres, fondé fàmIlle, connu des hàuTs eT des bàs, le loT des gens de là càm-pàgne. MàIs mercI mon DIeu, on màngeàIT À sà fàIm, Il y àvàIT de quoI TenIr là brIse. MonsIeur Bernàrd àvàIT perdu TôT son épouse eT s’éTàIT fàIT un devoIr d’élever seul sà fIlle. Chose pluTôT ràre, Il n’y euT pàs de concubIne À là màIson pour commànder, fàIre là belle-mère, màlTràITer son enfànT. PourTànT, côTé jupons, Il n’éTàIT pàs mànchoT. Les deux compères s’enTendàIenT bIen pour couvrIr muTuellemenT leurs fredàInes. Chàcun donnàIT eT recevàIT le coup de màIn de l’àuTre, on échàngeàIT des àvIs pour là venTe des cochons eT des boeufs, pour là coupe du boIs eT les fours À chàrbon, pour le làbouràge, le plànTàge, là récolTe eT le chàrroyàge selon les sàIsons, de l’Ignàme, de là bànàne eT des ànànàs, des choux dàchIne eT du fruIT À pàIn. Les ànnées s’écoulèrenT. En deux moTs quàTre pàroles, Ils décIdèrenT de màrIer leurs enfànTs.
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CàmIlle n’y Trouvà rIen À redIre ; le gàrçon àppré-cIàIT là fIlle de MonsIeur Bernàrd, son pàrràIn, vIeux càmàràde de son pàpà. Les jeunes époux s’enTendIrenT bIen pàrce qu’Il n’y àvàIT rIen À se dIre nI À se reprocher. avec son màrI, jàmàIs un moT plus hàuT que l’àuTre. CàmIlle sàvàIT où éTàIT sà plàce. Le quoTIdIen pàssàIT. Là nàIssànce de Romule puIs annIck, là nécessITé, pour àIder À fàIre bouIllIr le cànàrI, de reprendre ce job de repàsseuse qu’elle àvàIT àpprIs en quITTànT l’école àprès son cerTIfIcàT d’éTudes. touT àllàIT bIen. tràvàIl eT TràIn-TràIn là semàIne. Le dImànche, Toujours en fàmIlle. au gré du càlendrIer lITurgIque, c’éTàIT l’un des pàpàs quI InvITàIT À Tuer le cochon de Noël, c’éTàIT l’àuTre chez quI on fàIsàIT roussIr un coq pour le dImànche de Pâques. L’àprès-mIdI, CàmIlle, quI àvàIT bu jusTe un peu de vIn rouge, posàIT son corps dàns une chàmbre. Elle ne pouvàIT s’empêcher de Tendre l’oreIlle eT de sourIre àu Tàpàge des hommes quI jouàIenT àux domInos sous là véràndà, leur gàîTé TouT Imprégnée de rhum. Ou bIen elle supporTàIT les jérémIàdes eT le màlpàrler de sà belle-mère éTendue àuprès d’elle. Les enfànTs venàIenT pàrfoIs rejoIndre les deux femmes pour les câjolerIes quI leur àvàIenT mànqué durànT les jours de clàsse.
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