Carnets du cinquantenaire 1944-1994

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Articles de Guy Tessier, Jean-Pierre Giraudoux, notamment, et lettres de Jean Giraudoux à son fils Jean-Pierre.

Publié le : mercredi 26 janvier 1994
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EAN13 : 9782246788010
Nombre de pages : 92
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JEAN GIRAUDOUX À VERSAILLES
par JACQUES VILLARD
Secrétaire Général
de la Fondation Jean et Jean-Pierre Giraudoux
Le coup de cœur de son fils Jean-Pierre pour une maison versaillaise installe Jean Giraudoux dans la cité royale, cinquante ans après sa disparition.
Pourquoi cette ville et cette maison ? Jean-Pierre Giraudoux, qui résista rarement au plaisir d'acquérir des demeures à travers le monde, décida un beau jour comme saisi par une inspiration, que celle-là serait, dans le temps, la plus importante, en devenant le siège de la Fondation Jean et Jean-Pierre Giraudoux.
Selon les souvenirs de son fils, Jean Giraudoux serait venu à Versailles au moins deux fois, peut-être au Trianon-Palace ou encore au prestigieux hôtel des Réservoirs. Malheureusement, les livres de ces deux hôtels ayant disparu, il nous est impossible de connaître les dates précises de ces visites. Qu'importe puisque, à partir du 31 janvier 1994, jour de l'inauguration officielle de la Fondation, Jean Giraudoux deviendra définitivement citoyen de la ville aimée de Racine.
Ce n'est pas dans une de ces avenues mondialement connues qu'il faudra se rendre pour trouver le siège de la Fondation. C'est au bout d'une rue Royale, presqu'aux confins de Versailles, que se trouve celle que Jean-Pierre désigne sous le nom de « Maison des Mauvaises Paroles », au n° 29, de la rue Henri-de-Régnier dans le quartier Saint-Louis.
Voulant étendre la ville et ne pouvant le faire au nord, car se heurtant à l'étang de Clagny, Louis XIV sacrifia une vaste réserve de chasse connue sous le nom de Parc-aux-Cerfs. L'enceinte sud de cette réserve correspondait à l'actuelle rue Henri-de-Régnier. Cette voie ouverte vers 1685 fut baptisée, à l'instar d'une rue de Paris, rue des Mauvaises-Paroles, sans qu'il y ait la moindre explication, d'autant que peu de mots devaient y être prononcés, car il ne s'y trouvait aucune habitation, mais simplement des jardins.
En 1758 elle devint rue de la Folie, du nom que portait une maison située à l'angle de l'actuelle rue Edouard-Charton. Elle conserva cette dénomination jusqu'à la Révolution pour devenir, en 1793, la rue Newton. Le retour au calme lui rendit en 1804 sa dénomination de Mauvaises-Paroles. Au milieu du XIX
e - siècle, elle tomba dans la banalité en devenant rue du Sud. Il faudra attendre 1936 pour qu'elle porte deux noms, Albert-Samain dans sa partie ouest et Henri-de-Régnier dans sa partie est.
C'est ainsi que Jean et Jean-Pierre Giraudoux ajouteront leurs noms à ceux qui aimèrent ce haut du quartier Saint-Louis, comme Jérôme et Jean Tharaud, les musiciens Michel Richard Delalande et François Boëly, ou encore l'académicien Jean-François Duci qui, ayant le premier fait connaître Shakespeare en France, y termina sa longue existence.
Ces personnages ne pourront qu'inspirer les chercheurs qui, bénéficiant de l'aide que leur apportera la Fondation Jean et Jean-Pierre Giraudoux, viendront pour quelque temps travailler rue Henri-de-Régnier.
GIRAUDOUX ET GIRAUDOUX
par JEAN-PIERRE GIRAUDOUX
Cinquante ans déjà... Mon amour pour mon père qui vit encore pour tous ceux qui le lisent, n'était pas né de la tendresse du bébé ou de l'admiration de l'adolescent et du jeune homme. Tout le monde pouvait admirer Jean Giraudoux ; tout le monde aurait dû l'admirer. Moi seul – je n'en ai eu conscience qu'après sa mort – savais le deviner derrière un déguisement de l'âme et de l'esprit qui était la fausse transparence. Moi seul, jusqu'à vingt ans, puis pendant notre séparation de quatre années, puis après sa disparition, avais parlé avec lui, petit à petit, une langue où les mots – les mots dont il jouait avec tant de splendeur – comptaient peu : verbe quasi animal et quasi surhumain, verbe quasi céleste.
Lourd de ses immenses dons, mon père avait-il choisi de ne pas peser de son poids sur la terre ? Cette question qui, dès mes jeunes ans, se nourrissait en moi, je ne me la suis posée que bien plus tard. Dans un monde de clones à peine maquillés est-on à même de choisir de ne pas être comme les autres hommes ? Mon père était en tout cas très conscient de sa supériorité et de son génie au point qu'après avoir commencé à écrire, il cessa presque complètement de lire les livres de son temps.
A ce génie il ne fit qu'une fois allusion devant moi, un jour où le presque adolescent avait été particulièrement cavalier. S'il n'avait pas choisi, Jean Giraudoux avait accepté : j'étais le fils d'un être qui, sous sa rayonnante gentillesse et son charme incisif, gardait avec ses contemporains les plus strictes distances, quitte à plonger, parfois assez longtemps, dans un océan où de somptueuses naïades le reposaient de son destin.
Mon père n'avait pas, apparemment, envisagé que j'écrivisse. De son vivant, à dix-huit ans, j'avais avec sa bénédiction entrepris non sans succès une tournée anti-Munich auprès des légations françaises de la région danubienne. Je me trouvais là, haineux et pleurant, lorsque les troupes nazies envahirent Prague. De cette aventure juvénile mon père avait été fier : il voyait en moi un futur homme d'action, certes pas, malgré mes bonnes notes en français, un futur écrivain.
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