Ce chemin qui mène à toi (Harlequin Prélud')

De
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Ce chemin qui mène à toi, Brenda Mott

Quand il chante et fait pleurer sa guitare, Derrick Mertz n'a pas son pareil pour séduire une femme. Pourtant, malgré tout son talent et tout son charme, Derrick semble farouchement chérir sa solitude et ne sort de chez lui que pour venir jouer à l'Eperon d'argent, le bar où travaille Kara. De nature discrète, mais émue par la nostalgie profonde de cet homme, et poussée par l'attirance inédite qu'il lui inspire, Kara trouve en elle le cran de faire le chemin jusqu'à Derrick. A mesure que des liens se tissent, de tendres sentiments naissent entre elle et l'homme qu'elle s'est choisi. Mais celui-ci semble résister au bonheur qu'elle lui offre - comme si un terrible secret ou une faute passée l'empêchaient de se laisser aimer. Avec patience et passion, Kara va amener Derrick à lui révéler la vérité qui le hante : il est responsable de l'accident qui a laissé son fils handicapé...

Publié le : samedi 1 décembre 2007
Lecture(s) : 33
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280262811
Nombre de pages : 352
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Prologue

Eté 1993

Derrick Mertz arrêta sa Gran Torino devant l’unique feu tricolore de la bourgade. Au volant de sa Chevelle flambant neuve, Nick Taylor se glissa près de lui, appuya à plusieurs reprises sur l’accélérateur pour faire gronder le moteur, et toisa Derrick d’un sourire narquois.

— Hé, minable ! lui lança-t-il, à travers la vitre ouverte. Montre-nous un peu ce que tu as dans ton moteur !

— T’as l’air malin avec ta Torino, Mertz ! renchérit Jason Frémont, son passager. Ça ne m’étonne pas, remarque. Quand on n’est même pas fichu de faire des études…

Après leur baccalauréat, Nick et Jason étaient partis pour l’université. Derrick, lui, était resté à Sage Bend, sa petite ville natale du Montana. Son fils de deux ans et son job à plein temps ne lui laissaient pas le loisir de faire grand-chose d’autre.

Ce soir cependant, Derrick était d’humeur joueuse. Il avait retrouvé son insouciance enfantine. Après tout, il fêtait son dix-neuvième anniversaire, même si Shelly avait failli tout gâcher en lui déposant Connor à l’improviste. Comme ce n’était pas son tour de s’occuper de leur fils, ce week-end-là, il avait prévu une petite sortie avec ses copains, et elle le savait très bien.

Il jeta un coup d’œil au bambin, bien attaché dans son siège auto, sur la banquette arrière. L’enfant adorait ces virées en voiture et ils allaient bien s’amuser, tous les deux. Coûte que coûte !

Un bruit mou lui fit tourner la tête. Un œuf cru dégoulinait lentement le long de sa portière. Derrick grimaça et réprima un juron.

Nick et Jason se mirent à hurler de rire. Le feu passa au vert et les deux compères repartirent dans un crissement de pneus.

Les fumiers !

— On va leur donner une petite leçon, à ces abrutis, grommela Derrick en passant la première. Qu’est-ce que tu en dis, Connor ?

— Leçon ! répéta le bambin, manifestement ravi.

Derrick débraya et la Gran Torino s’élança avec souplesse. Il tenait cette voiture de son grand-père, et si elle ne payait pas de mine à première vue, le moteur était gonflé à bloc.

Ce n’était donc pas avec une misérable Chevelle que Nick arriverait à le distancer.

Derrick passa la seconde, la troisième puis la quatrième, et il eut tôt fait de rattraper les deux étudiants. Le temps qu’ils atteignent l’orée de la ville, il les avait quasiment doublés. Un air de country s’échappait des haut-parleurs, et Derrick regarda, avec un sourire satisfait, l’aiguille du compteur s’envoler. La chanson parlait de voitures de course et de femmes pressées…

Il laissa échapper un cri de joie et enclencha la cinquième. Le moteur ne ronronnait plus, il rugissait.

Après le virage, la route se rétrécissait avant de s’achever en un simple chemin de terre. Derrick agrippa fermement le volant pour se préparer à la transition qui risquait d’être rude. La Chevelle le rattrapa au tournant, le gênant dans sa progression.

— Tu vas manger de la poussière, Taylor ! cria Derrick, le pied au plancher.

La Torino répondit au quart de tour et bondit en avant. Derrick poussa un nouveau hululement, avant de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur. Nick fulminait. Il faisait moins le malin, à présent !

Derrick avait oublié qu’il était père, qu’il avait des responsabilités. Il était aux anges, comme peut l’être un gamin au volant d’un bolide.

Le taureau surgit de nulle part, sa robe blanchâtre à peine visible dans la grisaille du crépuscule. Il s’arrêta en plein milieu du chemin, tourna lentement la tête et regarda avec nonchalance le bolide qui fonçait sur lui.

Derrick laissa échapper un juron et braqua de toutes ses forces.

La Torino dérapa et partit sur le bas-côté dans un nuage de poussière et de gravier, manquant le taureau de justesse. Le véhicule fit un tête-à-queue, et Derrick tenta de reprendre le contrôle en donnant un dernier coup de volant. Le pneu arrière patina, l’avant de la voiture se mit à tournoyer…

Le reste se déroula comme au ralenti.

La caisse du véhicule racla l’herbe et les cailloux. L’aile gauche heurta un poteau de bois et la Torino fit une embardée par-dessus le fossé, traversa le fil barbelé et roula en tonneaux jusqu’en bas du pâturage.

Derrick avait perdu tous ses repères. Il ne savait même plus dans quel sens il se trouvait. Sa tête alla cogner contre le volant, sa vision s’obscurcit…

Et ce fut le noir.

Lorsqu’il revint à lui, il était complètement désorienté. Où était-il ? Il cligna des yeux, regarda autour de lui et la mémoire lui revint.

La Chevelle de Nick Taylor avait disparu, ce qui signifiait que Jason et lui s’étaient enfuis comme des lâches, l’abandonnant au milieu de ce champ désert.

Par miracle, la Torino avait fini par retomber sur ses quatre roues. Cette voiture avait été son bien le plus précieux, et pourtant, dès l’instant où Derrick comprit la signification du silence de mort qui régnait autour de lui, il en oublia le véhicule. Il sentit son cœur s’emballer et se retourna tant bien que mal pour regarder à l’arrière.

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