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Ce côté-ci des choses

De
160 pages
Quel que soit le parcours, Ce côté-ci des choses suggère une proximité : celle du voisinage, de la famille, du couple, des collègues, et jusqu’au plus improbable milieu, celui des profondeurs sous-marines. Ainsi, cette murène, ce serpent de mer que l’auteur décrit en six parties brèves, sorte d’entrée en matière d’une science toute personnelle, féru qu’il est d’« ichtyologie humaine ». La métaphore fait sourire, car le nouvelliste manie l’humour avec subtilité, ce qui désamorce l’inquiétude, l’incertitude, mais sauvegarde l’énigme. Les réalités parallèles et simultanées s’enchaînent, la folie trouve son double dans l’amitié, le tourment, dans la tendresse, et l’imprévu, dans le bonheur.
Deux fois récipiendaire du prix Adrienne-Choquette de la nouvelle, Bertrand Bergeron reprend ici ses thèmes de prédilection : l’observation sagace des mœurs de ses contemporains et le dévoilement d’intimités singulières. Il a le secret, celui des mots, pour trouver autant de douceur dans un petit crachin de nuit.
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Bertrand Bergeron CE CÔTÉCI DES CHOSES nouvelles
CE CÔTÉCI DES CHOSES
Du même auteur chez le même éditeur : Parcours improbables,nouvelles, 1986. Maisons pour touristes,nouvelles, 1988 (Prix AdrienneChoquette, Prix GastonGouin). Rééd. poche 2010. Transits,nouvelles, 1990. Visa pour le réel,nouvelles, 1993 (Prix AdrienneChoquette).
BERTRAND BERGERON
Ce côtéci des choses nouvelles
Maquette de la couverture : AnneMarie Jacques Illustration de la couverture : Martine Rouleau (Roum),«Origine » (série Convergences), 2013, acrylique sur toile (50,5 × 61 cm). Photographie : Martine Rouleau Mise en page : CompoMagny enr. Distribution pour le Québec : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau Montréal (Québec) H4N 1S2 Distribution pour la France : DNM – Distribution du Nouveau Monde © Les éditions de L’instant même, 2014 L’instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 info@instantmeme.com www.instantmeme.com Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2014
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Bergeron, Bertrand Ce côtéci des chosesISBNimprimé9782895023562 ISBN PDF 978-2-89502-365-9 I. Titre. PS8553.E674C4 2014 C843’.54 C2014941983X PS9553.E674C4 2014
L’instant même remercie le Conseil des arts du Canada, le gouvernement du Canada (Fonds du livre du Canada), le gouvernement du Québec (Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC) et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec.
On naît comme on peut. On reste avec la vie, l’irrémédiable splendeur de la lumière aveugle.
HuguesCorriveau, Hors frontières.
[…] je ne sais toujours pas comment j’arrive à accoster de ce côtéci des choses. GillesPellerin, «La vérité de Nicole».
Ne nous enlevez pas la nuit
À Hélène Rioux
’aussi loin que je me souvienne me revient cette retarDd, ou plutôt comme si je regardais, spectatrice impuissante,  impression, dérangeante commeunle seul réel,  auquel on aurait accès, comme si je me vivais en se dérouler ma vie à côté de moi, à la manière d’une voyeuse tout aussi étonnée par la chose qu’intéressée dans sa trame. Peut être estce à cause de cet aspect«à côté de ma vie»que Martin me rassure à ce point, si fragile, là, tout près de sa mère, à côté de moi dans un lit à Montréal ou à La Havane ou bien, comme maintenant, à Paris, au milieu des ombres habitées de la nuit, et qui dort, la bouche ouverte, sûr du monde et de la vie puisque sa mère, puisque moi aussi je dors, mais à quel moment dorton vraiment ? S’il est un don que j’envie chez les autres, c’est bien de parvenir à cette certitude quant à la frontière étanche qui sépare la veille du sommeil et fonde les garanties mêmes de l’avenir et du lendemain, moi qui ai bien dû m’accoutumer à rester étrangère à des oppositions aussi nettes, franches, la veille et le sommeil, ce qui existe et ce qu’on imagine, sans compter tout le reste qui semble si évident pour les autres,
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Ce côtéci des choses
mais me demande des calculs à n’en plus finir simplement pour passer pour une des leurs, unecitoyenne de la vie normale,cellelà même qui rassure Martin, sembletil, puisqu’il dort là, à mes côtés. Si bien qu’en pareilles circonstances, forcée de décider si ce que je ressens, ce que je vis appartient au réel ou à l’imaginaire, à la veille ou au rêve, semblable assurance, non, vraiment, c’est audessus de mes forces, de mes prétentions, de la toute petite fenêtre par laquelle je m’imagine un accès au vivant. Et pourtant, comme Martin, quatre ans et il ronfle déjà, j’ignore si je rêve. Suisje vraiment à Paris ? endormie ou éveillée ? incapable même de me répéter le mot de la patronne, uneauberge ou unpetit hôtel – je songeais alors à autre chose sans doute –, cette fois encore en retard décalée par rapport aux événements, puisque je n’avais rien imaginé de précis, que je me laissais porter, ravie, par la vraisemblance des choses. Oh ! j’avais bel et bien eu la prudence de me procurer suffisamment d’euros pour régler la note de la chambre. Martin dort dans ce paradis des rêves que ma présence lui a ménagé. Et moi, lasse abandonnée dans le noir, et puis voilà que je sens quelque chose qui, tout doucement, passe sur les couvertures, sur nous, la chatte peut être, avec ses précautions des ténèbres pour éviter de nous éveiller tout en s’autorisant sa vigile dans cette simple ronde audessus de nos corps, à Martin et à moi, une chatte qui protège ceux qu’elle aime et qui, le jour, le lui rendent. Tout devrait m’apparaître ici et maintenant comme un rituel familier rassurant, celui des êtres qui, se relayant, se préservent pour le simple plaisir de continuer la vie. Sauf que cette proximité, la chatte et nous sommeillant à Paris, ces deux volets ne peuvent aucunement appartenir à une réalité simultanée, puisque la chatte est restée à Montréal avec Bruno et notre petite Élise. Et pourtant, quelque chose en moi, une sorte de surexcitation,
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