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Cendrillon en Louis Vuitton

De
292 pages

Allyssa est une jolie jeune fille habitant à Saint-Tropez. Elle croit aux contes de fées et pense que le beau Brian est son âme sœur, mais leur amour fou devient impossible. Elle se réfugie alors dans le monde de la nuit et du luxe avec ses amies. Allyssa voit les gens autour d’elle se dégrader et tente de résister aux tentations. On participe ainsi à ses coups durs et injustices, on perçoit les difficultés de la société actuelle régnée par la consommation, et l’envers du décor de nos rêves provoquant la désillusion des jeunes. Ainsi, par ce roman didactique, à travers les aventures d’Allyssa et de ses amies, nous découvrons une morale et une histoire inspirées de faits réels, bouleversant les romans à l’eau de rose pour laisser le lecteur dans une réalité propre.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-76689-2
© Edilivre, 2015
1.
« Allyssa ? Allyssa ! Lève-toi ! Tout le monde nous attend, on doit partir ! – Hein ? Quoi ! Mais il est quelle heure ? – Onze heures ! Le bus est là dans vingt minutes ! – Mais…
Claris s’en va sous la douche, tandis que je n’arrive même pas à ouvrir les yeux, mes membres sont lourds et, aïe, le mal de crâne ! J’essaie en vain de me souvenir de la soirée de la veille, en observant le plafond blanc de la chambre d’hôtel. Mais j’ai comme l’impression que l’on m’a assommée dans la soirée et que je me réveille à peine. Je pose mes mains sur mes tempes, qui battent tel un tambour. – Mais qu’est-ce qu’il s’est passé hier soir ? Je ne me souviens de rien ! m’écriai-je. – Eh bien, après le bar on est passés à l’hôtel pour chercher Pablo et toi t’es rentrée dormir… – Oh, non… C’était notre dernière soirée ici, je devais voir Justin à la boîte et je suis rentrée dormir ? dis-je en me rasseyant sur le lit tout en m’apercevant que je suis habillée avec ma robe de soirée et que mes jambes sont toutes sales. – Oh non… dis-je encore, en retombant sur le lit. Mais qu’est-ce qu’on a fait ? !
Claris sort de la salle de bain, la serviette enroulée autour de sa mince silhouette et dit, en se précipitant sur son sac, ses longs cheveux châtains tombant sur ses genoux : – Heu… Rappelle-toi tout ce qu’on nous a offert comme verres de tequila au bar… Bon, allez Ally, dépêche-toi !
Il est vrai que ma mémoire devenait défaillante à partir du moment où l’on était allé dans un bar en début de soirée et où des jeunes Italiens nous avaient offert des chopes de tequila… Claris sort précipitamment de la salle de bain et pousse un grand soupir en voyant l’état de la chambre que l’on doit rendre dans dix minutes ! Je me lève alors difficilement, entre dans la baignoire, enlève ma robe que je pose à terre puisque, de toute manière, elle est sale, et j’ouvre le robinet. Je commence à frotter toute cette crasse dont je ne connais pas la provenance. L’eau se coupe, on frappe à la porte, une voix crie : « Señoras y señores, usted debe irse ! » – Mais qu’est-ce qu’il se passe, il n’y a plus d’eau ? ! Oh non, mais ce n’est pas possible ! Claris, demande à ce type ce qu’il se passe, s’il te plaît ! Elle ouvre la porte d’entrée et lance : – Por favor Señor ! Heu… La agua ! No agua por que ? Señor ! Rohh… Excusez-moi, pourquoi il n’y a plus d’eau ? – Ils coupent tout pour nous faire partir, dépêchez-vous, ils sont tous en bas en train de partir ! lance une voix depuis le couloir. – T’as entendu, Ally ? dit Claris en refermant la porte. – Oui, mais comment je vais faire ? Là je suis toute pourrie et… Oh non, je ne peux pas me laver les dents ! dis-je en pleurnichant. Je sors alors de la baignoire et ouvre le robinet du lavabo en ayant drôlement espoir que ça ne soit que les douches qui soient coupées… Un filet d’eau sort, suivi de quelques gouttes et enfin, plus une seule. Je me sèche et enfile avec dégoût mes habits, me recoiffe et essaie de rafraîchir mon maquillage. Claris pleurniche devant notre chaton. Quelques jours plus tôt, lorsqu’on se promenait dans la grande avenue de Barcelone, nous avions repéré un petit chat qui miaulait désespérément à l’intérieur d’un scooter, entre le garde-boue et la roue ! Alors, nous l’avions sauvé difficilement de cet endroit dont nous ignorions comment il avait pu s’y introduire, puis nous l’avions gardé secrètement dans notre chambre d’hôtel, mais il était tout autant interdit de l’amener en France. À la sortie de l’hôtel nous le laissons donc, avec un
déchirement au cœur, à une vendeuse de la boutique d’en face.
Le bus ayant démarré, quelques kilomètres plus loin Claris s’est mise à vomir dans un sac en plastique, ce qui m’a donné à mon tour un mal de cœur me rappelant tout ce que j’avais pu boire la veille, mais je m’efforçais, comme je pouvais, de tenir bon. Le trajet jusqu’à la France fut long, je regardais les photos prises avec l’appareil de Claris. On nous aperçoit sur la plage, sur des jet-skis, dans les rues de Barcelone, dans les boîtes de nuit avec nos amis, et je tombe alors sur la soirée d’hier jusqu’à ce que cette fille, qui était moi, le devienne de moins en moins. Elle rigolait, puis était à terre devant le bar en train de se faire relever par le bras, puis elle était contre le mur du bar avec une femme qui lui tendait son talon qu’elle avait perdu, ensuite elle était bras dessus bras dessous avec Claris dans la rue en train de marcher en riant, puis il y avait les copains de Justin, puis elle était à genoux par terre dans le couloir de l’hôtel, et complètement allongée devant une porte, assise avec un inconnu qui lui parlait, puis encore avec Claris, puis c’était Claris à la boîte, Claris aux toilettes… Bref, heureusement que l’on était dans un autre pays, car une telle chose n’est pas tolérable devant les gens que l’on connaît ! Même si ces derniers temps ma vie n’était faite que d’amis et de sorties, là c’est la sonnette d’alarme qui m’informe qu’il faudrait peut-être que j’envisage de me prendre en main.
Le père de Claris nous dépose devant leur immeuble, cela fait plus de huit heures que je rêve de ce moment, afin de rentrer chez moi me laver, manger et dormir ! J’aperçois au loin une silhouette à côté de ma voiture. Mon petit ami est là avec un bouquet de fleurs. Je lâche alors mes sacs et viens à lui en courant pour le prendre dans mes bras. Mais il se trouve que ce n’est que dans les films que les couples s’enlacent amoureusement tout en s’embrassant, car il me jette le bouquet à la figure et lance : – Ça va ? C’était bien avec ce type ? Même si je sais ce dont il s’agit, je réponds machinalement : – Quel type ? Il sort alors son portable et me montre la photo de Justin. – Ben oui, c’est un mec avec qui j’ai seulement sympathisé. Pourquoi, qu’est-ce qu’il y a ? – Des copines à moi t’ont vue l’embrasser, Ally, alors arrête de me prendre pour un demeuré, déjà que j’ai toujours eu des doutes sur toi… Mes copines sont des amies d’enfance, alors il n’y a pas de raison pour qu’elles me mentent, je veux juste entendre tes excuses.
Il est vrai que nous étions parties avec Claris à Barcelone et il a fallu que, même dans un autre pays, certaines de nos connaissances y soient également. Mais là-bas je m’en foutais et, voulant croire à une liberté infinie, j’avais flirté avec Justin, un parisien. En cet instant, je crus rêver, enfin plutôt faire un cauchemar, mais il était prêt à me pardonner ? Non, déjà que je l’avais trompé plusieurs fois en un an de relation, il fallait que je m’avoue que je ne l’aimais pas ou que je n’étais pas prête, alors que lui m’aimait au point de me pardonner de le tromper. Il fallait mettre un terme à ses souffrances, car c’était malgré tout un homme trop bien pour mériter cela. – Oui j’avoue, Nathan, je suis désolée, je ne sais pas ce qu’il m’a pris ce soir-là. En plus il habite à Paris, donc ça n’avait aucune signification. Je le regrette, mais ce n’est plus possible entre nous après ça et après toutes les histoires que l’on a eues déjà, on ne pourra pas vivre tranquillement avec cela sur la conscience, et tu ne le mérites pas. Je suis vraiment désolée…
Voulant éviter l’épisode des pleurs ou des insultes, je pris alors mes sacs, les mis dans ma voiture, allumai le contact, et je suis partie en le laissant là.
Je traverse la maison, il fait nuit et étrangement froid. Je ne sais pas pourquoi, je ne trouve personne, pourtant il m’a semblé entendre mon père se disputer avec mon ancienne belle-mère. C’est impossible, elle s’est suicidée sous mes yeux, il y a des années, avec un pistolet. Un frisson me traverse, je retourne sous ma couette. J’ai peur et n’arrive pas à fermer les yeux. J’entends un bruit dans le couloir. Je lève la tête, j’ai oublié de bien fermer ma porte. Je
soupire mais j’ai la flemme d’aller la fermer. J’entends la voix de ma belle-mère qui m’appelle. Je me retourne encore et je la vois là, accroupie, entre la porte et mon lit, je suis terrorisée. Elle est là, le visage sombre avec ses cheveux bruns devant les yeux, les mains levées vers moi avec les doigts en forme de crochets. Elle répète sans cesse mon prénom sur un ton de vengeance. Mon cœur s’emballe à bientôt me traverser la poitrine mais je suis comme paralysée face à cette horreur, puis elle se jette sur moi.
Je me réveille en sursaut. La lumière transperce les volets de ma porte-fenêtre. Je me retourne en me frottant les yeux. La porte de ma chambre est fermée. Mon père entre en furie dans ma chambre. – Allyssa, il y en a marre maintenant ! Tu as dix-neuf ans et tu ne fais rien ! Tu n’as pas de travail ! Tu te lèves à midi tous les jours ! Et en prime tu n’aides personne ! Tu dégages de la maison maintenant !
Il hurle et me tire du lit en me poussant vers la porte-fenêtre. – Quoi ? dis-je, les yeux ronds, en espérant crûment à un second cauchemar. Mais qu’est-ce qu’il te prend ? ! Je n’y suis pour rien si je ne trouve rien ! Et tu ne m’aides pas non plus ! J’en ai marre d’être exclue de cette putain de famille, alors que j’ai toujours dû me débrouiller toute seule ! Pas de soucis, je me barre pour chercher mieux ailleurs ! – Quand on veut on peut, Allyssa ! Fais tes sacs et va-t’en ! On en a marre de ta nonchalance !
Il claque la porte de toutes ses forces. Je prends mes sacs dans mon placard, la haine me brûlant les veines, et les remplis de n’importe quels habits. Il est vrai que ma vie est totalement instable. Un jour je suis heureuse d’être libre et d’avoir plein d’amis, puis un jour je me sens triste et seule sans savoir où aller. De plus c’est la rentrée, Julia est partie vivre à Cannes pour ses études, Claris est en cours car elle redouble une terminale, j’ai quitté mon petit ami pour me retrouver seule et je ne trouve toujours pas de boulot. Donc il est vrai que j’ai baissé les bras ces derniers temps, me laissant bêtement emporter dans ma vie de sybarite, voulant croire que le laisser-aller était la panacée à un futur rêvé. Comme dans toute vie « d’adolescent », on a de soudaines baisses de moral. Déception que la vie n’ait aucune ressemblance avec les innombrables contes de fées qui nous ont bercés tout au long de notre enfance. Cela commence par le père Noël, puis la petite souris… et ils s’évaporent. Mais bien plus tard on apprend que le Prince Charmant se fait désirer, nous fait pleurer, ou alors il avait seulement mis un masque. Mais il y a bien d’autres choses encore. On apprend qu'on n'est pas forcément le héros de l’histoire, car toute notre petite vie autour de nous évolue et nous amène à nous faire bousculer par les autres. Et les combats ne se résument pas seulement à tuer des dragons mais ils sont bien plus cérébraux. Des petites souris qui parlent ne viennent pas nous aider, on doit se créer seul une vie sociale pour avoir le courage de se fondre dans la vague de la société. On apprend, révolté, que tout cet imaginaire qui nous a bercés et fait rêver, et que toutes les belles images, n’étaient que des métaphores de la réalité. On nous impose un chemin de vie à suivre : Bien travailler à l’école, avoir son bac, un boulot, une maison, se marier et avoir des enfants. On nous mène à ces clichés comme on mène un âne avec sa carotte en nous promettant le bonheur. Mais est-ce vraiment ainsi que l’on trouve le bonheur ? On mange, on dort, on travaille, on sort. Pour essayer d’égayer notre vie on essaye de dormir mieux ou de sortir ailleurs, mais le résultat est toujours le même. On s’obstine à vouloir suivre cette chaîne afin de mieux s’approcher de la réussite, obnubilé à travailler dur pour allier amour, argent, amis et famille sur un pied d’égalité jusqu’à ce qu’au moindre échec on y voie la fin du monde, alors que c’est en réalité notre petit monde intérieur.
Bon, je vais appeler Claris pour lui demander de m’héberger.
2.
Voilà enfin l’été, ce soir c’est Chris Brown auVIP Roomà Saint-Tropez. Je suis sur la route dans ma voiture avec Claris et Julia et on passe chercher Scarlett.
Nous nous sommes toutes connues au lycée. Tout d’abord j’ai connu Julia, une petite brune ténébreuse, puis Claris et Scarlett se sont rapprochées de nous, car elles nous voyaient souvent sortir pour faire la fête. Claris est le genre de fille toujours joyeuse et délurée, grande, aux longs cheveux châtains et aux yeux verts, tandis que Scarlett semble plus sérieuse avec ses cheveux blonds coiffés en couettes, ses barrettes roses et ses petits pulls en cachemire aux couleurs pastel qui font ressortir ses yeux bleus. Mais qui, pourtant, la première fois qu’elle vous adresse la parole, vous demande : « Dites, les filles, vous prenez la pilule ? », alors que vous êtes vierge.
On arrive dans la boîte, un ami de Scarlett nous invite à sa table et nous offre quelques coupes. Julia et moi nous mettons à danser sur la banquette tandis que Claris et Scarlett rient ensemble. On fait un tour dans la boîte, Chris Brown va faire son show et son agent nous propose de venir à leur table au coinVIP.On accepte et on se joint à eux, l’agent est un noir américain qui habite également à Paris, il parle intensivement avec Claris tandis que Scarlett nous montre ses talents de danseuse. Julia danse aussi, sagement, tout en regardant la foule. Je m’assieds sur la banquette et me fais servir un verre par un des amis de l’agent. Il n’hésite pas, l’instant d’après, à venir s’asseoir à côté de moi pour me dire que j’ai de beaux yeux verts et que je ressemble à Megan Fox. Le compliment me flatte, alors je le remercie, puis il continue sa sérénade. Scarlett descend furieusement de la banquette, embarque Julia et se dirige vers une table où je repère son petit ami, qui semble bien accompagné. Ils sortaient ensemble au lycée mais l’approche de l’été atteint souvent beaucoup de couples des habitants de la Côte d’Azur alors, en ce qui les concerne, la sauvegarde de leur liberté a pris le dessus sur leur amour. Je vois qu’elle lui attrape le bras et semble vouloir l’éloigner ; bien qu’elle soit grande, il l’est encore plus et en outre musclé, il ne semble pas vouloir bouger et ignore son hystérie. Elle finit par se calmer, alors la discussion commence. D’ailleurs, à propos de discussion, le garçon à mes côtés me demande si je suis d’accord avec lui mais je n’ai rien écouté. – Pardon, quoi donc ? – On a loué une villa, vous venez après ? – Heu, non merci. – Ton amie est d’accord pourtant. – Ah bon ? Claris ! – Oui ? me demande-t-elle, étonnée. – On ne va pas en after ! Elle s’approche de moi et s’assied. – Il y aura sûrement Chris Brown ! – Mais non… Heu excusez-moi, dis-je en m’adressant à mon voisin, il y aura qui chez vous ? – Nous tous. – Tous, tous ? – Chris a pris une chambre d’hôtel, comme d’habitude. – Voilà ! lâchai-je, en souriant à Claris. – Ok, l’autre a dû me faire croire ça pour obtenir ce que je pense, dit-elle en tournant la tête. Oh, c’est qui celui-là ? – Qui ça ?
– Le brun là, à la table en face ! Il est trop beau !
Je hausse les sourcils, ne voyant personne de si beau que ça. Elle se lève d’un coup et part en direction d’une table, tandis que Scarlett revient, énervée. – Ça va ? demandai-je. – Non, Shane a trouvé comme excuse que je sors trop, pour me dire qu’il fait de même, sauf que Marylin m’énerve, à lui courir tout le temps après ! – Ah… Bon, allez, changeons-nous les idées ! proposai-je tout en levant mon verre.
Les filles se font servir des verres, Julia et moi dansons, tandis que Scarlett s’assied les bras croisés et regarde les gens d’un air désespéré. Claris revient un moment après, toute joyeuse, en disant qu’elle a réussi à avoir le nom, surFacebook,de ce fameux garçon. Les lumières s’allument pour nous faire passer le message de vider les lieux. Les filles rient toutes avec des inconnus ou des amis tandis que je les incite à rentrer, tout au long du trajet jusqu’à la voiture. Une fois toutes à nos places respectives à l’intérieur et le moteur démarré, Claris me demande de décapoter la voiture et nous sommes enfin en route à chanter à tue-tête la chanson du moment. – Don’t wake me up up up up up up…
Alors que je monte les marches pour aller au coin duVIP Roomà mon habitude, comme l’habitude de chercher sans trouver, de m’amuser sans plus vraiment de plaisir, une sorte de lassitude s’installe paisiblement sans pourtant pouvoir me délasser. Dans notre monde à nous, les jeunes à la vie dorée, celui attaché aux plaisirs, à la beauté et à la liberté, nous sommes tous de fabuleux acteurs, victimes de la peur du ridicule, causée par notre excès de fierté emportant tout sur son chemin, tels que sentiments, simplicité et plaisirs naturels. Acteurs de scènes de ménage pour imposer notre caractère et notre respect, acteurs de scènes sentimentales aux airs glaciaux alimentés par notre abus de fierté pour se laisser désirer, acteurs de scènes de théâtre costumés afin de suivre la mode de près. Tout cela poussé par la crainte de l’obsolète et de l’opprobre. Tout n’est qu’apparence puisqu’on ne juge que par cela, puisque cette image qu’on donne reste gravée dans l’esprit des autres. D’ailleurs on ignore tout de l’intelligence des autres et de ce qu’il se passe dans leur tête car, en réalité, cela nous importe peu. On pense qu’ils sont stupides car la majorité semble l'être ou n’est pas du même avis que nous, et le moi est tellement mieux et en accord avec lui-même, bien entendu, que l'on se croit le meilleur du monde et fier de l’être. Mais certains stupides osent nous juger tel un stupide ! Et puis on s’en fout d’en avoir l’air. Être intelligent demande de prendre conscience de ses problèmes, d’ouvrir les yeux sur l’affreuse réalité ; être con est inéluctablement le meilleur moyen de moins souffrir. Mais en tout cas aujourd’hui, sous mes airs de conne, mon cerveau fuse. Je suis là à observer cette salle remplie, hurlant des airs de David Guetta, en me demandant combien de temps je vais traîner mes pieds ici, jusqu’à ce que le bonheur veuille bien me tomber dessus.
À moitié célibataire, car cela fait une semaine que je suis avec mon « petit ami » du moment, mais qui ne me convient pas, comme à mon habitude… une prolifération d’hommes trop lourds ou jaloux et les autres, indécis ou méfiants. La dernière marche achevée, j’entends un « Oh Allyssa ! » Les mains sur la rambarde, je tourne la tête. C’est lui… Voilà comme une étincelle dans ma soirée. Lui, que je connais depuis bien des années, lui, qui était au plus haut niveau de tous ceux que je pouvais espérer. Celui qui, par son image, était pour moi, comme pour beaucoup d’autres,Le Prince charmant. Mais ce n’était pas inexorable, je l’attendais avec impatience. Brian le beau et célèbre jeune homme de Saint-Tropez. C’est un homme de taille plutôt grande, d’allure très soignée, brun et ténébreux. Il venait de temps en temps dans cette boîte, boire du champagne au goulot à une table du
coinVIP avec des filles qui se déhanchaient sur les banquettes et qui me détestaient. L'une d'entre elles avait tenté une fois de me pousser et était tombée de la banquette à se retrouver par terre, ivre morte à mes pieds. Elle s’était alors fait chasser de la boîte. Lui, s’était enfin décidé à me dire bonjour. – Oh, ça va ? dis-je en m’approchant de lui pour lui faire la bise. – Tu te souviens de moi ? Brian, le pote de Kevin ? – Oui, je vois, oui… – Parce qu’on se croise souvent mais on ne se dit pas bonjour. Ça va, depuis ce temps ? – Eh bien, ça va mieux depuis que celui qui vient d'être cité ne fait plus partie de ma vie. C’est un soulagement ! – Ça fait longtemps que vous n’êtes plus ensemble, non ? Le pauvre, lui, ne s'en remet toujours pas. D’ailleurs on a parlé de toi à l’instant, car j’étais avec lui. Et comme tu peux le voir, je ne suis plus avec mon ex non plus. – Ah bon ? Comment ça se fait ? – Elle m’a quitté.
On discute alors encore quelques instants. Je le présente à mes copines. Son meilleur ami, Clark, commence à sympathiser avec Scarlett. Ils nous offrent quelques coupes de champagne et on descend au coin fumeur à l’extérieur. Dehors, on continue à sympathiser et rigoler ensemble. Scarlett et Clark sont soûls, ils se tiennent comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Les deux copines de Brian passent devant nous et me dévisagent. – Je tiens à te justifier leur regard, c’est parce qu’elles sont jalouses, ne t'inquiète pas ! Mais je m’en fous de leur vie, ce sont des filles faciles. – Ah oui, mais ne t’en fais pas, elles ne m’ont jamais aimée pour ainsi dire et d’ailleurs, je crois qu’elles vont encore plus me détester. – Allez, viens, on rentre.
Il m’invite à traverser le couloir pour aller à l’intérieur, et Scarlett et Clark nous suivent. – Cette robe te va à ravir, me dit-il à l’oreille.
Je me retourne et lui rends son sourire. Ce soir-là je m’étais décidée à revêtir une robe blanche légèrement courte et décolletée jusqu’au ventre. C'est à croire que j’avais eu raison. Quelques instants plus tard, il nous propose de changer de boîte afin d’être tranquilles. Alors, avec les filles, nous sommes montées dans ma voiture et nous avons suivi Brian et son ami, dans saSmartnoire, qui roulait d’ailleurs à toute allure. Aimant la vitesse, j’ai réussi à le suivre de près. Une fois la voiture garée sur le parking, nous sortons et les rejoignons devant l’entrée. – Tu roules vite, dis donc ! me dit Brian. – C’est toi qui étais devant, je te rappelle ! – Oui, mais les filles n’arrivent jamais à me suivre habituellement ! – Allez, rentrez ! Ça va, Ally ? me dit Léonard à l’entrée, en me faisant la bise.
On passe un moment dans la boîte. Ce soir-là il y a une chanteuse américaine, on traverse alors la piste pour aller la voir. Je dis bonjour à des amis et on m’informe qu’elle n’est pas encore arrivée. Julia parle à un de mes ex et ils semblent se rapprocher dangereusement, tandis que Claris et Scarlett se sont déjà fait inviter à une table. Brian commande alors une coupe qu’il me tend, Clark prend une grande blonde pour Scarlett, qui l’envoie balader, et je discute avec Brian jusqu’à ce qu’il tente de m’embrasser. Je recule et l’observe d’un air interrogateur, je ne veux pas lui laisser deviner tout l’intérêt que j’ai pour lui. Je ne veux pas être acquise, je veux qu’il ait un but avec moi. Il reste étonné et sourit. Julia vient soudainement m’intercepter. – Allyssa, je peux te demander quelque chose ? – Oui, qu’est-ce qu'il se passe ? – Voilà, Loris me drague depuis un moment surFacebook.
– Ah ! – Et en fait, c’est vrai que je le trouve mignon. Mais, vu que c’est ton ex, je l’envoie balader, mais là je commence à ressentir quelque chose, alors je voulais avoir ton consentement. – Il est vrai que c’est étrange comme situation, mais de toute façon il ne s’est presque rien passé avec lui. Fais attention quand même, il n’a pas l’air très sérieux. – Oh, c’est vrai ? Merci beaucoup, ma chérie, je t’adore ! me dit-elle en tournant les talons. Un instant plus tard elle chevauche Loris sur une banquette. Brian me demande mon numéro, car Clark veut rentrer. Je le lui donne sans rien espérer et rejoins mes copines, le sourire aux lèvres. Scarlett plaisante avec le propriétaire de la table, un homme d’une quarantaine d’années. On est plusieurs filles et je ne me sens pas trop à ma place, tandis que Claris alterne entre la danse et l’envoi detextotoutes les cinq minutes. La soirée se termine, on prend ma voiture pour rentrer. Scarlett nous dit que l’homme de la table nous invite à faire du bateau le lendemain, Claris annonce qu’elle est en bonne voie avec Josh et Julia semble être aux anges. Je dépose Scarlett et Claris chez elles et rentre chez moi avec Julia, pas trop satisfaite, car je sais qu’il est possible que Brian se serve de moi pour rendre jalouse son ex ou bien qu’il prenne les filles pour des idiotes. Je m’attends à tout, mais je ne compte pas baisser les bras. Une fois sous la couette, je ne cesse de soûler Julia avec tous mes questionnements et elle tente de me rassurer tout en me conseillant de rester sur mes gardes et que mon jugement dépendra de son comportement. Mon portable se met à vibrer. Je l’attrape avec précipitation, un numéro inconnu m’envoie un message : « Désolé de m’être emporté tout à l’heure, ce n’est pourtant pas mon habitude, mais sache que ta réaction ne m’a pas déçu, j’ai vraiment envie de te revoir… Bonne nuit, beauté. » Les jours passent, tous les soirs Brian m’invite chez lui. Il m’accueille toujours gracieusement et l’on discute de tout et de rien. J’en apprends davantage sur sa vision des choses. Lui, rentier, pesant donc quelques millions d’euros dans ses basketsDior,polos ses Dsquaredet saRolex.Il méprise les « beaufs », dit-il, ceux qui font des crédits pour s’acheter uneBMWet rentrer dans leur petit taudis où ils n’ont plus rien à manger dans leur frigo, ceux qui portent costard, cravate et chaussures pointues pour pouvoir rentrer dans la petite discothèque du coin, celles qui se prennent pour des princesses alors qu’elles ne sont en réalité que des libertines. Pour lui, quatre-vingt-dix pour cent de la population ne sont faits que d’imbéciles, modestes mais pauvres en matière grise. Mais les pires de tous sont ceux qui ne sont même pas conscients de leur imbécillité. Il a une réputation de petit con mais il en est fier car il joue ce rôle à la perfection, aimant exaspérer les gens, tourner en dérision la valeur de l’argent, son statut social, creuser les sujets tabous et déstabiliser les gens en mettant à l’affiche tout ce qu’ils cherchent à cacher. Impressionnée par son assurance et plutôt d’accord sur certains points, nos discussions n’en finissent pas jusqu’à quatre heures du matin. On a des points communs mais, en ce qui concerne ma façon de m’habiller, il trouve mon style trop sexy et provocant. C’est pourtant la mode des jupes taille haute… Bon, demain je mettrai un pull et un jean. J’organise en ce moment la soirée de mes vingt ans et je tiens à organiser quelque chose d’unique. Après avoir disparu plusieurs jours, mon père a fini par culpabiliser et la tension s’est plus ou moins atténuée, alors je suis revenue. Pendant le repas du soir, je demande à mon père et à ma belle-mère la maison pour moi toute seule afin d’y inviter mes amis. Mon père me regarde d’un air assez similaire à celui de quelqu’un que l’on informe d’une catastrophe mondiale. – Quoi ? ! Ah non, ah non, non, non ! Les soirées comme ça, je les connais et c’est demander aux gens de venir tout casser et foutre le bordel et ça ne sera pas chez moi. Puis
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