Cet impossible aveu (Harlequin Prélud')

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Cet impossible aveu, Roxanne Rustand

Enceinte...

Lorsqu'elle découvre qu'elle attend un enfant, Jill Edwards est à la fois folle de joie et atterrée. Depuis déjà longtemps, Grant, son mari, lui reproche de consacrer trop peu de temps à leur couple et de retarder indéfiniment le moment de faire un bébé. La nouvelle devrait forcément le réjouir, les rapprocher ! Sauf que, depuis des mois, leurs disputes sont de plus en plus violentes ; au point que, récemment, à la suite d'une énième explication, Grant a claqué la porte et résolu de s'installer seul en ville. Seul, vraiment ? Le doute ronge Jill, sans nouvelles de Grant ; des rumeurs courent, qui lui attribuent une maîtresse. Dès lors, blessée dans son orgueil comme dans ses sentiments, Jill redoute que son mariage avec Grant ne soit plus qu'un souvenir — et prend la décision de garder sa grossesse secrète.

Publié le : dimanche 1 février 2009
Lecture(s) : 24
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280274654
Nombre de pages : 352
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Prologue

Il rentrait tard, une fois de plus… Mais, cette fois au moins, elle savait pourquoi.

Jill jeta un coup d’œil à la pendule de la cheminée, puis son regard s’attarda sur les braises qui rougeoyaient faiblement dans l’âtre.

Elle tressaillit nerveusement, en entendant le claquement sec de la portière, et fut soudain tentée de tourner les talons et de se réfugier dans sa chambre. De se dérober. Ne rien voir, ne rien savoir serait sans doute moins douloureux…

Mais à quoi bon continuer à se voiler la face ? La confrontation, tant redoutée, était devenue inévitable.

Ils n’avaient que trop repoussé l’échéance.

Ces longues soirées solitaires lui étaient devenues insupportables. Elle ne méritait pas ça.

Pas plus que les chuchotements des gens qu’elle croisait dans les rues de Blackberry Hill, ainsi que les regards nerveux et les sourires compatissants de certains patients de la clinique.

Sans parler des commentaires qu’elle avait surpris dans les rayons de Crupper, le supermarché de Main Street, venant de commères qui ignoraient sa présence dans les parages. « C’est triste, n’est-ce pas ? Un si beau couple ! Comme quoi, l’argent et les diplômes ne font pas toujours le bonheur… »

Mais les rumeurs et la compassion n’étaient que peu de chose à côté de tout ce qui, pendant les deux dernières années, avait sapé leur relation au point qu’ils étaient devenus deux étrangers vivant sous le même toit.

Les clés de Grant cliquetèrent devant l’entrée. Puis la porte s’ouvrit, il entra et jeta sa serviette sur le vieux sofa avant de s’engager dans le grand couloir qui desservait toutes les pièces du rez-de-chaussée — salon, salle à manger, cuisine et séjour.

— Grant…

Il se retourna, surpris, et leva un sourcil.

— Tu te couches tard, dit-il.

— Tôt, tu veux dire. Il est déjà 2 heures du matin, Grant. D’où est-ce que tu viens ?

— Du bureau de Kendrick, où j’ai travaillé toute la journée, répondit-il, légèrement irrité. Tu sais bien que ce n’est pas la porte à côté.

— C’est à deux heures de route. Et, d’habitude, tu rentres à 19 h 30. Je me suis inquiétée et j’ai appelé ton frère. Il m’a dit que vous aviez quitté le tribunal à 17 heures, et que tu n’étais plus retourné à son bureau.

— Comment pouvait-il le savoir, puisqu’il n’était pas là ? Il jouait au golf.

Autrefois, ce tête-à-tête immanquable la rendait nerveuse. A présent, la colère la tenaillait, au point de lui donner des palpitations.

— Il est passé là-bas à 19 heures prendre son portefeuille. Il ne t’a pas vu.

Grant se retourna vivement et s’avança vers elle à grands pas, la mâchoire contractée.

— Je vois. L’inspecteur Jill a ouvert l’enquête. Et, bien entendu, elle soupçonne le pire.

— Il faudrait être sourd pour ne pas entendre les rumeurs qui circulent en ville. Et aveugle pour ne pas remarquer les regards fuyants des gens, qui doivent se demander quand la pauvre épouse idiote va enfin ouvrir les yeux.

— Ouvrir les yeux sur quoi, Jill ? Dis-le !

— Tu es rentré tard cinq soirs sur sept cette semaine. Quand tu es là, c’est comme si tu étais absent — à des millions de kilomètres. Je sais qu’on t’a vu avec cette femme rousse dans ta voiture, sur des petites routes de campagne. La ville entière semblait au courant de tout ce qui se passait, des semaines avant que je ne finisse par comprendre.

Il répondit d’une voix basse qui trahissait sa colère.

— Donc, tu m’as accusé, jugé et condamné. Sans appel. Sans me poser la moindre question.

— Comme si les choses ne parlaient pas d’elles-mêmes ! Je suis seule dans cette maison tous les soirs que Dieu fait.

— Eh bien, tu devrais t’en réjouir ! Ta petite vie et ce tas de ruines comptent cent fois plus à tes yeux que moi et ce que je peux penser…

— Tu es injuste.

— Vraiment ? dit-il en étouffant un juron. Tu ne penses qu’à toi, Jill. Depuis toujours. Tu as oublié que nous avons déménagé trois fois pour nous rapprocher de l’école de médecine et des hôpitaux où tu faisais ton internat. J’ai accepté volontiers, pour te faire plaisir. Ensuite, nous sommes venus nous installer ici, car mon père avait besoin de moi, et je tenais à ce qu’on achète une belle maison en ville. J’ai toujours souhaité avoir des enfants. Mais toi, tu continues encore et toujours à ne penser qu’à toi.

Incapable de dire un mot, elle eut l’impression de vaciller dangereusement au bord d’un précipice hérissé d’éclats de verre.

Mais il poursuivait déjà, d’une voix dénuée de toute émotion, le regard vide, plus glacial qu’une franche colère.

— Tu es arrivée à tes fins. Sur tous les plans. Tu as ta carrière, tu possèdes cette fichue maison — qui n’a fait que nous éloigner l’un de l’autre. Et, quant à ce petit désagrément, cette grossesse accidentelle… Eliminé !

Elle ne put s’empêcher de tressaillir.

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