Chronique du règne de Charles IX

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Que le lecteur ne s’y trompe pas : en dépit de son titre, ce livre n’a rien d’une austère chronique. En prenant pour sujet la Saint-Barthélemy et les guerres de Religion qui ensanglantèrent la France du XVIe siècle, Mérimée, au plus fort de la ferveur romantique pour Walter Scott, s’attache à déjouer les codes du roman historique. Souhaitez-vous un portrait de Charles IX ? Allez plutôt « voir son buste au musée d’Angoulême », rétorque l’auteur.Vous attendez-vous à ce qu’apparaisse la reine Margot ? Vous serez déçu : « elle était un
peu indisposée, et gardait la chambre»… C’est Bernard de Mergy, un parfait anonyme, qui occupe le devant de la scène : ce jeune huguenot, amoureux d’une comtesse catholique prompte au prosélytisme, est aux prises avec son propre frère, qui s’est converti. Dans cette oeuvre de jeunesse, qui est aussi son unique roman, Mérimée engage avec brio une réflexion sur cette question brûlante : comment les hommes en viennent-ils à s’entretuer monstrueusement ? Et nous offre une chronique d’un genre inédit – « un ouvrage plein d’esprit à la Voltaire », disait Stendhal.
Publié le : lundi 22 août 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782081273771
Nombre de pages : 349
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CHRONIQUEDURÈGNE DE CHARLES IX
Du même auteur dans la même collection
CARMEN.LESÂMES DU PURGATOIRE. COLOMBA. TAMANGO.MATEOFALCONE ET AUTRES NOUVELLES. (Mateo Falcone. Vision de Charles XI. L’Enlèvement de la redoute. Tamango. Le Vase étrusque. La Partie de trictrac. Federigo. La Double Méprise.) THÉÂTRE DECLARAGAZUL.(Notice sur Clara Gazul. Les Espagnols en Danemark. Une femme est un diable. L’Amour africain. Inès Mendo ou le Préjugé vaincu. Inès Mendo ou le Triomphe du préjugé. Le Ciel et l’Enfer. L’Occasion. Le Carrosse du Saint Sacrement) suivi de LAFAMILLE DECARVAJAL. LAVÉNUS D’ILLE ET AUTRES NOUVELLES(La Vénus d’Ille. Arsène Guillot. L’Abbé Aubain. Il viccolo di Madama Lucrezia. La Chambre bleue. Lokis. Djoûmane.)
MÉRIMÉE
CHRONIQUE DURÈGNE DE CHARLES IX
Présentation, notes, chronologie et bibliographie par Thierry OZWALD
GF Flammarion
Éditions Flammarion, Paris, 2007 ISBN : 9782081273788
PRÉSENTATION
Mérimée en 1829
Quand il entreprend, en 1828, de rédiger saChro nique du règne de Charles IXqu’il achèvera en à peine 1 trois mois , Mérimée est à la croisée des chemins ; il vit un moment sinon crucial du moins décisif de son existence. Ce jeune homme prometteur et origi nal de vingtcinq ans, après quelques figures prélimi naires et coups d’essai, se doit, sur tous les plans, de s’affirmer, de s’engager, de se ménager une place dans un monde en pleine mutation postrévolution naire, et sa perplexité est grande... Sur le plan sentimental, qui n’est pas étranger à la conception de laChroniqueutnnoceˆıanéM,émir certain nombre de déconvenues et, avant même d’adopter la posture de ce « vaurien » dont il revendi quera les prérogatives quelque temps plus tard,
1. Il écrit le 16 décembre 1828 à Albert Stapfer : « Je travaille extraordinairement, non seulement pour un paresseux comme moi, mais même pour un homme de lettres, M. de Faucompret excepté [il s’agit du traducteur de Walter Scott] ! Je fais un méchant roman qui m’ennuie, mais que je veux finir parce que j’ai bien d’autres plans en vue. Si Dieu m’est en aide, je noircirai dupapieren1829.»LelivreparaıˆtchezAlexandreMesnierle 5 mars 1829.
II
CHRONIQUE DU RÈGNE DE CHARLES IX
semble d’emblée sujet à l’éparpillement. Après l’épi sode Julia Garnett (jeune femme qui était l’objet de ses feux en 1826, mais qui lui préféra un parti plus avantageux), il fait la connaissance en 1827, dans un dessalonsquilfréquente,dÉmilieLacoste,épouse d’un Félix Lacoste pour lequel elle a peu de pen chant et qu’elle avait accompagné, pour ses affaires, auxÉtatsUnis.Laliaisonamoureuseentrelesdeux jeunes gens se solde par un duel : le 9 janvier 1828, dans les fossés du château de SaintOuen, Mérimée, qui s’expose volontairement et ne fait pas usage de 1 son arme, est blessé au poignet par le mari offensé, qui ne tarde guère d’ailleurs à se séparer de sa femme. La valeur chevaleresque du prétendant nempêchacependantpasÉmilieLacostedele congédier sans ménagement. Une lettre de Stendhal datée de décembre 1828 évoque, en des termes cryptés dont Beyle est coutu mier, une autre femme – une certaine Mélanie Double, au nom prédestiné ! – qui semble très chère au cœur de son ami. De sept ans plus jeune que lui, elleestlafilledudocteurFran¸coisJosephDouble dont l’appartement rue des PetitsAugustins est sis justeenfacedelÉcoledesbeauxartsoùMérimée loge avec ses parents ; il y est pour longtemps encore et a probablement, de là, tout loisir de l’apercevoir, ou de laisser libre cours à sa rêverie amoureuse... Co¨ıncidencecurieuse:VictorHugo,quiahabitéau 18 de la même rue avec sa mère et son frère en 1820, a été tout à fait par hasard son voisin. Détail significatif : la rue SaintJacques, l’une des plus anciennes artères de Paris et située à quelques enca blures seulement de la maison familiale, est précisé ment, dans laChronique du règne de Charles IX, celle où vient à se loger le jeune Bernard, à peine entré
1. Trois balles dans l’épaule et dans le bras, précise Élisabeth Morel (Prosper Mérimée, l’amour des pierres, Hachette, 1988, p. 43).
PRÉSENTATION
III
dans Paris (c’est « l’hôtellerie de la rue Saint Jacques » à la fin du chapitreII). Les espoirs placés en Mélanie Double seront également déc¸us et non moinssaccagésquelesélanspassionnésdontÉmilie Lacoste avait pu être l’objet : fatalement en quête d’un nom plus prestigieux, elle épousera en 1832 le riche avocat Athénodore Collin, puis, veuve dès 1849, épousera en secondes noces l’illustre profes seur Libri. Lorsque ce dernier sera compromis, comme le fut du reste son père, dans une affaire douteuse (il avait vendu des fragments d’opuscules rares de la bibliothèque Mazarine dont il était conservateur),cestMériméequiprendrahéroı¨quement et publiquement sa défense au procès, au nom de ce vieil amour pour celle qui l’avait ignoré jadis, et qui devait s’éteindre quinze ans plus tard, acca blée de chagrin. Qui est donc cette Diane de Turgis de laChro niquepeau d’une blancheur éblouissante et, à la « [aux] yeux d’un bleu foncé » (p. 57), aux « cheveux d’un noir de jais », aux « lèvres de feu » et aux « sour cils bien arqués » qui donnent « à sa physionomie un air de dureté ou plutôt d’orgueil » (p. 102 et 209) ? Probablement entretientelle de manière anachro nique quelque parenté avec Diane de Poitiers, fameusemaıˆtressedHenriIIetquiàlamortde er Fran¸coisIcontribuaàlascensiondesGuise,soutenant la répression à l’égard des protestants. Sa situa tion de rivale de la reine Catherine de Médicis, épouse d’Henri II, n’est sans doute pas étrangère à ce transfert dans un schéma actantiel incluant à pré sent la reine mère Catherine. Si elle est à l’image de e ces courtisanes qui, auXVIsiècle, gravitaient autour du pouvoir royal, ces yeux, ces « larges yeux aux clartés éternelles » apparentent davantage, cepen dant, le personnage mériméen à la « Beauté » baude lairienne, « belle, ô mortels ! comme un rêve de 1 pierre », qu’à un être de chair et d’os . Elle est, à
1. Baudelaire,Les Fleurs du Mal, « Spleen et Idéal »,XVII :« La Beauté ».
IV
CHRONIQUE DU RÈGNE DE CHARLES IX
n’en point douter, l’un des tout premiers avatars de 1 cette Vénus qui dorénavant ne cessera de hanter l’imaginaire de l’écrivain, et sans doute emprunte telle quelquesuns de ses traits féroces à la double déité « bourrelle », pointorigine de son malheur : ÉmilieMélanie. On ne saurait, de fait, lire laChroniqueen occultant totalement cette perspective. Le roman historique est aussi, et d’abord, un roman d’apprentissage, dans la tradition du roman picaresque que l’on peut faire remonter jusqu’àDon Quichotte: il y va d’une éduca tion sentimentale, d’un jeune homme quelque peu naı¨fquipartàlarencontredumondeetquitravaille, aufildesépreuvesquilestamenéàconnaıˆtre,àune transformation intime de luimême ; la relation amoureuse et le rapport aux femmes jouent de ce point de vue un rôle clé. Bernard, novice recom mandé par son père le baron de Mergy auprès de l’amiral de Coligny, et qui, au seuil de son aventure au chapitreI, vient de parcourir deux cents lieues pour se mettre à son service, se portant volontaire pour la campagne de Flandre, qui s’apprête à retrouver puis à tuer fortuitement son frère et à tomber amoureux d’une belle comtesse, n’estil qu’un misérable bouf fon ou estil réellement en chemin vers sa conversion intérieure (qui n’est pas nécessairement religieuse) ? C’est ce que le narrateur à la fin de l’ouvrage, ren voyant son lecteur à un questionnement similaire, se refuse à déterminer... S’agissant du contexte personnel qui nous occupe, Mérimée, profondément meurtri, aux dires de ses biographes, par ces désillusions successives, prend le parti de tout quitter : il part pour l’Espagne le 27 juin 1830et,vraisemblablement,nereparaˆıtraàParis qu’au début du mois de décembre. C’est un voyage capital et formateur dans un pays par lequel il est
1. Voir l’étude de Clarisse Réquéna,Unité et dualité dans l’œuvre de Prosper Mérimée, Honoré Champion, 2000.
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