Chroniques... ta mère

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Elle est jeune, jolie, le visage illuminé par des yeux cristallins. Elle est professeur des écoles, comme on dit maintenant. C’est son premier poste après une formation à l’IUFM. Le concours d’entrée est exigeant tant les candidats sont nombreux. Être enseignant, ça fait toujours rêver. Les vacances, la sécurité d’emploi, les horaires, enfin, tous ces poncifs en trompe-l’œil qui masquent la réalité d’un métier parfois explosif. Elle est jeune, jolie mais les yeux cristallins sont remplis de larmes. Elle est professeur des écoles en charge de l’internat éducatif et son premier poste, elle s’en souviendra longtemps. Nous sommes assis l’un en face de l’autre. Je lui propose un kleenex qu’elle accepte sans mot dire. Maudire ceux qui lui ont vendu un travail qui n’est pas la réalité, maudire cette primo immersion qui ressemble à une noyade dans un établissement sensible, maudire cet élève de quatrième qui vient de l’humilier publiquement…
Publié le : mardi 1 juin 2010
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748362602
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748362602
Nombre de pages : 114
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Du même auteur
Écrire, une question de méthode, Nathan, 1992 Les Animaux de la ferme, Nathan, 1993 (Autour de moi le monde)
Articles pédagogiques
Un projet pluridisciplinaire à caractère professionnel pour des classes de CAP (1re année) en EREA : Histoire dune maisonnette, revue du CERFOP, 18. 2003. Un dispositif daccompagnement spécifique délèves difficiles en EREA, revue du CERFOP, 20. 2005. La Grande difficulté, laffaire de tous en EREA ?, revue du CERFOP, 23. 2008. Brèves de directeur de LEA, revue du CERFOP, 24. 2009.
Christophe Defrance CHRONIQUES… TA MÈRE Brèves de chef d’établissement
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0116093.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
Avant-propos Les faits consignés chronologiquement rythment une année scolaire en EREA. Ils pourraient dérouter le lecteur non averti et le décontenancer tant les analyses et certaines prises de posi-tion sembleront parfois contradictoires. Il suffira de placer ces événements dans leur contexte pour dissiper ce malentendu. Réactions et perceptions sinscrivent dans un instant donné et prennent des formes différentes sui-vant la réalité du moment. Si la direction dun établissement sapparente à un art, elle supporterait la comparaison avec un mobile de Calder où lesthétisme de lensemble est tributaire du positionnement de chaque élément constitutif du tout. Ce dispositif instable ex-plore toutes les dimensions de lespace au gré des tensions et des réussites. Son appréciation dépend du point de regard choi-si, son fonctionnement ciselé reste toujours délicat. Ce modeste témoignage donne simplement « à voir » le tra-vail des équipes inscrit dans un mouvement perpétuel et imprévisible.Lénergie de ce mouvement est la pédagogie qui permet de côtoyer lharmonie en évitant lécueil de la sclérose en classe. Rechercher ce mouvement idéal pour atteindre la stabilité, un paradoxe langagier mais une condition nécessaire pour conduire les élèves en difficulté vers la réussite.
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Préambule Jai pris mes fonctions à LEREA de Mainvilliers en 1998 après avoir été durant deux années directeur adjoint en SEGPA. Un parcours classique jalonné de différentes formations, des stages en écoles dites normales pour y préparer des certificats spécialisés et grimper modestement sans men apercevoir dans la hiérarchie de léducation nationale. Rien ne me prédestinait à diriger un établissement régional denseignement adapté (EREA). Cette nomination mest tombée dessus. Certes, je métais présenté à lentretien pour être éventuellement inscrit sur la liste daptitude correspondant à ce type détablissement mais les échanges avec lInspecteur dAcadémie qui menait les débats ne laissaient pas présager de suites favorables. Je métais inscrit « pour voir » de quoi il retournait et lorsque jai vu mon nom au BO (Bulletin Officiel) sur la liste complémentaire, ma surprise fut réelle. Ensuite les choses se sont enchaînées ou déchaînées très vite, cest selon. Un coup de fil du ministère, une proposition et une réponse à donner dans la journée. Jai dit « oui » pour Mainvilliers. Le train ne passe quune fois et je ne voulais pas rester sur le quai de la gare. Prendre une carte, loca-liser la ville inconnue et contacter le directeur en place pour le passage de témoin. En septembre jétais en situation, la peur au ventre à peine estompée par lenvie dune nouvelle aventure humaine. Les premiers temps jai perdu le sommeil. Les problèmes étaient himalayens, démesurés et la tension palpable tous les jours. Il
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fallait trouver ses marques progressivement en devenant crédi-ble face à des équipes installées de longue date. Prendre sa place dans le trafic. Et des trafics, ils nen manquaient pas dans létablissement. Rackets, substances illicites, vols, échanges dobjets divers sans oublier un climat de violence et une am-biance délétère identifiés par un audit. De quoi douter mais pour autant je nai jamais regretté mon choix. Jy suis, jy reste, dans les périodes difficiles je martelais la formule. Les enjeux étaient de taille mais au fond je ne pouvais pas faire pire. Une décennie plus tard, je me repasse le fil de lhistoire. Le diplôme de directeur détablissement spécialisé est juste un sésame qui nous autorise à exercer la fonction. Il ny a aucune corrélation entre lobtention dun bout de papier qui valide une formation et la réalité du métier de chef détablissement. On le devient. Éventuellement. La charge administrative est conséquente mais à terme elle est, malgré lévolution de textes et des contraintes nouvelles, assez répétitive. Ce qui semble au début un parcours dobstacles délicat et contraignant se révèle comme une suite de passages obligés et connus. Le chef détablissement pour toutes ces tâ-ches nest pas seul. Il dispose généralement dun secrétariat compétent et dun service dintendance performant. Il peut éga-lement sappuyer sur un adjoint de direction omniprésent, un chef de travaux engagé sans compter dans les formations pro-fessionnelles et un éducateur principal investi, en charge de linternat. Sans eux, un directeur nest rien et toutes ces person-nes réunies sous le vocable « dadministration » mériteraient une authentique reconnaissance des autorités de tutelle. La véritable difficulté vient dailleurs. Elle se niche sournoi-sement dans toutes ces situations complexes qui simposent à nous tous les jours et pour lesquelles nous navons reçu quune dérisoire formation. Information serait plus convenable.
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