Cité d'urgence

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Cité d’urgence est une histoire simple, tellement simple qu’il devient difficile d’abandonner la lecture. Un roman express rédigé en trente-trois jours qui se lit comme une nouvelle ou un scénario. Tout ici va très vite. L’histoire se déroule à la fin des années cinquante dans le nord de Paris et vous fait partager la vie d’une famille de la cité d’urgence. Autour de personnages truculents et authentiques, "Cité d’urgence" synthétise une époque où tout est possible. Un récit souvent drôle, parfois poignant et dramatique, emportant le lecteur dans un rythme endiablé jusqu’à un final qui vire au noir. Revigorant!
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748370010
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748370010
Nombre de pages : 360
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Dominique Peltier
CITÉ D’URGENCE
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0116852.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
Prologue Un matin chez les Débourdel Le coq des Zardini annonce de sa voix éraillée laube dun nouveau jour. La petite cité sétire dans ce matin de novembre 1956. Alphonse Débourdel dort encore dans son fauteuil dinfirme, tenant entre ses mains une bouteille étoilée de vin rouge. Lhomme cuve. Ses ronflements irréguliers, lodeur de vieux vin qui lenveloppe et le flacon vide en témoignent. Le chef de famille est un ivrogne notoire. Un chef de quarante et un ans qui a perdu pas mal de plumes au cours du temps. Sa-muel, vingt-deux ans, laîné de ses enfants, pose à peine un regard sur le paternel lorsquil pénètre dans la cuisine pour se brosser les dents. Josette, la mère, est partie tôt ce matin, bien avant que ne chante le maudit coq dà côté. Elle travaille sur le marché de Montmorency comme vendeuse à la fromagerie Brugeron. Le reste du temps, elle loccupe à faire des petits boulots à domicile. Seul, Samuel est en mesure de ramener un salaire régulier. Alphonse ne travaille plus depuis 1954, un acci-dent la cloué dans ce fauteuil. Quand ils sont arrivés à Montmorency en novembre 1948, Josette était enceinte de Jean, le petit dernier. Ils ont vécu dans une caravane prêtée par un forain près de Domont. À huit dans moins de six mètres carrés, les Débourdel ont tenu bon jusquà ce que la mairie leur propose un terrain plus adapté et une cara-vane plus grande, à la naissance de Jean. Ce nétait pas le Pérou, mais cétait déjà ça.
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Voyant grossir une population qui se marginalisait aux abords de Montmorency, la municipalité aménage dans le quar-tier des Champeaux, en 1953, un terrain pour accueillir les défavorisés : la cité durgence. Des petites bicoques en préfabri-qué, alignées en rang doignons. Des familles de travailleurs y vivent, dont la plupart ne travaillent plus. Ce nest pas un bi-donville, mais ça en a salement laspect. Et la précarité na pas arrangé les choses. Pour améliorer lordinaire, on élève des pou-les, des lapins, des canards ; certains y ajoutent un cochon ou des oies. On érige des cabanes avec du matériel de récupération, on installe les vestiges dune caravane ou la carcasse dun vieux bus, la cité durgence se marginalise et sisole doucement du reste du monde. Les Débourdel ont été parmi les premiers à sinstaller ici. Ils jouissent de trente mètres carrés et dun petit terrain à peine plus grand, occupé en partie par un poulailler, des clapiers et un appentis où sentasse jour après jour un for-midable bric-à-brac. Lintérieur du préfab est séparé en deux par un rideau. Dun côté la cuisine, de lautre la chambre com-mune où des matelas sont posés à même le sol. Ils sont une centaine de familles à vivre ainsi, soit plus de mille personnes. Ici, les familles sont nombreuses. Si les Fran-çais sont majoritaires, on parle aussi litalien, lespagnol et le portugais. Il y a parfois quelques tensions mais, dans lensemble, cette minorité se serre les coudes. Samuel lave son grand corps devant lévier. Avec son mètre quatre-vingt-sept, ses longs cheveux noirs bouclés qui tombent sur ses larges épaules, ses yeux bleus et sa peau mate, le jeune homme en impose. Un genre vraiment particulier à une époque où le cheveu est court et la singularité trop souvent mal perçue. Il ressemble un peu à un Gitan et ça lui plaît !« On les craint et on les respecte, parce quon les craint ! »samuse-t-il à penser. Jacques Verrières semble sêtre inspiré de Samuel pour écrire sa chansonMon pote le Gitan:
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« Mon pote le Gitan Cest un gars curieux Une gueule toute noire Des carreaux tout bleus »Le père cuve et les enfants dorment encore profondément. Il est six heures. Lautomne tente de retenir ses dernières feuilles. Samuel est surpris par la douceur de lair. Il jette un rapide coup dil autour de lui. Tout est à sa place : les lapins dans leur cla-pier, les poules dans le poulailler et un couple de canards gagné à une fête foraine, blotti près dune bassine rouillée. Les vélos rafistolés et le solex quasi neuf (le seul luxe ici) ; tout est là, y compris la vieille mobylette du père, ou ce quil en reste. Cest avec elle quil a eu son accident. Après le boulot, il sest arrêté comme tous les soirs au bar de lEscale. Lescale sera plus lon-gue que dhabitude et Alphonse ressort avec une musette bien chargée. Il ne verra pas lestafette de police quil tentera, selon le rapport du fonctionnaire, de couper en deux par le milieu. Al-phonse perd lusage de ses jambes, son emploi, et poursuit de plus belle son suicide quotidien à grandes lampées de gros rouge. Samuel pousse le solex sur quelques mètres, et le petit mo-teur fait entendre sa frêle voix de crécelle. Il emprunte le chemin des Bois Briffaults, où des parisiens ont fait bâtir de grandes villas pour se ressourcer le dimanche et pendant lété. Samuel rejoint ensuite la route de Domont via le boulevard des Champeaux et descend à tombeau « entrouvert » la rue Gallieni que les enfants du quartier appellent la côte « à Bussac » (nom du propriétaire dune épicerie placée au centre de cette rue et grand pourvoyeur de bonbons en tout genre). À ce titre, lhomme méritait davoir sa rue ! Gallieni laisse la place à Théo-phile Vacher, la rue qui longe le parc et la mairie. Quelques mètres dans la rue Saint-Jacques, et enfin la place des Cerisiers et la rue Jean-Jacques-Rousseau. Cest ici que travaille Samuel, chez Bonnier le charbonnier. Un nom prédestiné qui, évidem-
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ment, amuse les enfants de lécole den face :« Il est où ton char, Bonnier ? » Leurs ricanements joyeux sont toutefois mêlés de crainte, car Gustave Bonnier fait peur avec sa gueule toute noire et sa grosse voix essoufflée. Un peu plus de six ans, déjà, que Samuel travaille ici. À seize ans, sa force impressionnait le père Bonnier. », mon gaillard, tu vas te faire respecter« Toi disait-il. Au-jourdhui, les deux hommes se connaissent bien et sapprécient. Samuel nest plus un enfant. Il est courageux, travailleur, ponc-tuel et débrouillard. Que demander de plus à un employé ? Samuel est loin dêtre un idiot et sest toujours montré curieux. La comptabilité, les feuilles de salaires, les obligations adminis-tratives, les impôts, tout lintéresse, il na jamais cessé de poser des questions et ce sont souvent les bonnes.« Tu veux ma place, cest ça hein ? »lui dit parfois Bonnier en lui tapant sur lépaule. Par nature, Bonnier a toujours été paternaliste avec ses em-ployés mais, avec Samuel, cest différent. Il laime. Il aime ce garçon pas vraiment comme les autres. Il respecte son courage, sa gentillesse, son intelligence. Bonnier na pas de fils, mais« le ciel lui en a donné un », aime-t-il plaisanter. Sa confiance en lui est sans réserve ; il sait que son protégé est promis à un bel avenir qui le fera sortir de sa cité pourrie. Pour ses vingt et un ans, il lui a payé le permis de conduire. De simple porteur de sac Sa-, muel est alors passé au grade de porteur de sac et chauffeur. Au même instant à la cité durgence, les jumeaux de la fa-mille Débourdel se lèvent. Josiane et Augustin ont dix-huit ans. Ils réveillent les autres : Jean sept ans, Catherine dix ans, Mau-rice douze ans et enfin Henri quinze ans. Henri est le petit voyou de la famille. Lécole est déjà un lointain souvenir. Il ne fait rien ou si peu. Il traîne, fume, boit et se bagarre souvent. Parfois, il vient aider Samuel quand il faut débarder du bois. Cest bien là le maximum de ce quil concède. En revanche, il sest toujours montré coopératif quand il sagit daider ses jeu-nes frères, à commencer par Maurice avec qui il a quelques
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