Clothilde de Waterberry

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Clothilde est orpheline de mère, en ce XIIIe siècle. Les attaques incessantes du prince de la Vologne obligent le comte à faire évacuer sa fille avec l'aide de Père Jean, un moine bedonnant.Dans la fuite, la jeune fille et son précepteur se réfugient chez un couple d'hébreux, où la jeune Clothilde va découvrir une autre religion, pendant que Père Jean apprend de la bouche d'Éphraïm, que la bague de la comtesse a été retrouvée, loin… en terre païenne.Mue par une incontrôlable force intérieure, Clothilde se sépare du clan et fait une découverte qui va bouleverser sa vie. Le dernier primate encore vivant va l'aider à trouver son chemin, grâce à sa culture et son savoir ancestral.Une bataille féroce va avoir lieu en terre païenne.
Publié le : mercredi 12 novembre 2008
Lecture(s) : 110
EAN13 : 9782304023503
Nombre de pages : 273
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2 Titre

Clothilde de Waterberry

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Titre
Claude DEGRET
Clothilde de Waterberry
Et le secret du dernier Primate
Roman
5Éditions Le Manuscrit






















© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02350-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304023503 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02351-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304023510 (livre numérique)

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. .

8 Clothilde de Waterberry







À mes filles, Karine, Sandrine et Manon.
À mes petites-filles, Luna, Nina, Lilo et Margo.
Merci à Claudette et à Jean Paul pour leurs soutiens.





Vers la fin du moyen âge, le père de Clothilde
retrouve les deux bracelets de Niba WAT.
Ils avaient été déposés dans une anfractuosité d’une
grotte, mille quatre-vingt-treize ans avant.
9 Clothilde de Waterberry








11 Clothilde de Waterberry

CHAPITRE I : POURQUOI MOI ?
De nos jours, dans le sud de la France.

Manon était assise, les coudes posés sur la
table de la cuisine, la tête lourde, les yeux
encore lourds de sommeil. Elle prit son bol de
lait qu’elle avait retiré quelques instants plus tôt
du four à micro-ondes et, machinalement, elle
le porta à ses lèvres. Surprise par la température
excessive, elle posa le bol d’un geste sec. Une
bonne partie du liquide s’étala sur la table,
faisant naître des auréoles blanches sur le bois
sombre. En se levant brusquement, son pied
heurta un montant de la chaise, sa main glissa et
là, ce fut tout le bol qui roula et se brisa sur le
sol en une multitude de morceaux jaune et
blanc.
– Ho ! bafouilla-t-elle ? Aujourd’hui, ce n’est
pas mon jour… j’ai dû me lever du pied gauche,
reprit la jeune fille en colère.
Elle se retourna et se dirigea vers l’évier, d’un
air résigné. Elle prit une éponge, pour enlever
les débris étalés un peu partout, puis elle se mit
13 Clothilde de Waterberry

à genoux. À ce moment, le téléphone se mit à
sonner, résonnant d’un coup dans sa tête
comme une énorme cloche.
Assurément pas éveillée, elle resta un
moment immobile, ne sachant que faire,
nettoyer la table et le sol ou arrêter le bruit
infernal de la sonnerie. La deuxième option fut
la bonne, elle fit quelques pas vers le fond du
salon, l’éponge humide à la main.
– Allo ! dit-elle d’un ton sec.
– C’est moi.
– Qui, demanda la jeune fille ?
– Édouard, pardi, qui veux-tu que ce soit à
cette heure ?
– Ce n’est pas le jour, alors que veux-tu ?
– Holà ! tu me sembles bien énervée ce
matin… tu t’es levée du mauvais pied ?
– Oui, tu peux le dire… J’ai renversé mon
lait, je me suis cognée sur un pied de la chaise,
j’ai cassé mon bol et je n’ai toujours pas pu
déjeuner.
– Bon, écoute, calme-toi et viens me
rejoindre à la piscine.
– Ce n’est pas le jour, je t’ai dit.
– Arrête tes caprices et viens, un bon bain te
fera du bien et te calmera.
– D’accord, je nettoie tout, je me change et
disons dans une demi-heure…
Quelques instants plus tard, les voilà une fois
de plus allongés côte à côte, sur la serviette
14 Pourquoi moi ?

blanche, au bord de la piscine entourée de
grands lauriers-roses en fleurs. Manon semblait
soucieuse, nerveuse, ne sachant quoi dire.
Édouard se tourna, se mit sur le dos, ajusta ses
lunettes de soleil et lui demanda :
– Tu as des nouvelles des bracelets ?
La jeune fille se mit à bafouiller, ne sachant
quoi répondre, ou tout au moins, elle ne savait
pas par quel bout commencer.
– C’est oui ou c’est non, lui demanda
Édouard excédé.
– Oui, lui répondit-elle en secouant la tête de
bas en haut. Je pense que ce sera long et difficile,
avec toutes les informations que distillent ces
bracelets. Ces indications sont tellement
condensées… j’avoue qu’à des moments je m’y
perds…
– Fais un effort, j’ai envie de connaître la
suite.
– La suite, la suite, ce n’est pas si simple… je
ne sais pas par où commencer. Bizarre, oui, cette
histoire est bizarre… d’un coup, on est passé au
moyen âge, c’est étrange, non ?
– Au moyen âge ? Tu te moques de moi ?
– Non, non, si je te le dis, au temps des
féodaux… Louis IX, ça ne te dit rien, Saint-
Louis… et bien, voilà, ça se passe à peu près à
cette époque.
15 Clothilde de Waterberry

– Va pour Saint-Louis. On a tout le temps,
remets tes esprits en ordre et finis-moi cette
histoire ou je fais un caprice !
– Un caprice, à ton âge. Si tu le prends
comme ça, je rentre !
– Bah, que tu es susceptible ! tu es bien une
fille…
– Une fille, une fille… la fille te dit à demain
malotru et je suis poli.
Manon se leva, ramassa ses tongs, longea le
bord de la piscine et se dirigea, d’un pas alerte,
vers la sortie.
D’un mouvement leste, Édouard se leva, puis
se jeta à l’eau juste sur le passage de son amie et
l’éclaboussa de toutes ses forces.
– Et voilà, maintenant il faut que je me
sèche !
– Allez, excuse-moi pour la fille… viens,
faisons la paix… tu es ma meilleure amie, non ?
– Ne recommence plus, lui dit-elle avec une
mimique déformant son visage.
Le jeune homme s’était allongé, les bras
croisés sur le rebord de la piscine, regardant son
amie s’essuyer délicatement les pieds. Elle
paraissait absorbée et soucieuse.
Bien souvent, Édouard arrêtait son regard,
essayant de décrypter ou d’analyser les gestes
lents et gracieux de sa plus fidèle amie. Il
observait, du coin de l’œil, ses postures et ses
attitudes féminines, essayant d’en saisir les
16 Pourquoi moi ?

moindres détails. Tout cela du haut de ses treize
ans, ne sachant pas encore pourquoi son cœur
s’emballait à des moments. Il resta un instant à
la contempler et lui demanda :
– Pourquoi toi ?
– Que veux-tu dire, répondit-elle en levant la
tête ?
– Oui, pourquoi les bracelets ne répondent-
ils qu’à tes ordres ? Je ne comprends pas… tu es
peut-être une déesse ou une divinité venue pour
sauver le monde, lui dit-il d’un air moqueur.
– Cesse de te moquer de moi, ce n’est pas
agréable, moi qui te considérais comme un
véritable ami… tu me déçois.
– Mais non ! je plaisantais. C’était juste pour
te taquiner un peu, lui répondit-il sur un ton
sage. Je voulais comprendre tout simplement…
– Pour tout te dire, je me pose souvent la
question, pourquoi moi ? Je vais quand même
essayer de te raconter ce qui me reste en
mémoire.
En faisant pivoter ses avant-bras, Manon
examinait les deux bracelets, enserrés à ses
poignets. Ils étaient communs, comme les
bijoux que portent les jeunes filles de son âge, à
part les cadrans de forme ronde, qui semblaient
n’indiquer, ni l’heure, ni une quelconque
indication. Le métal était parfaitement poli,
comme une parure neuve. Tout ce mystère
inquiétait et envoûtait la jeune fille.
17 Clothilde de Waterberry

Édouard s’assit en tailleur, croisa ses mains
en un mouvement lent et attendit la suite de
cette histoire étrange.
Voilà, commença Manon, tout débute…

18 Clothilde de Waterberry

CHAPITRE II : LE CHÂTEAU FORT
Au moyen âge non loin des bords de la méditerranée.

Le pont-levis du château avait été levé, après
que les derniers paysans avaient franchi, à la
hâte, l’unique accès de la forteresse. C’est-à-dire
que les longues trompettes, parées du blason
rouge sang, ne ménageaient pas leurs appels à
un regroupement dans l’enceinte du château.
Sans bousculade ni précipitation, les gardes
armés jusqu’aux dents avaient pris position
entre les créneaux et les meurtrières. Discipline
oblige en pareille circonstance.
Un peu plus bas, d’énormes chaudrons de
cuivre remplis d’huile et de poisse étaient posés
sur des brasiers. De gros soufflets, actionnés
par des hommes dégoulinant de sueur,
donnaient vie à d’immenses flammes et l’on
pouvait apercevoir à la surface des récipients, le
menaçant bouillonnement de cette mixture
meurtrière, noire et compacte.
Les femmes, les enfants et les vieillards
avaient été rassemblés dans une salle aux murs
19 Clothilde de Waterberry

épais, où là aussi, régnaient le calme et l’ordre.
Peut-être y avait-il même une certaine habitude
dans ces rassemblements, comme ce couple de
vieux paysans courbé, qui, du bout de leurs
cannes, tentait de rassembler le plus possible de
paille poussiéreuse dans le coin le plus obscur
de la salle.
Les provendes étaient entassées bien au fond
de cette grande pièce où avaient lieu les fêtes.
Elles étaient disposées sur de l’éteule (sorte de
reste de paille), juste en dessous de la seule
ouverture, sûrement à cause de l’odeur de
certains fruits et légumes en décomposition.
Enfin, tout était prêt pour faire face à
l’envahisseur, quand, dans un fracas infernal, le
premier bloc de pierre tomba sur le toit de la
petite chapelle, signe incontestable et fracassant
du début des hostilités.
Face à l’autel, sur la première marche de
pierre blanche usée, une jeune fille était
agenouillée, les mains, religieusement jointes,
soutenant son front.
Elle se leva d’un bond, quand la masse de
pierre traversa le plafond. Elle roula sur le côté
pour éviter quelques tuiles tombant du toit, se
releva et se précipita en direction des escaliers
qui menaient au chemin de ronde, juste en
dessous des donjons.
– Que fais-tu là, je t’avais dit de rester dans la
chapelle, nous allons avoir un dur combat, dit
20 Le château fort

Charles Henri, comte de Waterberry, d’un air sec
et cassant.
– Mais, père… la chapelle n’est plus qu’un
tas de ruine et de gravats. Je viens à tes côtés
pour défendre notre château… bien à l’abri, je
peux te passer les flèches. « Sus à l’ennemi » se
mit à hurler la courageuse jeune fille, en tendant
son cou au travers d’une meurtrière.
– Ce n’est pas la place d’une fille ici,
redescends et ne discute pas. Tiens, pour te
rendre utile va aider les soigneuses.
Connaissant l’autorité de son père, Clothilde
ne négocia même pas, elle s’accroupit et se
dirigea furtivement vers la grande salle réservée
aux blessés. Quelques flèches passèrent au
dessus de sa tête et se brisèrent en des
claquements secs contre le mur épais du donjon
principal, ce qui ne semblait pas affoler notre
héroïne pour autant. Le plus impressionnant
pour la jeune fille était les énormes blocs de
pierre lancés par les bricoles et les trébuchets
ennemis.
Toute la journée, les assaillants avaient essayé
de prendre possession de cette place forte, mais
le châtelain, avec divers stratagèmes, avait réussi
à contenir, hors du périmètre de la muraille, ces
hordes de sauvages, assoiffées de conquêtes
sanglantes.
Le soleil lançait péniblement ses derniers
rayons derrière la colline, quand le calme revint.
21 Clothilde de Waterberry

Un calme précaire pensa Clothilde affairée à
soigner du mieux qu’elle pouvait les blessures
des soldats mutilés et railleurs, appelant un
parent, une mère, pour que leur souffrance
s’estompe un court instant.
Elle était habillée d’une robe longue en laine
épaisse et d’un hennin, sorte de coiffe bleue
assez haute, en forme de cône, dont la base était
ornée d’une fourrure couvrant ses oreilles. Sur
le sommet de la coiffe flottaient deux petits
rubans blancs, venant embellir l’ensemble. Vu la
rudesse du climat de cette fin d’hiver,
l’accoutrement n’était pas de trop.
Des taches de sang maculaient son vêtement,
couleur écrue, c’est-à-dire que toute la journée
les combats avaient été violents. Il fallait avoir
le cœur bien accroché pour soigner tous ces
blessés. Aussi notre jeune héroïne redoublait
d’ardeur et n’épargnait pas sa peine, quitte à
fermer les yeux et à avaler sa salive pour les cas
les plus graves.
Les châteaux étaient rares dans cette région
non loin des bords de la méditerranée.
Cependant, en ces temps instables, les
agressions de châtelains rivaux étaient monnaie
courante et bien souvent pour des raisons
futiles, voire sans raison, comme ça, juste pour
le plaisir de la guerre. À ce moment précis,
Clothilde ne comprenait pas la raison d’un tel
acharnement et d’autant de haine entre hommes
22 Le château fort

du même pays, des hommes avec le même
Dieu, presque le même sang ! Pourquoi ces
guerres ?
Cela faisait le quatrième assaut en six mois et
la bâtisse, aux pieds de granit massif, résistait
toujours, en ayant de faibles pertes humaines.
Elle les avait comptés, ces agressions, mais elle
ne comprenait toujours pas ces guerres, ces
rivalités.
L’imposante bâtisse familiale résistait et
résistait encore. Était-ce les soldats de son père
qui étaient plus vaillants que les assaillants ? Le
comte avait-il une stratégie particulière ? Bien
des questions restaient en suspens dans la tête
de la comtesse Clothilde.
Le soir venu dans la grande pièce de
réception du château, le comte de Waterberry,
en compagnie de son fidèle chef de la garde,
évaluait les dommages commis par les assauts
répétés de la journée.
– Trois hommes tués et douze blessés…,
dont cinq soldats grièvement atteints ! Informa
Martin de la Tour, chef de la garde du château.
– C’est bien, c’est bien, rétorqua le comte,
l’air pensif.
La jeune Clothilde connaissait bien tous les
recoins du château. Toute petite, elle arpentait
les passages secrets, avec comme guide, Père
Jean, un moine aux coutumes et pensées
surprenantes. C’était un personnage aux formes
23 Clothilde de Waterberry

plus que rondes, habillé d’une bure marron
délavé et serrée à la taille par une corde, dont
on devinait le nœud sous son gros-ventre. À
l’arrière du crâne, une tonsure parfaitement
circulaire et toujours impeccablement
entretenue. Pour finir, il avait aux pieds des
sandales de lanières de cuir tressées, qu’il gardait
même par ces grands froids. Ce moine ne
semblait pas souffrir des différences de
températures, était-ce sa foi, ou sa constitution
physique exceptionnelle ? Même sa voix
chantante, entre chaque syllabe, collait à son
personnage. Enfin pour Clothilde c’était le
compagnon idéal, son père le lui avait attaché,
tout jeune, après leurs retours des croisades.
Bien calée dans le minuscule couloir secret
qui séparait la grande salle du vaste corridor,
Clothilde, après avoir fait basculer un minuscule
levier, observait les faits et gestes des deux
hommes au travers d’un œilleton dissimulé dans
un panneau de bois sculpté.
En fin stratège, Martin de la Tour concevait
des plans de défense devant le comte. Il
soumettait à son approbation, diverses
machines de guerre et pour conclure, il ajouta
d’une voix ferme :
– Les assaillants en subiraient les
conséquences, si d’aventure, demain, ils se
remettaient en bataille !
24 Le château fort

Clothilde ne pouvait guère bouger dans ce
couloir obscur et étroit. Pour écouter et voir,
elle devait tendre son cou et tordre son œil,
« Que d’efforts », pensa la jeune curieuse,
« Tout ça pour entendre les mêmes blablas, les
mêmes systèmes de défense » !
Au bout d’un moment, son père se dirigea
vers l’armure de son aïeul, une sorte de relique,
en métal blanc, plantée sur un socle de bois
épais. Clothilde l’avait toujours vue là… en
décoration.
Le comte en souleva la visière et poussa un
bras d’acier en arrière. Un grincement résonna
dans toute la salle quand le pilier gauche de la
cheminée se désolidarisa en deux parties,
laissant à peine la place au comte d’y pénétrer
un chandelier à la main.
Le chef de la garde resta immobile, l’air
interrogatif, quant à Clothilde, c’était la
première fois qu’elle découvrait ce passage
secret. Son cœur se mit à battre et elle se voyait
demander au moine, pourquoi il ne lui en avait
pas parlé, puis elle se ravisa et attendit un long
moment.
Martin de la Tour fit quelques pas en
direction du pilier, se pencha et sursauta quand
il vit le comte passer la tête, une sorte de petit
pot de terre cuite sous le bras.
– Que vous est-il arrivé, comte ? Votre
visage est couvert de toile d’araignée et de suie.
25 Clothilde de Waterberry

– Bah ! il faudra penser à ramoner la
cheminée et colmater les fuites, dit-il en se
passant la main sur la figure et l’épaule. Ce que
tu vois là, mon petit Martin, c’est l’avenir… mon
grand secret. Nous l’avons mis au point avec
Père Jean et Mimars, notre alchimiste. Te
souviens-tu ? Mimars nous avait quittés quelques
années pour courir le monde, comme il nous
disait ; à son retour des lointaines contrées de
l’Est il en est revenu avec cette sorte de poudre
gris-noir, dont on n’a pas trouvé de
correspondance dans notre langage… alors,
nous l’avons baptisé poudre… voilà tout !
Charles Henri posa délicatement la jarre de
terre cuite sur l’immense table de bois massif et
leva la tête au ciel, en signe de satisfaction. Le
chef de la garde fit un pas en avant, se baissa,
enfonça sa main dans le récipient, palpa
longuement la substance et l’air surpris, il
demanda sur un ton interrogatif :
– Mais, ce n’est que de la suie, comte… je ne
vois rien qui concerne l’avenir ?
– Attends un peu, ignorant… observe !
Le comte, prit délicatement le pot et en versa
lentement une infime partie dans un vase
d’étain, dont le goulot était long et fin. Il se
retourna et se dirigea vers la cheminée. Il tendit
une longue brindille de bois dans le feu, puis
revint près de la table.
26 Le château fort

– Recule-toi maintenant. Allez, recule-toi…
et loin ! insista-t-il.
Martin de la Tour recula, se demandant si le
comte n’avait pas perdu la tête.
Doucement, une main devant les yeux,
Charles Henri avança la brindille enflammée
vers le vase d’étain.
Instantanément, une lueur aveugla les deux
hommes et il s’en suivit un bruit infernal.
Martin porta instinctivement ses mains à la
gorge, quand le nuage gris à l’odeur acre
l’atteignit.
La coupe, pulvérisée par l’explosion, atterrit
sur le sol, ne formant plus qu’une boule d’étain
à moitié calcinée.
Le chef de la garde avala sa salive en étirant
son cou. Mille étincelles brillaient encore dans
ses yeux, quand il balbutia :
– C’est magique !
– Non, ce n’est pas magique, ce n’est que la
réalité, l’avenir. Bientôt, ça remplacera toutes nos
vieilles armes archaïques… te rends-tu compte
de tous les débouchés que peut avoir cette
mixture ? Ou plutôt cette poudre… imagine-toi
un gros tube, une masse de pierre… ou, mieux,
une boule de métal et notre trouvaille. Cinq
cents pas, peut-être six cents pas, parcourraient
les boulets. Le triple, voire quatre fois, la
distance que peuvent franchir les flèches de nos
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