Coeur de Lou

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Depuis qu'il est parti en intervention un matin de printemps, Eva et sa petite sœur Lola attendent avec impatience le retour de leur papa, Ethan. Ce qu'elles ne savent pas, c'est qu'au fond de son cœur, leur maman, Lou Anne garde un lourd secret : leur papa ne reviendra jamais… En effet, il a été victime d'un terrible accident. Mais Lou Anne a bien trop peur de le leur dire, elles sont si jeunes. Et elle a si mal. Pourtant, elle ne se doute pas qu'il est là, quelque part, bien vivant et qu'il l'attend.
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 108
EAN13 : 9782748186383
Nombre de pages : 199
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2 Titre
Cœur de Lou

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Titre
Marjorie Tamisier
Cœur de Lou

Roman
5Éditions Le Manuscrit
























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8638-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748186383 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8639-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748186390 (livre numérique

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8 Cœur de Lou
PROLOGUE
La nuit, paisible, s’est levée sur les collines
dauphinoises. Les enfants sont endormis, les
couples enlacés, et les fêtards cuvent au fond de
leurs lits. A la caserne, les hommes sont
retournés à leurs doux rêves, après avoir aidé
une jeune maman à donner la vie : une des
merveilles de leur métier ! La nuit est plutôt
calme, mais Girard le sait bien, ça ne présage
rien de bon. Depuis plusieurs jours, ils n’ont
enchaîné que des interventions mineures. Il le
sent. Un drame est à l’horizon. Il en a connu
des drames, dans sa carrière. Il en a vu des
tragédies, il en a perdu des hommes pleins de
courage, prêts à sacrifier leur vie pour sauver
celle d’autrui. Des hommes jeunes, trop jeunes
même parfois, qui ne connaissaient alors de la
vie que son insouciance et la fierté d’appartenir
à ce corps de métier. Toujours, il aurait préféré
partir à leur place. Cette année son heure
viendra. Mais lui, plus chanceux, se retirera de
ce monde si particulier qu’est celui des
pompiers par la porte de la retraite. En
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attendant, il faut être raisonnable et reprendre
des forces, juste au cas où… Au cas où, alors
qu’il ferme les yeux et se laisse emporter par le
sommeil, se crée un court-circuit, non loin de
là, dans une importante usine chimique.
10 Cœur de Lou
CHAPITRE PREMIER
Tout est calme dans la maison. Ca faisait des
mois que Lou Anne attendait ce jour où le
temps n’existerait plus, où la vie serait à eux.
Ethan est là, nu, allongé, à ses côtés. Un jeu
d’ombre et de lumière danse sur son corps et le
soleil envoie ses rayons sur sa peau de satin,
comme si sa seule et unique mission était de
l’éclairer. Elle le regarde et le caresse du bout
des doigts. Les muscles de son dos sont
toujours aussi développés que la première fois
où elle les a parcourus. Elle pourrait rester là
des heures à le regarder dormir, lui qui semble
si paisible.
Aujourd’hui, c’est décidé, ils vont s’occuper
de leur couple et de rien d’autre. Rien ne pourra
les en empech’…

– Bip… Bip… ! !

Et voilà j’ai encore parlé trop vite ! ! A
chaque fois c’est la même chose, sauf que là,
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aujourd’hui, c’est notre anniversaire de mariage
et je comptais bien en profiter ! !
Mais non, Ethan se réveille en sursaut, et
comme à chaque fois que ce truc retentit, il
court, comme si sa propre vie en dépendait.

– Je suis désolé mon cœur, me dit-il les yeux
encore tout collés par la nuit et la bouche
pâteuse, je te promets que quand je rentre je
l’éteins et je serai tout à toi !

– C’est pas grave, chéri, je comprends, mais
va doucement sur la route s’il te plait… Je
t’aim’…

Et voilà, il est déjà parti, comme toujours ! Je
le sais pourtant qu’il est rapide comme l’éclair
mais c’est plus fort que moi ! Il faut croire que
j’adore parler toute seule !
Je regarde autour de moi, et le silence règne à
nouveau. Enfin, pas pour très longtemps
puisque cette sonnerie atroce n’a pas manqué
de réveiller Naomie, notre superbe labrador
noir. Ah, mon chien, si je ne t’avais pas, je serai
seule au monde à l’heure qu’il est.

***

La voiture brondit dans l’allée et le bruit
sourd du moteur qui tourne à toute vitesse ne
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fait qu’accentuer la hâte d’Ethan. La caserne
n’est qu’à quelques kilomètres de là mais rien de
tel que la vitesse pour le réveiller. Il se sent déjà
au plein cœur de l’action.
Arrivée à la caserne, la voiture s’arrête d’un
coup de frein à main. Ethan saute hors de son
véhicule, court dans son vestiaire et réapparaît
la seconde d’après, en uniforme. Le tableau
indique un départ en fourgon.

– Allez les gars, on y va !
– Chef, on part pour quoi exactement ?
– Un feu à l’usine chimique du Bugey.

Les portes claquent, les sirènes retentissent et
les voilà partis.

***

Voilà déjà deux heures qu’Ethan s’est envolé.
Il est donc bientôt midi, et je sens que notre
petit déjeuner au lit va se transformer en pique-
nique télé. Je vais dans la cuisine et me prépare
un bon sandwich au poulet que j’avais mijoté
hier soir. Puis j’allume le poste de télévision et
appelle maman pour prendre des nouvelles des
filles.

– Ma chérie, arrête de t’inquiéter, tu avais
promis de ne pas appeler ! Je suis ta mère enfin
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et si j’ai réussi à t’élever, crois moi, j’arriverai
bien à m’occuper de mes petites-filles pour une
journée.
– Je sais, maman, mais tu peux comprendre
qu’elles me manquent, n’est-ce pas ?
– Ethan est encore parti ?
– Oui. Comment as-tu deviné ?
– Ce n’est pas difficile ma chérie, tu devais
passer la journée avec lui à fêter votre
anniversaire de mariage, alors je suppose que
normalement tu n’aurais pas du avoir le temps
de passer ce coup de fil ! Et puis, tu n’as pas vu
la chaîne régionale j’imagine ?
– Non, pourquoi ? Dis-je tout en changeant
de chaîne.

Des flammes et de la fumée apparaissent sur
mon écran avec ces quelques mots qui ne
cessent de défiler : « Incendie à l’usine chimique
du Bugey. Des centaines de pompiers sur les
lieux. » Des centaines, dont mon Ethan
j’imagine. Je sens ma gorge se serrer, il faut que
je respire, je ne pense jamais à respirer dans ces
moments là. Je cherche à tâtons le canapé et
m’assied tant bien que mal. Mon cœur bat la
chamade. Mon dieu faite qu’il ne soit pas là-
dedans s’il vous plaît ! C’est idiot, je sais
éperdument qu’il est dans cette usine que je
regarde brûler à travers mon écran. Comme si je
regardais un film, quelque chose d’irréel.
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– Lou Anne ? Lou ? Tu es là ? Tu m’entends
ma chérie ?
– Oui, oui je suis là. Ecoute maman, je te
rappelle plus tard.

Je ne sais pas depuis combien de temps je
reste là à fixer cet écran, et à écouter cette
femme blatérer les même âneries à chaque
fois. « Il faut admettre que les pompiers font ici
un travail remarquable, Georges, voilà déjà
quatre heures qu’ils tentent sans relâche
d’éteindre ce terrible incendie. » Bien sûre,
Georges qu’ils sont remarquables ces pompiers
puisque mon mari en fait parti !
La sonnerie du téléphone me sort de mes
pensées.

– Lou ? C’est Emma, j’ai vu les infos, je
suppose que ta journée anniversaire de mariage
est tombée à l’eau !
– C’est fou ce que tu es perspicace !

Emma est ma meilleure amie depuis
toujours, et elle sait absolument tout de moi. Et
quand je dis tout, ça comprend également ce
que je suis en train de penser à l’instant.

– Je parie que tu regardes la chaîne régionale
depuis au moins deux heures et que tu maudis
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cette journaliste qui commente les exploits de
ton mari comme si elle vendait un tapis !
– Ah, Emma, tu me connais trop bien !
– Allez, ma vieille, je te laisse une demi-heure
pour aller prendre une bonne douche et
t’habiller. Je viens te chercher, on va aller faire
des emplettes pour que tu sois la plus belle
quand Ethan rentrera ce soir. Ok ?

Après une folle après-midi de retour à
l’adolescence avec Emma, je rentre enfin à la
maison. La porte est encore verrouillée, et
Naomie accourt pour me faire la fête. J’en
déduis donc qu’Ethan n’est toujours pas rentré.
Je pose tous mes paquets à côté du buffet. Non,
je ne prendrais pas cette télécommande, ni le
téléphone d’ailleurs, ça ne ferait qu’inquiéter ma
mère d’avantage.
Je me décide alors pour une bonne douche
bien chaude et laisse couler l’eau sur mon
visage. Tout à coup mes yeux se ferment et
j’entends sa voix au creux de mon oreille.
Il est là, tout près, et ses bras m’enlacent si
tendrement. Malgré son doux parfum, il sent
encore cette odeur de suie et de fumée. Ses
mains sont si puissantes, elles m’ont toujours
impressionnées. Le genre de main qu’on ne
voudrait pas recevoir sur la figure, mais qui
vous rassurent quand elles serrent les vôtres. Et
son corps est toujours si chaud, à moins que ce
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ne soit l’eau, et sa peau semble rester à
température constante. Ce doit être ce feu, ce
foutu feu dans ses veines qui rend cette peau si
chaude. Et cette sonnerie, qui retentit encore
pour me l’enlever alors qu’on vient à peine de
me le rendre.
En fait, ce n’est pas son bip, mais le
téléphone qui sonne. Le retour à la réalité.
Toujours introduit par une sorte d’alarme.
L’alarme de mon cœur. Ce cœur qui s’éteint
alors que l’on m’annonce que mon Ethan a
disparu. Il suffit d’une seconde pour qu’un
monde bascule. Ethan, non, ce n’est pas
possible. Ce n’est pas lui, ils se sont trompés.
Pourtant ce corps calciné devant mes yeux a été
retrouvé portant les tricoises gravées au nom
d’Ethan.

***
Notre maison a toujours été un lieu
reposant . Tout est étonnamment calme et
silencieux en générale, malgré la présence de
deux petites filles plutôt agitées. Quand j’ouvre
la porte, l’atmosphère est toujours aussi sereine
que d’habitude. Il semblerait que nos foutus
meubles n’aient pas remarqué la disparition
soudaine de mon mari, un naufrage dans ma vie
dont l’océan s’efforce à conserver les souvenirs.
Ils sont tous là, comme nous les avons laissés,
comme nous les avons installés le jour où nous
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avons emménagé. Ils attendent quoi ? Qu’il
revienne ? Ils ne comprennent pas ou quoi ?
C’est fini, ce salaud me l’a pris ! Il m’avait
promis qu’il ne se laisserait jamais prendre, à
moi, il me l’avait promis !

A eux, il leur avait dit « je sauve ou je périe ».

Comment a-t-il pu me faire ça, à moi, sa
femme ? A nos filles ? Mon Dieu, les filles. Je
ne peux pas. Je suffoque. Mes filles. Mon mari.
Leur père. Que vais-je faire ? Tout est si sombre
tout à coup et il fait si chaud. De l’air, donnez
moi de l’air.
***

Naomie regarde sa maîtresse d’un air
inquiétée, il semblerait que quelque chose
d’anormal se soit produit dans cette maison de
village pendant que la chienne dormait
tranquillement sous ce soleil radieux. Un drame
dans ce petit bourg si beau et où il fait bon
vivre ? Ce serait bien étonnant. Et pourtant, en
ce si beau jour de printemps, qui s’est levé si
tendrement derrière les collines dauphinoises,
une brume épaisse envahit le ciel, annonçant
une journée chargée en émotion.
J’ouvre les yeux et je remarque que je suis
allongée au milieu du salon. Naomie est assise à
côté de moi et je la soupçonne d’avoir fait ma
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toilette puisque j’ai les joues encore toutes
collantes de bave de chien. Appétissant.
De plus, un petit monstre a élu domicile dans
mon crâne et s’amuse à boxer mes neurones.
Toi, si je t’attrape, tu vas voir !
Je décide alors de me relever et de foncer me
préparer un aspirine. Bon sang, Ethan et moi
avons du boire comme des trous hier soir, j’ai
une sacrée gueule de bois.
Je passe devant le miroir mural de l’entrée, je
fais trois pas en arrière et me regarde à
nouveau, plus longuement. Du sang. Il y a du
sang partout sur ce petit haut fuchsia sexy que
j’avais acheté un jour, en soldes, en vue d’un
dîner au chandelle pendant lequel nous avons
confectionné notre fille cadette, Lola, il y a deux
ans et demi. Je dois dire qu’étant enceinte, il me
faisait une poitrine de déesse.
Mais, il est taché de sang. Que s’est-il passé ?
Mon visage est livide, si je n’arrivais pas à
touché le miroir je pourrai presque croire que je
suis un fantôme.. Mort. Ethan. C’est cela.
Ethan est mort, je suis allée reconnaître le corps
cette nuit, et j’ai paniqué. Il faut que j’annonce à
mes filles qu’elles ne reverront plus jamais leur
papa, il y a de quoi paniqué, non ? J’ai sans
doute du perdre connaissance et le sang sur
mon superbe haut en soldes semble provenir de
mes narines. Voilà que ça me reprend. Je sens la
panique remonter en moi. Que vais-je devenir ?
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