Comment rencontrer l'amour à paris

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Émilie, jeune citadine pas vraiment branchée et légèrement dégoûtée de l'amour, apprend du jour au lendemain qu'elle va devoir réaliser une nouvelle chronique sur les rencontres amoureuse à Paris pour le magazine «Paris et Vous». Soutenue par sa meilleure amie, Émilie va sortir de son nid douillet et courir à travers toute la capitale à la recherche du sujet parfait. Elle devra également faire face à sa nouvelle rédactrice en chef, Miss perfection et à un charmant étranger rencontré près d'un rayon de crevettes. Heureusement, les macarons au chocolat et les vitrines de chaussures de rêve sont là pour la réconforter.
Publié le : lundi 20 juin 2011
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EAN13 : 9782304024142
Nombre de pages : 259
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2 Titre
Comment rencontrer
l'amour à Paris

3Titre
Claire Dûsolier
Comment rencontrer
l'amour à Paris

Roman
5Éditions Le Manuscrit





















Illustration de couverture : © Claire Dûsolier

© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02414-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304024142 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02415-9 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304024159 (livre numérique)

6 .






« Écoute ton cœur et demain, le soleil brillera tou-
jours, même si ton cœur à l’âme en peine, il faut y croire
quand même, le rêve d’une vie c’est l’amour. »

Walt Disney
.
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REMERCIEMENTS
Merci à Alix pour son inconditionnel soutien,
son écoute et sa précieuse aide à l’accom-
plissement de ce projet.
Merci à Marc pour ses nombreux encoura-
gements et son amour.
Merci à mon père qui m’a transmis le goût de
l’écriture.
Merci à tous mes correcteurs et correctrices
qui m’ont offert leur temps et leurs critiques
constructives.
Merci aux Éditions Le Manuscrit qui m’ont
offert la merveilleuse opportunité d’être éditée
et de concrétiser ce projet qui me tient tant à
cœur.
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1
– Mais c’est pas vrai ! ! C’est pas vrai ! !
C’est la seule phrase qui sort de ma bouche
depuis plus d’une heure.
– Calme toi Émilie, me lance doucement
Anne-So. Au moins, tu gardes ton boulot.
Énervée, je me relève du fond du canapé où
je gis depuis des heures.
– Mais tu trouves pas ça dingue toi ?
– Ok, stop, on arrête tout. Je vais nous cher-
cher un niak et, à mon retour, tu me racontes
tout cela en détail.
La mission secours est lancée. Cela doit être
la première fois qu’elle n’est pas organisée pour
soulager un cœur brisé par un homme.
Je me « réétale » de tout mon long sur le ca-
napé, la tête plongée dans le coussin. Anne-So
attrape au vol son manteau et ses puma puis
descend quatre à quatre les escaliers. Qu’est ce
que je ferais sans ma meilleure amie ! ! !
Elle est toujours là pour me remonter le mo-
ral. Je l’ai rencontrée en première année de fac
et, lorsque je me suis retrouvée seule à Paris,
11 Claire Dûsolier
nous avons décidé d’emménager dans un petit
appart sous les combles dans le quartier du jar-
din du Luxembourg.
A la fin de mon DEA d’histoire de l’art, mes
parents ont choisi de quitter la France afin de
s’installer au Québec. C’était leur rêve depuis
longtemps. Moi, j’ai préféré rester dans une ville
où la neige est une chose rarissime qui bloque
toute la populasse pendant des jours. C’est as-
sez rigolo. Et puis tous mes amis et ma sœur
habitent Paris. Je ne me voyais pas quitter ce
lieu où j’ai vécu toute mon enfance.
Avec Anne-So nous avons donc épluché les
petites annonces sans, hélas, trouver un loyer
digne de nos maigres deniers.
La chance nous a alors sourit. Un malheur
pour un bonheur ; la grand-mère de ma meil-
leure amie a du se rendre dans une maison de
retraite. Elle nous a laissé son trois pièces sous
combles pour un loyer totalement dérisoire
dans ce quartier si agréable du Paris rive gauche.
C’est un de ceux que j’aime le plus. Le jardin du
Luxembourg, les vieilles pierres de la Sorbonne,
les bouquinistes et les restaus qui nous font
changer de pays tous les soirs. Cela fait mainte-
nant quatre ans que nous « colocatisons » en-
semble.
Après ses études d’histoire de l’art, Anne-So
s’est reconvertie dans la décoration d’intérieur.
Elle a donc décrété devoir se faire la main sur
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notre nouveau Q.G.et a décidé d’y entamer de
grands travaux. Il est vrai que le papier peint
imprimé était horriblement affreux. Quant à
l’état du parquet, n’en parlons pas : il était tel-
lement rayé qu’on aurait pu penser qu’un tigre
habitait à demeure !
Qu’est ce que nous nous sommes amusées à
décorer cet appart ! Nous avons fouiné par-
tout : de Saint-Germain jusqu’aux puces ! ! Nos
cheveux et nos oreilles ont été maculés de pein-
tures pendant plusieurs jours et, les premières
nuits, nous dormions dans des sacs de couchage
près d’une vieille ponceuse. Nous l’avions louée
pour le week-end et nous ne sommes parvenues
à comprendre son fonctionnement que le di-
manche soir.
Cet endroit vieillot est devenu notre petit nid
et selon les dires d’Anne-So le « summum du
design contemporain parisien ».
La pièce principale est décorée dans des tons
chauds et meublée de meubles bruts en bois
sombres. Nos chambres qui l’encadrent sont
plus décalées. La mienne est violette et verte
avec un lit en fer forgé et sa moustiquaire. Un
vrai lit de princesse ! Celle de ma coloc est très
zen avec un grand futon qui prend presque
toute la pièce. Sa porte butte dessus lorsqu’elle
s’ouvre. Mais son achat était vraiment une af-
faire : 75€ pour le tout. Vive les petites annon-
ces de la faculté ! Il appartenait à une étudiante
13 Claire Dûsolier
qui retournait en Chine. Elle ne pouvait donc
pas emporter cette énorme pièce molletonnée.
Je me sens tellement bien dans cet appart.
C’est mon refuge et, en prime, avec ma meil-
leure amie pour me remonter le moral lorsque
cela ne va pas fort. C’est l’endroit où je me sens
le mieux. C’est d’ailleurs elle qui a inventé le
concept du « niak » : le repas chinois le plus ca-
lorique qui soit, à base de poulet aux amandes,
de riz cantonnais et d’un énorme pot de glace
vanille noix de pécan. Je vous l’accorde, le des-
sert n’a plus grand-chose d’asiatique.
En ce moment, il n’y a pas une semaine sans
que nous nous rendions chez le traiteur au bas
de la rue. A chaque fois que nous passons sa
porte, il nous accueille d’un grand sourire et
nous prépare notre commande habituelle. Le
plus souvent, c’est Anne-So qui en a besoin.
Elle tombe toujours sur des mecs galères et ses
amours sont à marquer dans le guide des re-
cords des histoires foireuses. Mais là, il me fau-
dra bien plus qu’un « niak » pour me faire re-
monter la pente. C’est pas vrai ! !

Cinq minutes plus tard, (le record est battu),
Anne-So revient et l’appartement a vite fait
d’embaumer dans tous les recoins. Elle sort
deux bols, y déverse riz et poulet, ouvre deux
cannettes de jus de mangue et dépose le tout à
14 Comment rencontrer l’amour à Paris
côté des baguettes sur un plateau qu’elle ap-
porte sur la table basse du salon.
Cette pièce étant relativement petite, nous
avons décidé de ne pas mettre de coin salle à
manger. Nous prenons tous nos repas sur cette
table, assises sur des gros coussins ou vautrées
dans le canapé ou dans des fauteuils moelleux
dénichés chez un antiquaire du deuxième ar-
rondissement. La cuisine a bien une table mais
elle ne nous sert qu’à entasser nos sacs lorsque
nous rentrons.
Ainsi parée Anne-So entame son dîner.
– Alors, me demande-t-elle, raconte moi tout
en détails.
– Bon, ben tu sais que j’avais rendez-vous
avec Christine (c’est la directrice de rédaction
du journal dans lequel je travaille depuis près de
trois ans et demi : Paris et Vous). Elle com-
mence à me mettre dans l’ambiance.
« Ma chérie (elle appelle tout le monde
comme cela et cela m’agace légèrement), tu sais
que notre journal traverse une période difficile.
Face aux journaux gratuits qui se sont dévelop-
pés ces derniers temps, notre tirage a diminué
de 25 %. Il nous faut réagir ».
– J’avais tellement les chocottes de me faire
virer que j’ai à peine écouté ce qu’elle m’a ra-
contée. C’était un truc du genre :
« Il faut redynamiser le produit… Le rendre
plus jeune… L’intégrer dans les nouvelles atten-
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tes des parisiennes : la mode, les sorties bran-
chées et la recherche de l’âme sœur ».
– Elle a vraiment dit cela ? s’esclaffe ma co-
loc morte de rire.
– Eh oui, ai- je acquiescé, tu entends bien
l’âme sœur. J’ai failli dégringoler de ma chaise.
Je crois que je n’ai pas entendu cette expression
edepuis l’étude de Roméo et Juliette en 5 . Bref,
Christine a continué et m’a déclaré que les criti-
ques d’expositions ne feraient plus partie du
nouveau Paris et Vous.
« Les musées ne sont fréquentés que par les
vieux, ma chérie, ou à la rigueur, les familles ».
– Alors là, j’ai vraiment cru que j’allais y pas-
ser, le viré m’a sonné très fort à l’oreille. Mais
j’ai compris que quelque chose d’encore plus
horrible allait m’arriver, quand elle a poursuivi :
Ma chérie, tu va désormais nous écrire des arti-
cles en faisant un mixte des sorties branchées
parisiennes et de la recherche de l’âme sœur
(encore la fameuse expression).
– A cet instant, j’étais entre le Merci mon
Dieu je suis pas virée et le au secours qu’est ce
qu’elle me raconte ? . Pour te résumer, elle veut
que j’écrive sur les façons de rencontrer l’âme
sœur à Paris. Tu y crois, toi ? Moi qui suis tou-
jours la dernière à vouloir sortir et la première à
rentrer quand c’est le cas ! Et ne parlons pas de
mes histoires d’amour. Est-ce qu’elle sait qu’à
27 ans je n’ai eu que deux copains sérieux et
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que je les ai rencontrés au Lycée et à la fac ?
Est-ce qu’elle m’a demandé pourquoi je ne sor-
tais plus avec personne depuis un an parce que
le deuxième en question m’a plaquée deux mois
avant notre mariage ? En gros, elle me demande
d’écrire et de m’intéresser à ce qui me corres-
pond le moins au monde. Je ne comprends pas,
Anne-So. Est-ce que l’on me connaît si mal ?
Elle sait pourtant bien ce qui m’est arrivé il y a
un an avec Philippe. Pendant des mois elle me
regardait avec son petit sourire compatissant,
style cocker battu. Je l’entends encore : Ma ché-
rie, ne t’inquiète pas, tu finiras par trouver un
petit mari, mais ne prend pas mon JJ. Son JJ
(Jean-Jacques), elle peut se le garder, c’est son
mari ET le patron du journal. Pas besoin de
vous faire un dessin ! !
Le truc qu’elle n’a pas compris c’est que je ne
veux pas d’un « petit mari ». Je suis une mariée
moins deux mois et cela m’a dégoûtée de
l’engagement ad vitam æternam et, accessoire-
ment, des mecs.
J’adore mon boulot actuel : visiter des expos,
des galeries et donner MON avis sur l’art, la
muséographie.
J’ai vraiment eu un sacré coup de bol de
trouver un boulot pareil à 24 ans. Sans grande
expérience, JJ m’a donné ma chance au lance-
ment de son journal. Il faut dire, qu’au début,
17 Claire Dûsolier
cela l’a bien arrangé, pour me payer le mini-
mum.
Mais bon, c’est génial de passer mes journées
dans des musées ou au nid. C’est ça le concept
du journal : chaque journaliste travail à domi-
cile. Cela évite de payer le loyer d’un bureau.
Tous les quinze jours, je rencontre Christine (le
journal est bimensuel) afin de rendre mes pa-
piers et d’entendre ses commentaires toujours
assez drôles et pas du tout construits. Elle râle
pour la forme et pour montrer sa place de res-
ponsable mais elle ne modifie jamais rien. Paris
et Vous se vendait assez bien et a su se faire sa
place dans la capitale. Il faut dire qu’avant
20 minutes et Métro il était le seul à parler uni-
quement de Paris. Mais voilà qu’est arrivé Elle à
Paris et nos deux fameux conquérants. Il fallait
réagir, certes, mais pourquoi comme ça ! !
– Ce n’est pas possible, ai-je hurlé. C’est pas
vrai !
Anne-So me sort de ma panique : -Respire
Émilie. Te rends-tu compte que tu as toujours
un boulot ? Cela fait des semaines que tu te
morfonds en te répétant à longueur de journée
que tu vas avoir droit à l’ANPE. Et puis c’est
une nouvelle rubrique tu vas pouvoir la créer de
toute pièce, y mettre ton grain de sel !
– Je t’arrête tout de suite là parce qu’il y a un
petit détail dont je ne t’ai pas encore parlé. Le
journal a embauché une certaine Carolyn (il faut
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bien accentuer le yne selon Christine car c’est
comme cela qu’elle préfère et que cela se pro-
nonce aux States). Carolyyyn, donc, est, (tou-
jours selon Christine) LA spécialiste de la pari-
sienne. Le plus ironique c’est qu’elle a vécu ces
trois dernières années à New York, mais cet in-
fime détail ne semble nullement gêner Chris-
tine. Bref, cette chère Carolyn est sa nouvelle
assistante. En fait je crois qu’elle va faire tout le
boulot et que Christine va pouvoir se la couler
douce. C’est elle qui va me donner mes nouvel-
les orientations d’écritures. Je la rencontre de-
main et je m’attends au pire. Ce n’est pas vrai,
j’y connais rien aux rencontres amoureuses,
moi.
Je m’écroule dans mon oreiller.
Anne-So passe son bras autour de mon cou
et me chuchote que tout va bien aller et que je
vais m’en sortir sans problème parce que je suis
une battante.
A ce mot une phrase du génie d’Aladdin me
sonne aux oreilles :
« Est-ce que mes oreilles fonctionnent
bien ? »
Une battante ! Alors là je ne crois pas. Je me
décourage pour un rien. Anne-So le sait, pour-
tant. Pourquoi est-ce qu’elle me dit ça ? C’est
pas vrai !
– Je ne suis douée que pour une seule chose.
Parler d’art, et encore…
19 Claire Dûsolier
– Tu peux toujours démissionner, non ?
– Et pour faire quoi ? Tu en as d’autres, des
idées comme celle là ! Pardon, mais je suis sur
les nerfs. Ce ne serait pas une bonne idée sans
avoir quoi que ce soit en vue derrière.
– Tu verras bien demain avec ton entrevue.
Peut être que les explications de cette Carolyn
seront plus claires et ça te plaira alors sûrement
plus.
– Franchement j’ai peur que cela soit pire.
– Tu y vas quand même ?
– Il faut bien. Je crois que je vais aller me
sonner devant Sex and the City. Après tout,
Carrie écrit sur les hommes, c’est la moitié de
mon nouveau sujet.
Anne-So me sourit.
– Vas-y, je vais ranger. Prends le pot de
glace. Tu en as plus besoin que moi.
20 Comment rencontrer l’amour à Paris
2
Le lendemain, je me présente à 10 heures
chez Christine et là, la journée commence,
comment dire, très mal. Ma chère chef
m’accueille en robe de chambre rose bonbon,
un masque verdâtre sur le visage. Et dire que je
croyais que ce genre d’accoutrement n’existait
que dans les cartoons !
– Et bien ma chérie, que fais-tu là ? Me de-
mande-t-elle d’un regard étonné et visiblement
agacé de la déranger.
Légèrement désarçonnée, je lui rétorque :
– Je viens pour mon entretien avec Carolyn.
Je commence à m’interroger en me disant
que quelque chose m’a peut-être échappé.
– Carolyn ? Mais elle est à son bureau ! !
– Au bureau ? Quel bureau ? ?
Et là j’ai dû la regarder avec un air tellement
stupéfait et, sûrement complètement stupide,
qu’elle est rentrée chez elle me chercher une pe-
tite carte de visite rose estampillée Carolyn,
coaching en entreprise. 2, rue Marbeuf.
Rue Marbeuf ?
21 Claire Dûsolier
C’est à l’autre bout de Paris ! ! Je respire un
grand coup et me lance dans un marathon per-
du d’avance.

Imaginez ma tête rouge et pleine de sueur en
arrivant au quatrième étage (l’ascenseur est bien
sûr en réfection) d’un immeuble coincé au fin
fond d’une cour que j’ai mis dix minutes à déni-
cher. C’est LE quartier chic de Paris et tout le
bureau de Carolyn en porte la marque : moulu-
res au plafonds, parquet, murs crème, meubles
design…
La secrétaire est, elle aussi, incluse dans ce
décor : tailleur sur mesure, chignon d’où aucun
millimètre de cheveux ne dépasse et des lunet-
tes Chanel dernière génération.
– Je m’appelle Julie. Je suis la personal assis-
tant de mademoiselle.
Jolie expression pour désigner une secrétaire.
– Elle vous attend depuis quarante-cinq mi-
nutes. Normalement, au-delà de trois (vous
avez bien enttendu : trois minutes ! !) elle an-
nule le rendez-vous, mais votre magazine a tel-
lement besoin de ses services qu’elle a consenti
à bousculer son emploi du temps pour vous et à
ne pas tenir compte de votre manque de ri-
gueur. Sachez que c’est une mesure exception-
nelle. J’espère que vous apprécierez cette mar-
que d’estime et qu’à l’avenir cela ne se reprodui-
ra pas.
22 Comment rencontrer l’amour à Paris
Ce « vous » est accompagné d’un regard dé-
daigneux me détaillant scrupuleusement de haut
en bas. J’ai l’impression de me trouver face à
une prof ou pire : Miranda Priestly dans Le
Diable s’habille en Parda.
– C’est que en fait… je reprend mon souffle,
je n’avais pas… l’adresse et…
Mademoiselle la personal assistant n’a stric-
tement rien à foutre de mes explications. Elle
me tourne le dos pour rejoindre son bureau.
– Ne faites pas davantage attendre mademoi-
selle. Sa journée est ultra chargée et monsieur
vient la chercher à 19 h précises.
Ok, bravo elle a réussi à m’enlever la petite
goutte de confiance que je conservais.
Je me sens déjà très mal à l’aise devant la
porte du bureau de ma nouvelle patronne mais
lorsque j’y entre j’ai vraiment envie de sortir en-
core plus vite que je ne suis arrivée. Toute est
aménagé avec tant de goût et de classe et que
dire de Carolyn ! ! Je lance mentalement un
match vestimentaire dont je me vois très très
vite la grande perdante par KO : Jean distendu
contre jean parfaitement ajusté sur des jambes
longues et fines. Baskets made in Promod
contre chaussures pointues avec petite bride et
talon de 8,4 centimètres. Coupe-vent contre
veste noire ajustée avec de fines bordures blan-
ches. Cou nu contre collier papillon baccarat.
Queue de cheval en bataille contre cheveux par-
23 Claire Dûsolier
faitement lissés, rebiqués légèrement aux poin-
tes, dégradé léger et balayage. Pour finir, blonde
contre brune et 1 m72 (enfin je triche c’est plu-
tôt 1 m69) contre 1 m85 (sans talons).
C’est Miss Perfection ! Tous les petits détails
sont là pour le prouver.
C’est à cet instant, précisément à celui là, que
je souhaite très fort qu’elle soit hautaine et exé-
crable, c’est la seule chose qui pourrait me faire
remonter dans ma propre estime. Mais non, ça
aurait été trop beau.
Elle s’avance vers moi d’une démarche gra-
cieuse et légère (mais comment fait-elle pour
marcher sur ces aiguilles ?), me tend sa main et
m’offre son plus beau sourire :
– Émilie, c’est bien cela ?
– Oui oui.
Elle m’invite à m’asseoir et j’en profite alors
pour bredouiller quelques excuses :
– Christine ne m’a pas précisé que votre bu-
reau n’était pas le sien, enfin…
Mais qu’est ce que je raconte ?
Carolyn me fixe toujours avec son sourire de
bienvenue et me sort de là :
– Ne vous inquiétez pas, je sais que
l’immeuble n’est pas évident à trouver.
Elle ne pourrait pas m’engueuler ou insinuer
au moins que je ne sais pas lire une carte ? Et
bien non, elle continue ses gentillesses en
24 Comment rencontrer l’amour à Paris
m’offrant un café et une lingette pour « me re-
mettre ».
Une lingette ?
Me remettre ?
J’en suis far far away comme dirait monsieur
Lucas. Et le far far away est de plus en plus far
lorsqu’elle commence à m’expliquer, son curri-
culum et ce que Paris et Vous attend d’elle.
Miss Perfection a 28 ans et possède autant
d’expériences que ma grand-mère. Elle
m’annonce qu’elle a signé pour ce poste car le
challenge de sauver le journal lui est apparu « so
amazing ».
Parce qu’en plus elle a le loisir de choisir son
job ?
Elle doit faire devenir Paris et Vous « in »
parce que, apparemment, il est « down ».
Après dix minutes d’un réquisitoire mêlé
d’un parfait vocabulaire et d’une exquise syn-
taxe, elle en vient au fait : mon nouveau job ou
plutôt, pour reprendre son expression, ma nou-
velle chronique. Là, j’ai envie de lui lancer que
j’écris des articles, mais je n’ose ouvrir la bou-
che tant je me demande où je suis tombée et ce
que je vais bien pouvoir devenir.
Miss Perfection m’explique donc que ma
chronique sera « le mode d’emploi de la survie
amoureuse dans la jungle urbaine parisienne ».
– C’est complètement in, m’explique t-elle.
C’est exactement ce qu’attend la parisienne
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