Confessions d'une radine

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Je suis radine mais j'aimerais ne pas l'être. La première victime de ma radinerie, c'est moi.
En effet je crois que vivre c'est dépenser, jouir, donner sans compter. Surtout, ne pas compter.
Je peux me mettre en colère contre moi. Je peux réagir contre. Il n'en reste pas moins : mon premier instinct, c'est d'être radine.
Je finirai comme grand-maman : invitant les autres, donnant, payant avec mon fric laborieusement économisé. Je serai la femme-qui-paie-plus-vite-que-son-ombre mais je resterai la radine : celle qui calcule.
Parfois je me demande si c'est par radinerie aussi que j'écris. Pour que rien ne se perde. Pour recycler, rentabiliser tout ce qui m'arrive. Pour amasser mon passé, le constituer en réserve sonnante et trébuchante. Pour y entrer comme dans une salle au trésor et contempler mes pièces d'or. Pour investir et faire fructifier mon capital de sensations et de douleurs.
Catherine Cusset.
Publié le : mardi 26 avril 2011
Lecture(s) : 84
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072446719
Nombre de pages : 146
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C O L L E C T I O NF O L I O
Catherine Cusset
Confessions d’une radine
Gallimard
© Éditions Gallimard, 2003.
Catherine Cusset est née à Paris en 1963 et vit à New York. Elle a publié huit romans dontÀ vous, Jouir, En toute inno cence, Le problème avec Jane, Grand Prix littéraire des lectrices d’Elle 2000,La haine de la famille,Confessions d’une radineetAmours transversales.
À Vlad, à Pierre (l’homo magnanimus), à Josette, à mes frères, ma sœur, mon père et ma mère, Mylène, Jean-Christophe et Romy.
Bloch père, pour se montrer royal jusqu’au bout envers les deux «labadens» de son fils, donna l’ordre d’apporter du champagne et annonça négligemment que, pour nous «réga-ler », il avait fait prendre trois fauteuils pour la représentation qu’une troupe d’opéra-comique donnait le soir même au Casino. Il regrettait de n’avoir pu avoir de loge. Elles étaient toutes prises. D’ailleurs il les avait souvent expérimentées, on était mieux à l’orchestre. Seulement, si le défaut de son fils, c’est-à-dire ce que son fils croyait invi-sible aux autres, était la grossièreté, celui du père était l’avarice. Aussi, c’est dans une carafe qu’il fit servir sous le nom de champagne un petit vin mousseux et sous celui de fauteuils d’orchestre il avait fait prendre des parterres qui coûtaient moitié moins, miraculeusement persuadé par l’intervention divine de son défaut que ni à table, ni au théâtre (où toutes les loges étaient vides) on ne s’apercevrait de la différence. M A R C E LP R O U S T
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