Contes barbares

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Catherine Killarney adore l'histoire , nous le savions grâce à son roman "Mary Stuart". Mais elle adore aussi un tout autre univers : le fantastique, le mystérieux, le terrifiant, et tout ce qui renvoie à l'ambivalence de l'homme, sans cesse partagé entre le Bien et le Mal. Mais elle parvient à y ajouter de petites touches d'humour qui font rire le lecteur, au milieu des pires horreurs. Découvrez ces nouvelles, des histoires de vengeance, de frustration, de possession... de tant de chagrins secrets.
Publié le : mardi 6 novembre 2007
Lecture(s) : 109
EAN13 : 9782748192209
Nombre de pages : 369
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Titre
Contes barbares
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Titre Catherine Killarney
Contes barbares
Nouvelles
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9220-6 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748192209 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9221-4 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748192216 (livre numérique)
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Vengeance
VENGEANCE
Marcel avait toujours été un employé modèle, sérieux, travailleur, discret. Jamais de résistance ou de rébellion. Des heures supplémentaires non payées sans rechigner. Respectueux avec ses supérieurs, bon camarade. Quoi de plus normal pour lui qui avait été autrefois un enfant sage et studieux, puis un mari attentionné et loyal. Un type tranquille, sans ambitions démesurées, quelqu’un de modeste, presque transparent. Quelqu’un qui avait toujours vécu en bonne amitié avec tous ses congénères, sans se méfier, croyant que la gentillesse naturelle qui l’habitait imprégnait également le cœur des autres. Jusqu’à ce que les femmes aient réussi à lui reprendre petit à petit tout ce qu’il avait cru posséder, y compris son âme. Tout ou presque. Il lui restait encore sa vie… Et aujourd’hui encore, malgré la faim qui le tenaillait, le froid implacable, la nuit, la solitude et la peur, il était toujours là ; elles n’avaient pas réussi à l’écraser tout à fait et ce minuscule sentiment d’existence lui procurait toujours une
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Contes barbares
petite étincelle de joie, comme une infime provocation, comme s’il les narguait et les défiait de venir achever leur ouvrage : « Allez-y, allez-y, frappez moi donc, encore et encore… Jusqu’où irez-vous ? ». Oseraient-elles lui porter la dernière salve ? Même pas. Elles se contentaient de voir sa déchéance, et peut-être était-ce d’ailleurs là le comble de leur cruauté. Mais il ne souhaitait pas que la mort vienne adoucir ses souffrances, la seule dignité qui lui restait, c’était de ne pas mettre fin lui-même à son cauchemar. Qu’elles aillent jusqu’au bout si elles voulaient, qu’elles viennent lui porter le dernier coup, mais lui, il n’abandonnerait pas, et malgré l’envie qui lui prenait quelquefois de plonger dans les remous sales du grand fleuve glacé, il s’asseyait au bord du quai, respirait à fond et il sentait soudain une petite chaleur monter dans ses veines, qui attisait sa colère et ranimait sa haine. Le matin, quand il se réveillait, ses idées étaient le plus souvent embrumées par l’alcool qu’il consommait en grandes quantités, surtout le soir, pour tenter d’oublier que la nuit était si terrifiante, et que le sommeil ne viendrait pas vite sous les pierres froides des porches. Dormait-il une heure, deux heures ? Il n’aurait su le dire. Et il s’en fichait. Seule comptait la petite chaleur qui le maintenait en vie.
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