Contes de Thanatos

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Qu'elle soit violente et brutale, lente et agonique, la mort nous angoisse et nous fascine tout à la fois. Les perspectives qu'elle présente sont presque infinies et elle offre ainsi à l'écrivain une large palette de possibilités. Pour son premier recueil de nouvelles, Marc Arpin a choisi de décliner la grande faucheuse suivant sept perspectives très différentes. À travers le regard et la réaction des proches de la personne décédée ou sur le point de mourir, les tribulations d'un livre très ancien au lourd passé retrouvé par hasard en Argentine, l'imminence de la fin du monde telle que perçue par les gouvernants ou la population, et la mort pour gagner sa vie. En filigrane, la nature humaine qui, elle, ne meurt jamais.
Publié le : mercredi 20 janvier 2016
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342047240
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342047240
Nombre de pages : 118
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Marc Arpin CONTES DE THANATOS
Mon Petit Éditeur
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L’astrologue
Comme tous les dimanches après-midi depuis huit ans, Luís Ignacio Romero Sánchez faisait ce jour-là la tournée des librai-ries de livres usagées de l’avenue Corrientes lorsque son attention fut attirée par ce livre. Depuis qu’il écumait les étals, semaine après semaine, jamais il n’avait vu une œuvre aussi étrange. La monographie, écrite à la main d’une calligraphie fine et surannée, sur du papier très épais et de toute évidence très ancien, était recouverte d’une grossière reliure en cuir marron dont les bordures montraient l’usure résultant d’une utilisation intensive. Luís Ignacio ne le savait pas encore mais il venait de mettre la main sur l’un des rares exemplaires encore existant du Tractatus Astrologicus. Luca Gaurico, le plus éminent astrologue de la première e moitié du XVI siècle, publia sonTractatus AstrologicusVenise à en 1552. La renommée de Gaurico était alors déjà très grande après qu’il eut prédit l’accession à la papauté de Giovanni de Medici, qui devint pape sous le nom de Léon X, et d’Alessandro Farnese, qui s’assit sur le trône de Saint-Pierre en tant que Paul III et qui fit de Luca Gaurico son astrologue non officiel et son protégé, allant même jusqu’à le nommer deux fois évêque. Ironiquement, on raconte que Gaurico prédit avec pré-cision la date du décès de son protecteur, lequel rendit l’âme le 20 novembre 1549. Quoi qu’il en fût, l’année de la publication duTractatus, Gaurico effectua, à la requête de Catherine de Mé-dicis une prédiction qui allait s’avérer remarquablement exacte
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et qui allait faire de lui une référence au sein des astrologues de er son temps. Le 1 juillet 1559, au cours d’un tournoi pour célé-brer la paix du Cateau-Cambrésis avec l’Espagne et le mariage de sa fille Élizabeth de Valois au roi Philippe II d’Espagne, Henri II, roi de France depuis 1547, est grièvement blessé à l’œil par un éclat de la lance de Gabriel Montgomery, capitaine de sa garde écossaise. Il meurt le 10 juillet malgré les efforts du chirurgien royal Ambroise Paré. Luca Gaurico avait prédit avec précision la date et les circonstances de l’accident qui allait éventuellement emporter le roi Henri II de France. Il décrivit également la blessure que le roi allait subir. On rapporte qu’il aurait même communiqué avec le souverain afin de le dissuader de participer à des tournois en terrain fermé comme cela était courant à l’époque. Henri II aurait fait la sourde oreille aux avertissements de l’astrologue, avec les résultats que l’on sait. Constitué de six volumes leTractatus Astrologicuscontenait les cartes du ciel de personnalités importantes telles que papes et cardinaux, rois et nobles, savants, musiciens et artistes de son époque. En se basant sur une étude systématique des cartes du ciel et en comparant ses observations à la vie de la personne en question, il prédisait le résultat de leur vie et de leur carrière. Le document démontre également que Gaurico tenta d’établir la date exacte de la naissance du Christ. LeTractatuscontenait aus-si les plans de fondation de plusieurs édifices et villes et il n’était pas rare qu’on le consultât au moment de poser la pierre angu-laire d’un édifice important. Au moment de la publication duTractatus Astrologicus, Gia-como Cagliaro commençait à s’intéresser aux sciences divinatoires et en particulier à l’astrologie. Médecin et botaniste génois, Cagliaro avait obtenu copie des premiers almanachs populaires de Nostradamus, par l’intermédiaire d’un ami alchi-miste milanais. Peu de temps après la mort d’Henri II en 1559, laquelle comme nous le savons déjà avait été prédite avec
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grande exactitude par Luca Gaurico, il se mit en tête de mettre la main sur leTractatus avec l’espoir de connaître les méthodes du grand astrologue. Giacomo Cagliaro savait que Nostradamus avait également prédit la mort accidentelle d’Henri II, dans le style plus sibyllin et énigmatique qui le caractérisait déjà, et sou-haitait ardemment connaître les bases sur lesquelles Gaurico s’appuyait dans ses prédictions. Possédant une formation scien-tifique, Cagliaro était persuadé que les prédictions pouvaient se faire à l’aide d’éléments rationnels et non pas comme des révé-lations faites à l’intention de quelques initiés seulement. Le Tractatus Astrologicusvenait appuyer sa thèse et il lui en fallait une copie. Dès son arrivée à Venise, il se mit en frais de trouver l’éditeur de l’objet de ses ambitions. Destinée à une clientèle de puissants et fortunés, et pour le plus grand malheur de Giaco-mo Cagliaro, l’œuvre maîtresse de Luca Gaurico ne fut publiée qu’à un tirage très limité. Ayant été recopiée entièrement à la main, son prix était purement exorbitant pour un roturier comme l’était Giacomo Cagliaro, qui dut rapidement se rendre à l’évidence qu’il ne pourrait jamais en faire l’acquisition par des moyens conventionnels. Après qu’il eut posé son regard sur l’une des rares copies duTractatusdurant sa visite chez l’éditeur Biondi, Cagliaro devint progressivement obsédé par le monu-mental ouvrage et n’eut de cesse de s’en emparer. Il résolut de s’installer dans une auberge donnant sur la petite place où l’éditeur avait pignon sur rue et d’où il pouvait aisément obser-ver ses allées et venues. Après quelques semaines d’une observation assidue depuis la fenêtre de sa chambre il en vint à la conclusion que Biondi suivait une routine stricte dont il sem-blait ne jamais déroger. Son unique assistant quittait la boutique aux alentours de 19 h 30 et Biondi sortait toujours en dernier vers 20 h 30 alors qu’il fermait les volets et verrouillait la porte. Cagliaro conclut que la meilleure façon de subtiliser leTractatus
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serait de pénétrer dans la boutique avant que Maître Biondi ait eu le temps de fermer la porte à clé. Il s’agissait donc simple-ment de pénétrer dans la boutique au moment de la fermeture alors que l’éditeur se trouvait fin seul. Cagliaro étant dans la force de l’âge, il lui serait relativement facile de neutraliser un vieillard. Le matin du jour choisi pour passer à l’action, il prépara ses valises mais en laissa une vide afin d’y ranger les volumes qu’il se préparait à dérober et brûla dans la cheminée les vêtements dont il devait se défaire pour leur faire place. Il prit les arrange-ments pour un transport parcarrozzaen fin de soirée et attendit patiemment que passe la journée. Malgré l’obscurité, Cagliaro vit l’assistant quitter la boutique à 19 h 30 tel qu’il le faisait chaque jour. Tout se déroulait normalement. Vers 20 h 15, il enfila son manteau, sortit de l’auberge et traversa en diagonale la piazza qui, en cette froide soirée de janvier était tout à fait déserte. Bien qu’il eût fait nuit noire et que le seul éclairage eut été la lumière ténue en provenance de l’intérieur des maisons, Cagliaro n’eut aucun mal à s’orienter vers la boutique de l’éditeur, dont il connaissait la position par cœur, comme si après des semaines d’observation attentive celle-ci eut été gra-vée dans son subconscient. Une fois arrivé à l’entrée il releva son capuchon et, sans hésiter un seul instant, pénétra dans la boutique après avoir pris soin de refermer la porte derrière lui. Maître Biondi, qui était en train de fermer les volets, leva les yeux vers le visiteur. — Vous arrivez bien tard messire. Je m’apprêtais à fermer. Je vous saurais gré de revenir demain. Cagliaro, dont le plan d’action était clairement établi, mit la main dans la poche de son manteau afin d’en extraire le mou-choir avec lequel il avait l’intention de bâillonner l’éditeur et se précipita vers le vieil homme. Saisissant Maître Biondi d’un seul bras, Giacomo Cagliaro voulut lui appliquer le bâillon, question
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