Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 5,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Copycat

De
0 page

Dans les rues sombres de Philadelphie, un prédateur rôde, chassant et tuant. Alors que ses victimes refont surface l'une après l'autre et que les cadavres s'entassent, la police est soulagée de voir arriver une équipe d'agents du FBI. Mais pour l'un d'eux, cette affaire de meurtres en série cessera rapidement de n'être qu'une enquête parmi d'autres.

Les crimes perpétrés qui passent pour l'hommage d'un admirateur de Jeffrey Dhamer, dissimulent pourtant leur vérité propre, et chacun est un pas qui rapproche le tueur de son objectif.

Il est des rencontres qui peuvent changer le cours d'une vie. Irrémédiablement, en un instant fugace, un rien suffit à briser... Ou à guérir.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Le syndrome du crocodile

de editions-ex-aequo48283

SEC ET CLINIQUE

de le-magazine-des-livres

Johanna Lynn COPYCAT Mix Editions
À mon père Tu ne l’aurais sans doute pas aimé Mais j’aime à croire que Tu aurais quand même été fier Même un tout petit peu
I follow the night Can’t stand the light When will I begin To live again ?
One day I’ll fly away Leave all this to yesterday What more could your Love do for me ? When will Love be through with me ?
Why live life from dream to dream ? And dread the day when dreaming ends
RANDYCRAWFORD, "One Day I’ll Fly Away"
1 Un cri court dans la nuit Encore une tombe à fleurir, Un ange part dans un dernier soupir. Un fait divers dans une ruelle, Un cri court, personne n’entend l’appel. I AM,Un cri court dans la nuit Quand il se fait accoster, l’adolescent est d’abord méfiant, apeuré. Il comprend rapidement ce que l’homme lui veut, et à ce moment-là, il sent monter en lui une pulsion primaire, comme une voix assourdissante qui lui hur lerait dans l’oreille : « COURS ! ». Puis il se souvient que même s’il essayait, ses jam bes ne le porteraient pas bien loin, et sans doute pas assez vite pour échapper à qui que ce soit. Il est trop faible. Il est exténué, transi et mort de faim. Il n’a rien mangé depuis deux jours, et ça fait une semaine qu’il est à la rue. Une semaine depuis qu’il a fugué. Il regrette. Il a pris le bus pour venir ici, c’était le plus lo ng trajet qu’il pouvait se payer, mais ça aurait pu être n’importe où ailleurs. Un aller simple. Il regrette. Il n’avait pas réfléchi aux conséquences, mais maintenant c’est trop tard. Il est trop loin, il ne connaît personne, il n’a pas de téléphone portable ni d’argent. Il a même perdu ses papiers, alors il n’ose pas aller demander de l’aide à la police parce qu’il a peur de se faire arrêter pour vagabondage. Et Dieu lui en soit témoin, comme ilregrette. Il veut rentrer chez lui. Il est seul, il a faim, froid, il est épuisé, et un e petite voix lui dit que s’il le fait, rien que cette fois,juste une fois, il pourra rentrer. Il a quelque chose qui a de la valeur, qu’il peut vendre assez cher pour payer le trajet du retour, e t il pourra rejoindre la maison, sa chambre, ses parents. Ils lui manquent tellement… I l ne se souvient même plus de la raison exacte pour laquelle il est parti. Il se sou vient seulement que c’étaient des broutilles. Il se redresse et lève le menton dans une attitude qui ressemble à du défi. En fait, il fait ça pour empêcher ses yeux de déborder. Il n’arrive pas à croire qu’il va dire ça, il n’arrive pas à croire que c’est réel, et c’est probablement pour ça qu’il y parvient – parce qu’il a l’impression d’avoir une hallucination. Alors il en tend sa voix dire au mec que ça lui coûtera cher, s’il le veut, parce qu’il est vierge. On dirait que c’est quelqu’un d’autre qui a parlé. Il n’a que dix-sept ans, il ne sait même pas s’il est homo ou hétéro, il n’est encore sûr de rien. Mais voilà à quoi se réduisent désorma is ses perspectives de première fois, parce que même si ce type-là ne décide pas de l’ach eter, quelqu’un d’autre le fera. Il le sait. Il veut juste rentrer chez lui. Malgré sa honte et sa révolte, il espère que ça va être ce mec-ci. Il n’a rien de particulier, mais il est courtois. Il est plutôt grand, athlétique, avec de larges épaules, une belle voix grave et un capuchon rabattu sur ses yeux et son front, mais surtout, avec lui, la moitié du chemin est déjà faite. L’adolescent pense que même si sa vie en dépendait, il serait incapable de racoler quelqu’un. Rien que l’idée lui donne la nausée. Mais le type en face sourit en entendant ses paroles. Il n’a pas l’air méchant. Il énonce un prix qui laisse le gamin comme deux ronds de fla n. Avec ça, il pourrait prendre une chambre d’hôtel quelques jours, le temps de se reme ttre sur pied pour avoir meilleure
mine face à ses parents quand il les reverrait, et payer son retour. Alors il fait taire toutes les voix qui hurlent dan s sa tête – sa pudeur, sa morale, son innocence, l’enfant qui est encore là, pas très loin, et puis sa peur, son instinct de survie, son bon sens – en se disant que si ça tourne mal, il n’aura qu’à filer à l’anglaise. Il accepte de suivre l’homme jusqu’à son appartement et monte dans sa voiture. Sur le trajet, celui-ci se montre gentil, attentif. Il parle avec lui, il lui demande ce qu’il faisait dehors à cette heure. L’adolescent se laisse aller à discuter, et lui raconte qu’il a fait une fugue. En fait, il vient d’un autre État, et il veut rentrer chez lui. Son « client » compatit, sans quitter la route des yeux. Par la suite, ils roulent en silence. Arrivés sur place, l’homme le fait asseoir dans le canapé de son salon, avant de disparaître dans la cuisine. Le garçon reste là à r egarder autour de lui, la gorge serrée d’angoisse. Son esprit tourne à la vitesse de la lumière. Il se demande ce qui va se passer et en même temps, il voudrait ne pas y penser, ne p as le savoir,jamais. Pourtant, il imagine, c’est plus fort que lui, et les images lui mettent les tripes à l’envers. Il espère juste une chose, c’est que l’autre n’attende pas de lui qu’il fasse quoi que ce soit mis à part se coucher et rester immobile. Il serait incapable d’en faire plus. Le type revient avec deux verres contenant chacun u ne dose de liquide ambré – du whisky, probablement. Ça pue, et il ne boit pas d’a lcool d’habitude, mais il se force à le descendre cul-sec en espérant que ça calme sa nausé e. Étonnamment, ça s’avère efficace. Le liquide est âpre et amer, il lui brûle la bouche, la gorge et l’estomac, mais une chaleur agréable se répand dans tout son corps. Ses muscles se relaxent, ses genoux se transforment en gelée. L’homme pose une main sur sa jambe, et il ne frémit même pas. Il se sent bien. Puis d’un seul coup, ça ne va plus. Il se rend comp te qu’il ne peut plus bouger. Son corps pèse trop lourd. Ses paupières aussi, il lutt e pour qu’elles ne se ferment pas. Il réalise qu’il est presque complètement nu alors qu’ il n’a même pas remarqué qu’on le déshabillait. Mais ça ne l’atteint pas vraiment. Il s’enfonce de plus en plus dans les ténèbres, jusqu'à finir par sombrer complètement da ns l’inconscience sur cette dernière pensée : Je veux juste rentrer chez moi… Quelques nuits plus tard, deux ombres se séparent dans une ruelle du quartier chaud. L’une d’entre elles s’éloigne et rejoint la rue pen dant que l’autre se remet debout. La silhouette qui reste dans la ruelle crache quelque chose sur le sol et s’adosse au mur un instant, comme pour reprendre son souffle. Ce faisa nt, son regard se pose sur un empilement de détritus qui débordent d’une benne à ordures. Un empilement avec une forme bizarre. Ce truc qui pend, là, sur le côté, on dirait presque une main humaine. Alors l’ombre s’approche pour regarder. Un cri court dans la nuit.
2 Beauté et perversion de l’innocence C’est le blues, coup de cafard Le check-out assuré Vienne la nuit et sonne l’heure Et moi, je meurs Entre apathie et pesanteur Où je demeure MYLENE FARMER,California Il fait nuit. C’est son heure. Lélio éteint le réveil qui sonne. Il est vingt-trois heures, il se lève. Il a une demi-heure pour être prêt à partir s’il ne veut pas qu’un petit malin lui fauche sa place. Ou une petite maline. C’est pas le quartier, mais de temps en tem ps, il y en a une qui s’égare jusque dans sa rue. En général, ce sont des bleues qui ne savent même p as ce qu’elles font. Celles-là, il les aide. Il les accompagne toujours jusque chez la Mère Crochet. Un peu dur comme surnom, surtout que pour une mère maquerelle, c’est plutôt une tendre. Les gens l’appellent comme ça parce qu’elle, elle appelle se s filles « mes enfants perdues ». Les paumées que Lélio ramasse, elle les prend sous son aile, ou les conseille avant de les renvoyer hors de son quartier à elle. Il s’est fait des amies, comme ça. Y en a plus d’une qui l’a déjà aidé ou dépanné, d’une façon ou d’une autre, pour lui renvoyer l’ascenseur. Être redevable à qui que ce soit, c’est contre sa r eligion. Il n’accepte que les coups de main des gens qui lui en doivent une, mais lui ne d oit jamais rien à personne. Jamais. À une exception près, il n’a jamais eu de dette envers personne. Mais parfois, il y a l’une ou l’autre nana qui se p ointe là et qui prend une place à l’arrache, parce qu’elle s’imagine qu’un pédé s’en prendrait jamais à une fille. La dernière qui a essayé doit encore se souvenir du coup de sem once qu’elle a reçu – verbal, bien entendu, car « on ne frappe pas une femme, même avec une fleur », mais d’un autre côté, « un coup de langue fait plus mal qu’un coup de lance ». (Lélio aime les proverbes et les citations philosophiques, il en connaît des centain es.) Aucune des filles qui ont un jour marché sur ses plates-bandes n’a jamais remis les talons aiguilles sur son trottoir. Mais ce soir, il n’a aucune envie de se bagarrer. Il sort de la douche et se sèche les cheveux avant de se coiffer avec soin, arrangeant autour de son visage un cadre de boucles soigneusement dessinées. Puis, il s’habille – un jeanslimtaille basse élimé et délavé avec un débardeur n oir cintré, et une paire de à combat-shoes. Dans la chaussure droite, contre sa cheville, il glisse son couteau papillon replié puis se maquille. Il se maquille très peu, Lélio ; il ne cherche pas à se féminiser. Il se contente de mettre en valeur son visage et de po ser le masque. Juste un peu de crayon et de mascara pour approfondir son regard, et un rien de rose sur sa bouche. Il s’observe, retouche une mèche par-ci par-là puis recule pour contempler le résultat. Il a le visage de l’innocence même, abstraction faite de son regard, et l’air un peu plus jeune qu’il ne l’est, aussi. Satisfait, il éteint la lumière, sort de la salle de bain, jette son sac sur son épaule, chope sa mini-veste en jean et quitte l’appartement. Lélio a très vite compris de quelle manière il pouv ait utiliser son physique, mettre à profit les avantages dont Mère Nature lui a fait ca deau. Il a un visage aux traits délicats,
de grands yeux marron et des cheveux auburn assortis coupés au-dessus des épaules. Ces derniers bouclent magnifiquement pour peu qu’il se donne la peine de s’en occuper et constituent un cadre idéal pour ce tableau pseudo-angélique. Les gens qui se payent les services de professionnels ne les regardent jamais dans les yeux, ou sont capables de faire abstraction de ce q u’ils y voient, alors Lélio joue la carte de l’innocence. Attirer ce type de clients présente autant d’inconvénients que d’avantages, mais l’un dans l’autre, il s’en sort bien. Même un peu mieux que bien. Grâce à ça, il tire son épingle du jeu, comme on dit. Finalement, il arrive sur son morceau de trottoir, au carrefour formé par Brite Street et Rice Avenue. Il a croisé un « confrère » sur le che min et il sait que son autre « voisin » doit se trouver, genre, cent mètres plus loin. Il s’étire, enfonce les mains dans les poches de son jean – un exploit, vu le peu de tissu dispon ible – et, portant tout son poids sur la jambe droite pour mettre ses hanches et sa taille en valeur, il commence à attendre. Il se les gèle au bout d’un moment, mais il s’efforce de ne pas froncer les sourcils pour que ça ne se voie pas sur son visage. Ça n’a rien d’étonnant : il fait à peine huit degrés, et son boulotvantages : il doit restera tous les inconvénients du mannequinat, sans les a debout pendant des heures jusqu’à en avoir des cram pes à force de rester immobile, porter des tenues inconfortables et inadaptées aux conditions météo ; il est obligé de sourire, envers et contre tout, et aussi de savoir cacher ses émotions et d’en simuler. Il garde la pose pendant près de quarante minutes. Peu de voitures passent et encore moins de piétons,nserver un reliquat deil ne racole pas. Ça lui donne l’illusion de co  et dignité, de défendre le dernier bastion de son estime personnelle. C’est futile, et il le sait, mais il le fait quand même, par fierté. Parce que ç a lui donne l’impression qu’il n’a pas complètement touché le fond. Enfin, une voiture s’arrête. Un instant s’écoule en silence et Lélio sait que le chauffeur est en train de le jauger, de le déshabiller du regard. Il a tellement l’habitude que ça ne lui fait rien, le regard glisse sur lui comme une goutte d’eau sur de la toile cirée. — Tu montes ? propose finalement le gars par la fenêtre ouverte. Lélio a commencé sa propre analyse dès que la voitu re s’est arrêtée. C’est un vieux modèle de BMW, le genre vintage. On voit qu’elle a vécu mais qu’on en prend un soin précieux. Le type est jeune – entre vingt-cinq et trente ans – fringué comme un employé de bureau et apparemment, il a épuisé toutes ses ré serves d’assurance en prononçant ces deux petits mots. Il regarde le lampadaire à cô té de Lélio comme si c’était à lui qu’il s’était adressé, et Lélio se retient de lever les y eux au ciel, excédé. Un Jeune Cadre Antidynamique. Son attitude tout entière trahit sa quête d’identité, il est mort de trouille, et probablement de honte aussi. C’est la première fois qu’il fait ça, ça crève les yeux. Réprimant un soupir, Lélio s’approche de la voiture , comme le veut cette procédure vieille comme l’invention de l’automobile, pose une de ses mains sur le toit et se penche à côté de la fenêtre pour annoncer son prix, ignorant le flocon d’estime qui se détache de son ultime bastion et s’envole, comme emporté par l e vent. Son bastion qui s’écaille lentement mais sûrement. Ce sont d’infimes petits m orceaux, les plus insignifiantes des particules, mais les uns après les autres, inexorablement, nuit après nuit, il s’effrite. Dans la chambre, petite et miteuse, JCA lui demande de garder les yeux fermés et de se déshabiller lentement, puis reste au moins cinq minutes planté là à le regarder (en tout cas, Lélio ne l’entend pas bouger). Après quoi, il le touche, et Lélio a confirmation de ce qu’il savait déjà : le mec crève de trouille. Il le palpe plus qu’il ne le caresse, hésitant à chaque geste. Son visage, son cou, et ainsi de suit e. Il s’attarde davantage sur les endroits les plus évidents : ses épaules plus larges, son torse plat, sa taille et ses hanches étroites, son bassin plus anguleux. Il est mince, t out en arêtes et en aigus, difficile à confondre avec une fille. Bien conscient de ce dern ier fait, son client évite avec un soin particulier ses parties génitales, là où la vérité devient impossible à nier, là où il ne pourrait plus se voiler la face car, Lélio miserait là-dessus à cent contre un, il a les yeux fermés, lui
aussi. L’heure s’achève ainsi, sans que JCA l’entreprenne autrement. Finalement, le minuteur du portable de Lélio se met à sonner. Alors les mains posées sur ses reins disparaissent dans un sursaut, et il ouvre les yeux. Le type lui tourne carrément le dos, maintenant. L’ambiance est si lourde que Lélio la sentpeser sur ses épaules comme une chape de plomb, mais il ne dit rien. Il croise les bras et attend patiemment, toujours nu comme un ver, que le gars fasse quelque chose. Finalement, il fourre la main dans une de ses poches, en tire cinq billets pliés en deux, les jette sur le lit intact et sort de la pièce précipitamment, sans se retourner. La porte refermée, le jeune homme lâche un lourd so upir avant de se rhabiller et d’empocher ses cent dollars. C’est de l’argent facilement gagné, il doit bien l’avouer, mais il trouve toujours ce genre de passes interminables . Enfin, « à cheval donné, on ne regarde pas les dents ». Et il est bien content d’en avoir terminé. Il quitte la chambre et part à pied reprendre sa place sur le trottoir. Il a l’impression que cette nuit va être très longue. Son apparence lui vaut une clientèle qui se classe dans deux catégories. La première, l’avantageuse, est constituée d’hommes qui considèrent son apparente innocence comme quelque chose de beau, de précieux, parfois avec presque de la révérence. Beaucoup le payent juste pour pouvoir le toucher, le caresser, pour qu’il s’allonge et les laisse faire des choses que d’autres clients attendraient de lui qu’il les leur fasse. Ça le rend aussi plus attirant aux yeux des hommes comme son client de ce soir, qui veulent savoir comment ça fait de toucher un ga rçon, qui veulent essayer pour voir, pour savoir si c’est vraiment ce qui leur plaît. Lé lio ne ressemble pas vraiment à un prostitué, alors ils se sentent un peu moins honteu x de le payer. Sans parler des gentils allumés dont les requêtes particulières n’ont parfois pas grand-chose à voir avec le sexe. Grâce à ça, il arrive à gagner sa vie sans avoir à écarter les jambes trop souvent. La deuxième partie de ladite clientèle, la désavantageuse, est du genre à lui créer des problèmes, et pas des petits. Des tordus dont le fantasme est de pervertir et de souiller, et aux yeux desquels l’apparence de Lélio en fait une cible de premier choix. Ceux-là, il les évite soigneusement. La prostitution vaut toutes le s études du monde quand il s’agit de décrypter les gens, de lire dans le regard d’un hom me ce qu’il a au fond de l’âme. C’est nécessaire – indispensable. Lélio a appris à faire le tri d’un seul coup d’œil, il sait quel client prendre et quel autre refuser. Bien entendu, il n’en a pas toujours été ainsi. La première fois qu’il est tombé sur un de ces malades, il n’était dans le milieu que depuis s ix mois. Il croyait être aguerri et avoir tout vu puis une nuit, il s’était fait avoir comme le bleu qu’il était par un gars qu’il avait pris pour un doux dingue, et qui s’était avéré être un fou dangereux. Le type l’avait violé et battu. Il pense parfois qu’il l’aurait peut-être tué si les occupants des chambres voisines, alertés par le bruit et les cris, n’avaient pas appelé les secours. Quand il avait entendu la police arriver et frapper à la porte en menaçant de l’enfoncer, son agresseur s’était enfui par la fenêtre. Lélio s e souvient encore parfaitement de l’assourdissant raffut métallique de ses pas précipités dans l’escalier de secours, dévalant les trois étages, sautant de marches en paliers. Puis la porte de l’appartement avait été défoncée, et trois agents de police, dont une femme, avaient débarqué à l’intérieur. Ils l’avaient trouvé recroquevillé sur le lit, perclus de douleur et ivre d’humiliation. Jusqu’alors, il avait toujours eu l’impression de c ontrôler ce qu’il faisait mais pour le coup, la basse réalité de sa situation lui apparaissait plus nettement que jamais. D’abord, il n’avait rien voulu avoir à faire avec les flics. Il ne voulait pas porter plainte, parce qu’il se doutait que dans le métier, si tu filais au commissariat à chaque fois que tu te faisais un peu malmener, d’une tu perdais beauco up de temps, et de deux ça ne te faisait pas une réputation très engageante.
Mais la femme s’était occupée de lui – les deux autres flics étaient partis à la poursuite de l’agresseur et il avait eu l’impression que ça les arrangeait bien, le spectacle avait de quoi les mettre mal à l’aise. Elle l’avait détaché, aidé à se rhabiller et elle l’avait convaincu 1 de se rendre à l’hôpital pour faire un kit de viol . Quand il avait dit qu’il ne voulait pas engager de poursuites, elle avait dit que ce n’était pas obligatoire, mais que si ce type s’en prenait à d’autres personnes, une simple main coura nte pourrait aider à l’arrêter, alors il avait accepté. Il avait aussi fait une déposition d ans laquelle il était resté vague sur les détails de ce qui s’était passé, mais il avait par contre donné la description physique la plus précise possible. L’affaire s’était arrêtée là, mais il avait retenu la leçon : plus jamais il n’était monté avec un client sans le regarder droit dans les yeux et analyser ce qu’il y voyait. Et il n’avait plus jamais été confronté à une situation pareille. Sa nuit s’achève. Il est quatre heures du matin, plus personne ne passe à cette heure-ci. Il compte ce qu’il a gagné avant de ranger les billets entre sa cheville et son couteau, toujours sagement repliédans sa chaussure. Maintenant, une bonne douche, c’est tout ce qu’il demande.