Corridors exquis : La Baule - 2

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À celles et ceux qui rêvent d’ailleurs, Serge Clément proposent des petites tranches de vie, des textes épicés qui nous entraînent dans les arcanes du désir… Des femmes et des hommes se cherchent, s'attirent ou s'esquivent dans un ballet sensuel et délicieux. Ils vont partager un moment de plaisir, un moment de bonheur. Dans une heure, une minute, une seconde.

Du premier regard à la passion la plus brûlante, il n’y a parfois qu’un pas, mais le franchirions-nous ? Corridors exquis est une invitation au voyage, la promesse d’un menu gourmand, le présage d’une délicieuse volupté. Des instants d'avant. Juste avant.

Au bout du corridor, l’auteur nous entrouvre les portes, à nos esprits oniriques de les pousser… Embarquement immédiat…


Corridors exquis est composé en triptyque, voici ici le second volet, La Baule.
Publié le : mardi 24 mars 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791094725290
Nombre de pages : 26
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Extrait

Gordes

Le carré de lumière se détachait dans la nuit noire à quelques mètres de ma fenêtre. La couleur pêche, en vogue dans le Lubéron, bavait sur la façade comme une cuillerée de confiture appliquée avec trop de gourmandise.

On ne voyait pas grand-chose de la maison. Juste quelques pierres s’accrochant à la moindre lueur pour refuser le régime de la nuit. Quelques feuilles d’un arbre solitaire en mouvement perpétuel. La toile écrue mollement assoupie de la terrasse déserte. Et la rumeur envolée des rires des adolescentes amoureuses.

La jeune femme pliait du linge qu’elle rangeait ensuite sur une étagère. Un geste régulier, lent, éternel. On ne savait pas si elle se disait des mots, des phrases ou des tirades. Si elle chantonnait la bouche légèrement ouverte sur le plaisir caressant sa langue. Ou si le fantasme le plus secret lui taraudait le corps dans ce moment intime d’indolence quotidienne.

Elle était habillée si légèrement qu’elle paraissait nue dans la lumière qui l’enveloppait. Cette scène n’aurait pu être la même sans l’été, sans la chaleur, sans l’attente que je nourrissais en secret.

Certes, ses gestes et son attitude s’éloignaient peu à peu de l’image de la madone pour migrer délicieusement vers une danse sensuelle aux pas à peine esquissés. Elle ne se donnait pas en spectacle. Elle ne savait même pas que des yeux gourmands suivaient ses évolutions si simples, si naturelles.

Un rideau de couleur orange masquait quelques-uns de ses gestes quand elle se déplaçait vers la gauche et qu’elle passait derrière le voilage. Elle revenait aussitôt puis disparaissait encore dans une sorte de ballet silencieux. Comme si elle répondait au rappel d’un public conquis.

Je me demandais bien à quoi servait ce rideau. Il avait son rôle dans le décor, en soulignant les allées et venues de la jeune lingère, mais il n’avouait son utilité naturelle. J’ai choisi de croire qu’il pouvait être l’ultime rempart d’une alcôve voluptueuse jonchée de coussins moelleux. Les pensions de famille ont souvent recelé des lieux propices aux amours de passage.

De jour, je l’avais vue, puis remarquée. Les femmes jaugent les femmes. Surtout qu’elle était bien plus jeune que moi. Elle avait cette nonchalance naturelle des gazelles modernes. Une légèreté dans le mouvement, une espièglerie dans le regard et une sensualité sans faille. De quoi me rendre jalouse.

J’avais été de ces jeunes filles-là, insouciante, amoureuse et disponible pour tout l’amour du monde. Aimer sans compter au gré de l’envie ou de l’abandon. Sans avoir à se poser la question des risques, des conséquences, des précautions. Une jeunesse moins ostensiblement libérée, mais tellement instinctive qu’elle n’avait pas de comptes à rendre à la nouvelle génération.

Le jeune homme finit par entrer dans le champ. On aurait dit une scène de théâtre. Il traversa plusieurs fois le carré de lumière, disparaissant tantôt à gauche, tantôt à droite. Puis il s’arrêta devant la jeune femme occultant l’image que j’avais d’elle par sa silhouette presque immobile.

Je n’étais pas déçu de le voir entrer dans le jeu. La pièce continuait. S’il me masquait sa compagne, c’était justement que ses yeux à lui étaient posés sur elle, debout à quelques centimètres, en close-up privé. C’était son privilège et je ne pouvais pas prendre sa place. Il avait son rôle à jouer et j’attendais impatiemment qu’il s’y lance à corps perdu. Pour lui comme pour moi.

Bien sûr, je l’avais remarqué lui aussi. Avec ses allures de gavroche attardé et le sourire désarmant qu’il posait sur moi, j’aurais eu bien du mal à ne rien voir. Probablement qu’il ne s’en doutait pas, mais, en quelques arabesques, il avait établi le contact. Il me rappelait mon compagnon à ses belles heures, celles des pulls trop courts et des jeans serrés. Celles des étreintes sans préparation pour satisfaire ses envies soudaines, ses envolées lyriques et son besoin d’amour permanent. Des exigences qui me ravissaient, que j’appelais de tous mes vœux. Elles étaient mes gourmandises.

Je ne vous apprendrais rien en vous avouant que leur fréquence a faibli aujourd’hui. Tout comme leur intensité. Des actes effilochés par l’usure du temps, de l’habitude et de la lassitude des amants. Même si.

Je les imaginais ces deux-là, à vivre leur idylle sans retenue parce que l’amour sait si bien s’en aller quand il se lasse et que le repousser au lendemain relève du risque extrême. Que personnellement, je n’ai jamais voulu prendre. Que je crains comme la peste.

Disons qu’en les voyant tous les deux, j’avais des réminiscences acidulées de ma propre histoire. Je leur en voulais pour leur insouciance, je rêvais de leur liberté, je me goinfrais de leur quotidien.

Somme toute, je rêvais de moi.

Ensuite le couple s’anima, penchant de droite à gauche et de gauche à droite dans une sorte de ballet amoureux. Ils s’embrassèrent à pleine bouche tout en continuant leur balancement régulier.

Je les ai regardés se manger les lèvres, se caresser des yeux, se reconnaître du bout des doigts. Leurs gestes étaient empreints d’une spontanéité désarmante à force de passion. Ils étaient certains d’être seuls au monde. À cet instant précis.

Au bout d’un moment, le jeune homme a cambré sa compagne en arrière pour en épouser, davantage encore, le corps souple dans un geste de possession exclusive.

J’en ai eu le souffle coupé. J’avais la troublante sensation de sentir la pression du corps de l’homme contre le mien. Un moment fabuleux, unique à chaque fois parce qu’il y a quelque chose d’animal qui s’exprime dans cette complémentarité physique si bien imaginée par la nature.

Puis, il a dénoué le lien qui serrait les cheveux de la jeune femme. Il lui a embrassé le cou au niveau de la carotide, là où le sang battait la chamade, et j’ai vu ses mains à elle s’ouvrir dans son dos à lui comme des fleurs. J’ai bien compris ce que cela signifiait.

J’étais complètement avec eux.
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