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Cours !
Guillaume Tougeron
Cours !
Pas de place pour tout le monde, une place pour chacun
ROMAN
Le Manuscrit www.manuscrit.com
© Éditions Le Manuscrit, 2004 20, rue des Petits Champs 75002 Paris Téléphone : 08 90 71 10 18 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com ISBN : 2-7481-4117-2 (fichier numérique) ISBN : 2-7481-4116-4 (livre imprimé)
G U I L L A U M E T O U G E R O N
Quartier nord, des tours surplombent. Des tours hautes et fortes imposent leur béton à la vue. Elles sont plusieurs, regroupées en une escouade, se tiennent rigides à contenir l’agressivité du bas. Face à un lointain inaccessible, elles sont sorties de terre en un bloc à rixe, le fiel jaillissant des pores, monstres nouveaux, masses en fer, prêtes à s’écraser sur la ville, prêtes à tomber pour le parti du laid. Un mur où se cogne la haine. La masse tue les visions, renvoie les coups, du béton qui toise les rêves de paradis. Premières au rendez-vous, sombres belliqueuses qu’on eut désiré charmantes, attendent la fin du monde, l’extermination des couleurs par la peur. Quand la mer sera saumâtre, le ciel aveugle de dépit, et qu’en bas on s’arrachera les boyaux à coups de silex, elles dévideront leur ombre sur la ville et deviendront reines. On les a soulevées. On les a posées. On les a inaugurées. On les a laissées. Et la ville s’en est allée faire ailleurs, à un coup d’œil, des espaces florissants où les enfants sont propres, où il y a de l’herbe verte, des caniveaux à chienchiens. La ville a déserté, laissant les tours dériver comme une armée sans généraux. Abandonnées. Pas même rejetées. Ignorées. Laissées à leur face sans peinture et à leur jardin de poussière. Envahies de crasse. Anéanties par la hideur. Elles
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C O U R S !
puisent dans les cheminées des mémères savonnées à l’eau de Cologne. Elles puisent le gris. Elles puisent l’envie. Elles attendent. Mais la ville a l’ingratitude du marathonien. Elle a oublié l’apocalypse. Pourrissent les tours et les gens dedans passant et dépensant les heures à voir par les fenêtres la ville vivre. Les habitants ont le rythme du béton, ils se fissurent à l’aube, se ternissent au crépuscule et entre temps espèrent ne savent pas quoi, le nez collé sur les vitres. Ils ont des boites aux lettres cassées et des petites salopes de filles à boulette de haschich dans le soutien-gorge. Les coins sombres de leurs entrées au carrelage encrassé sentent l’urine. Traîne une canette de Coca. Les jeunes y discutent les soirs d’hiver. Une horde asociale, qui rappe, qui fume, qui boxe, qui nique les mères, qui encule les pères, qui vole, qui marque de sport, qui accuse, qui trafique, qui dit Allah Akbar, qui dit keuf meuf teuf, qui bombe, qui prophétise, qui n’aime pas le porc, qui aime les truies, les blanches à l’herbe verte et à chienchien, qui revend, qui boum bang au RER en miettes, qui est de sa race, qui mène au pire. Une bande de saligauds salisseurs sales gosses au beurre, imams en herbe, danger, révolution en gestation à étouffer, danger à l’équilibre ; en bas on n’imagine pas, on sait. On sait que tout au fond d’une crevasse de la face nord de l’enfer, dans un coin horrible se dit des horreurs dès l’aurore. Des Yetis, des gorgones, terroristes anarchistes RMistes. En bas, on sait. En bas, on a des certitudes. Et en haut, ils regardent et regardent et regardent la ville rouge jaune blanche des néons clignotants imaginer leurs enfants. Les vitres se creusent de l’empreinte de leur silence. Leur vie se vide dans l’ennui à mesure des
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